PRESSE : «J’ai reçu des menaces de mort»

Le danseur tunisien Rochdi Belgasmi a indiqué avoir reçu des menaces de mort suite au rôle qu’il a joué dans le long-métrage « L’amour des hommes », réalisé par Mehdi Ben Attia. Dans une déclaration à Mosaïque FM, aujourd’hui, samedi 21 avril 2018, Rochdi Belgasmi a indiqué que des inconnus l’ont menacé de mort pour avoir pris part au film « L’amour des hommes« , en salles depuis quelques jours, assurant qu’il a porté plainte auprès de la police. «Dans mon travail d’artiste, je rencontre un certain nombre de difficultés. Je ne plierai pas face aux menaces et je poursuivrai ce que je fais en ce moment», a-t-il indiqué, assurant qu’il ne regrette pas d’avoir joué un rôle dans ce film.
Notons que le sujet de ce long-métrage (l’amour d’une femme pour les hommes) fait polémique, ainsi que son affiche initiale jugée pornographique par certains, alors qu’elle ne contient aucune forme de nudité. Elle a d’ailleurs été changée avant la sortie tunisienne du film... à la demande de l’agence publicitaire chargée de l’affichage urbain, qui considérait qu’elle ne correspondait pas aux normes habituelles.

E. B. A.
21-04-2018

PRESSE : Au gré des projections tunisiennes

Les aléas des Journées cinématographiques de Carthage prennent leur sens et deviennent beaucoup plus importants quand les festivaliers parviennent passionnément à découvrir diverses œuvres projetées. Au menu, des découvertes filmiques, parfois décevantes ou marquantes. Après le huis clos « Writer on the snow » de Rashid Masharawi, projeté lors de la cérémonie d'ouverture, place à l'une des toutes premières séances de ces JCC. «Jadis Kerkouane» de Abdelhamid Bouchnak est un docu-fiction de 60mn, qui éclaire sur l'histoire de la ville punique de Kerkouane. Accompagné d'historiens et d'archéologues, le réalisateur a eu recours à des techniques modernes de reconstructions pointues : effets 3D, imagerie numérique et des plans aériens filmés grâce à un drone : un moyen qui reste peu utilisé actuellement. Cette immersion historique a été accompagnée de scènes fictives, filmées avec des figurants dans le but de donner plus de vie à un documentaire où l'aspect fictif finit par se dissiper, laissant les spectateurs moyennement réceptifs face à un film aux allures d'un documentaire ordinaire réalisé pour une télévision arabe ou française, porté par une narration peu attractive. Le but du réalisateur était clairement de sauvegarder l'histoire millénaire de la Tunisie, en clôturant le film par des prises au musée du Bardo, un retour sur les actes terroristes de 2015 et sur des séquences amateur de Daech, démolissant l'histoire de la Syrie. «L'amour des hommes» de Mehdi Ben Attia, production française sortie en France, a été retenu pour les JCC de 2017. Ce second long métrage du réalisateur rassemble une panoplie d'acteurs tunisiens, dont Raouf Ben Amor, Sondos Belhassen, Oumayma Ben Hafsia, Ghanem Zrelli, Samia Rhaïem et d'autres jeunes qui s'essaient au cinéma, tels que le chorégraphe Rochdi Belgasmi. L'actrice française, d'origine maghrébine, Hafsia Herzi est en tête d'affiche. Amel, jeune photographe, perd brutalement son fiancé. Quelque temps après, elle se met à photographier des hommes de la rue à Tunis et a exposé ses prises : une manière de surmonter un deuil en jetant un regard sur les hommes, tout comme ces derniers regardent les femmes. Salle pleine pour un film tunisien attendu