« La danse traditionnelle tunisienne est l’objet des recherches scientifiques que je mène depuis des années »

Rochdi Belgasmi, on l’a connu déjà jeune artiste danseur depuis une quinzaine d’années. A cette époque-là, le jeune Rochdi faisait des recherches universitaires approfondies sur le corps et son langage et s’apprêtait à emprunter le chemin de la danse populaire dans une Tunisie qui n’appréhendait pas encore cet art en tant que tel. Le chemin était tortueux et plein d’embûches pour Rochdi, parvenu aujourd’hui, à redonner tout son éclat à une part entière de notre patrimoine de Tunisiens longtemps considérée ‘’politiquement incorrecte » par les politiques savantes de l’après-indépendance. Notre artiste national respectable et respectueux s’adonne à nous dans une interview qu’on passera en deux parties. On parlera, pour commencer, du confinement et de ses changements sur le rendement de l’artiste. On réservera la seconde partie pour parler de la pratique de cette danse actuellement. . Le Temps : Comment vivez-vous le confinement? Est-ce que vous supportez mal l’enfermement ? Rochdi Belgasmi : Avec les mesures prises contre le coronavirus, je me suis trouvé comme tout le monde bloqué et confiné chez soi. Ça fait maintenant plus d’un mois que je n’ai pas vu d’êtres humains et la solitude a commencé à avoir un poids non négligeable. Je suis en train de remettre en question mes habitudes, mon petit confort matériel et ma manière de voir les choses et le monde. Alors que le confinement s’impose comme arme principale pour tenter de limiter la propagation de l’épidémie du Covid-19, il va falloir inventer des manières de s’échapper sans sortir de chez soi. Tous mes spectacles de danse en Tunisie et à l’étranger, pour les mois de mars, avril et mai 2020, sont annulés, plus possible de voyager pour de danser devant mon public, de donner des cours et d’assurer des ateliers de danse, plus possible pour moi de vivre comme avant. Mais, cela n’empêche pas de réaliser des spectacles et donner des cours de danse en ligne depuis ma maison pour détendre et ambiancer nos nuits de confinement et apporter un peu de confort. C’est pour ça, j’ai décidé de créer des liens sociaux à travers des écrans interposés qu’à l’époque où on se retrouvait pour de vrai et rencontrer d’autres personnes en ligne chaque lundi, mercredi et vendredi et proposer un cours de danse tunisienne pour un public virtuel à travers ma page officielle sur Facebook. L’idée m’est imposée comme une nécessité ou une évidence, parce que j’ai eu besoin de danser et surtout de rencontrer mon public, même virtuellement. . Le confinement est pour certains artistes une période propice à la créativité, quel conseil donneriez-vous aux Tunisiens pour qu’ils fassent pareil ? Depuis le confinement, des artistes dans le monde se sont mis à produire et à créer dans leurs espaces intimes. Des danseurs, acteurs, cinéastes, artistes plasticiens et visuel, etc. ont transformés ces moments de confinement et d’isolement en moments créatifs et productifs. Le conseil que je donne aux Tunisiens, c’est de profiter de ces moments d’isolement obligatoire pour contempler le monde, tisser de nouveaux liens familiaux et profiter de ce temps libre pour pratiquer les choses qu’on aime et nos passions (écriture, lecture, sport, danse, peinture, dessins..). L’essentiel c’est de remplir ce temps vide. . Avez-vous du nouveau, actuellement ? Je suis en train de travailler dans mon salon sur mon nouveau spectacle chorégraphique qui sera créé autour des danses et des musiques de Kerkennah. Je viens également de monter à distance un spectacle avec deux compagnies de danse française et belge. Sans oublier le fait que je continue toujours mon travail de recherche scientifique, puisque je fais un troisième cycle à l’Ecole des beaux arts de Sousse. La danse traditionnelle tunisienne est l’objet des recherches scientifiques que je mène depuis des années. Je commence par la tournée: mon spectacle « Ouled Jellaba », un spectacle qui a eu en 2016 le Prix de la Fondation Rambourg et le Prix du Public au Festival Tunis Capitale de la danse, était programmé pour les 24 et 25 avril 2020 au Palais de la Porte Dorée ( Musée de l’histoire et de l’Immigration de Paris) dans le cadre du printemps de la danse arabe 2020, un festival est organisé par l’Institut du Monde Arabe, mais vu la situation sanitaire difficile, ces deux dates sont reportées pour le mois de décembre. Mon spectacle « Zoufri » est programmé pour les 27 et 28 juin au Festival « Clignancourt danse sur les rails » au 18e arrondissement de Paris. Les résidences artistiques de mes nouvelles créations seront réalisées à partir du mois de septembre 2020. . Vous animez actuellement des ateliers de danse traditionnelle. Comptez-vous pour autant élargir votre champ de travail pour donner carrément des cours théoriques et pratiques en la matière ? J’étais pendant 5 ans (2011 – 2015) professeur de danse à l’Institut supérieur des arts dramatiques de Tunis, et j’ai démissionné parce que j’avais besoin de me concentrer plutôt sur ma carrière de danseur-créateur que formateur ou enseignant. Mais depuis 2 ans, j’ai repris les cours de danse à l’espace Dar el Fan à Laouina, mais ce sont plutôt des cours pratiques de danse: pour des professionnels et des amateurs. Mais, j’attends de finir mes études doctorales pour donner des cours théoriques de danse à l’université. Je continue toujours à faire des recherches scientifiques (historiques, sociologiques, anthropologiques…) sur la danse tunisienne, qui nourrissent à la fois ma pratique chorégraphique et mes études à l’université. . Avez-vous un livre de chevet ? Que lisez-vous en ce moment ? J’aime la lecture et je préfère particulièrement les livres qui puisent dans les fonds des choses. J’en cite : « Marginales en terre d’islam » d’Abdelhamid et de Dalenda Largueche, « Identités meurtrières » d’Amin Maalouf, « Histoires de la sexualité » de Michel Foucault et son livre « Surveiller et punir »… Pour le moment « « La sexualité en Islam » de Abdelwahab Bouhdiba est mon livre de chevet. C’est un livre qui pense le sexuel et le sacral dans leurs relations réciproques. Et cela m’interpelle et m’intéresse. Demain la 2ème partie

Mona BEN GAMRA
02-05-2020