d'1h45, qui a fini par décevoir. Le jeu de quelques acteurs est à saluer pour un scénario plat, qui manquait de rebondissements, parfois peu crédible et peu captivant, ponctué de plans lents. Le réalisateur de «Le fil» en 2009, qui n'a pas été projeté en Tunisie, entretient ce culte de la masculinité, qui peut ne pas être du goût de tout le monde. La révélation cinématographique du cinéma tunisien demeure sans doute la première œuvre de Walid Mattar, « Vent du Nord », dont la première s'est déroulée dimanche soir,retenue en compétition officielle de fiction. L'œuvre retrace simultanément l'histoire de Hervé, basé dans une ville côtière en France, ouvrier dans une usine qui vient d'être délocalisée. Il a été dédommagé et a, par conséquent, choisi de se consacrer à la pêche et de transmettre cette passion à son fils. Sous d'autres cieux, et plus précisément en banlieue de Tunis, l'usine se relocalise et Foued, jeune Tunisien au chômage, pense pouvoir lutter contre les aléas de la misère en y travaillant, dans le but de reconquérir la fille de ses rêves et soigner sa mère. Deux destins impeccablement bien tracés qui évoluent selon le contexte socioéconomique des deux pays. Le film peint la misère, le chômage ambiant, la mondialisation régnante des deux côtés de la Méditerranée. Un long métrage soutenu par Med Amine Hamzaoui, épatant, et l'acteur français Phillippe Rebot dans le rôle de Hervé. La date de sortie nationale est prévue en janvier 2018. Un autre regard sur le cinéma tunisien s'est posé à travers une série de courts métrages particulièrement marquante. Le programme 2 a réuni «Black Mamba» de Amel Guellaty. Une fiction de 20 mn qui suit le parcours d'une jeune femme tunisienne, interprétée par Sarah Hannachi, tiraillée entre la boxe, sa passion, et sa vie de future épouse bien rangée, tracée par sa mère. « Faracha » de Issam Bouguerra, un court métrage humoristique de 16 mn retraçant les frasques d'une bande d'amis à Kairouan. Karim Ben Rhouma a présenté au public «Stouche», d'une durée de 6 mn. Rasha Ben Maouia et Ahmed Landoulsi (entre autres) dans une fresque sociale minime reflétant, d'une manière crue et burlesque,quelques stéréotypes de la société tunisienne. Les «Mamelouks» de Mohamed Ajbouni nous plongent dans les dessous d'un réseau d'esclavage juvénile et de femmes célibataires dans l'underground de la capitale tunisienne, peint d'une manière farfelue, voire décalée par moments. «Chaddekh» de Intissar Ouni a clos la séance. «Même pas mal», le film de Nadia El Fani, a été projeté une seule fois au salle Le Palace dans la nuit du vendredi, en présence de la réalisatrice tunisienne controversée. Cette dernière a disparu de la scène nationale après la sortie de son film « Laïcité Inchallah » en 2012, lynchée par des extrémistes religieux. A travers ce documentaire présenté comme un droit de réponse de sa part après toutes ces années, elle rend des comptes et retrace son vécu personnel entremêlé aux événements post-révolutionnaires qui ont secoué la Tunisie. D'autres projections, telles que « La belle et la meute » de Kaouther Ben Hénia, sélectionné en compétition officielle, et «Al Jaida» de Salma Baccar ne sont pas passés inaperçus. Des premières houleuses et prisées par des milliers de spectateurs, victimes d'une désorganisation flagrante des JCC. Entre œuvres filmiques réussies et navets, la production était au rendez-vous pour cette année avec un chiffre record.

Haithem HAOUEL
12-11-2017

PRESSE : ‘‘L’amour des hommes’’ de Mehdi Ben Attia : La femme prend le pouvoir

Dans son premier film présenté au public tunisien, Mehdi Ben Attia pose un regard tendre et complice sur le désir féminin.
Le coup d’envoi de la 28e édition des Journées cinématographiques de Carthage (JCC 2017) a été donné dans la soirée du samedi 4 novembre 2017 avec la cérémonie et le film d’ouverture ‘‘Ecrire sur la neige’’ de Rachid Masharawi, au cinéma le Colisée. Mais le festival n’a véritablement démarré que le lendemain, dimanche, premier jour des projections. Habituellement calme en ce jour de repos, l’avenue Habib Bourguiba était exceptionnellement surpeuplée; comme chaque année, ce sont les JCC qui créent une ambiance particulière au centre-ville de Tunis.
L’art, le désir et le rapport homme-femme
Dès le premier jour, on notait déjà de longues files d’attente devant quasiment toutes les salles. Mais en fin d’après-midi, la foule était particulièrement énorme à l’entrée de la salle Le Palace pour découvrir ‘‘L’amour des hommes’’, le tout nouveau film de Mehdi Ben Attia. Prévu de sortir en 2018, ‘‘L’amour des hommes’’ a été présenté dimanche soir hors compétition dans la section parallèle «Regard sur le cinéma tunisien». Après ‘‘Le fil’’ (2010), interdit de sortie en Tunisie, et puis ‘‘Je ne suis pas mort’’ (2012), Mehdi Ben Attia nous revient avec nouveau film sur l’art, le désir et le rapport homme-femme. Accompagné du producteur Habib Attia et de quelques acteurs du film, Mehdi Ben Attia était assez ému de se retrouver devant le public tunisien, lui qui n’a jusque-là jamais pu présenter ses créations dans des salles tunisiennes.
Le casting réunit Hafsia Herzi, Raouf Ben Amor, Sondos Belhsan, Haithem Achour, Oumaima Ben Hafsia et le danseur et chorégraphe Rochdi Belgasmi, qui fait sa première apparition sur le grand écran. On notera également une brève apparition du cinéaste Férid Boughdir, invité d’honneur du film. ‘‘L’amour des hommes’’ raconte l’histoire d’une jeune veuve qui, après la mort de son mari, décide de continuer à vivre chez ses beaux-parents, incarnée par Hafsia Herzi, figure du cinéma franco-maghrébin, révélée en 2007 par Abdellatif Kechiche dans ‘‘La graine et le mulet’’. Dans la solitude et le désespoir, le personnage d’Amel se réfugie dans sa passion pour la photographie, soutenue par son beau-père (joué par Raouf Ben Amor).
Le corps masculin dans le regard d’une femme
Dans l’une des premières scènes du film, le cinéaste fait un beau clin d’œil féministe, révélant le message qu’il souhaite transmettre : à l’enterrement de son mari, Amel décide d’être présente sous le regard accusateur de tous les hommes qui l’entouraient. «Une femme ne peut pas assister à un enterrement», lancent-ils. Mais le beau-père, lui, adhère à cette présence «illicite» et fera de même tout au long du film en soutenant la jeune femme dans l’aventure qui fera d’elle un personnage féminin pas comme les autres. Habituée à faire des autoportraits ou à photographier des paysages quelconques, Amel se découvre une nouvelle passion, celle de photographier les hommes. Ainsi, des inconnus se mettent à défiler devant l’objectif de la jeune artiste qui découvre à nouveau le corps masculin, et se lance dans la photographie érotique, sous l’œil admirateur du beau-père qui finira lui-même par poser pour elle. «L’idée vient de mon précédent film où j’ai cherché à approfondir les mêmes thématiques», explique le cinéaste lors du bref débat qui avait suivi le film.
Si dans ‘‘Le fil’’ Mehdi Ben Attia a abordé sans concession le sujet de l’homosexualité masculine (ce qui lui avait valu une interdiction de projection en Tunisie à l’ère de Ben Ali), il garde le corps masculin comme première thématique dans ce nouveau film mais nous propose de le voir avec l’œil d’une femme qui ne craint pas les interdits. ‘‘L’amour des hommes’’ nous invite à regarder les hommes comme les hommes ont tendance à regarder les femmes, c’est-à-dire comme un corps désirable; le cinéaste souhaite ainsi bousculer les stéréotypes de genre dans les sociétés patriarcales qui ont toujours tenu à sexualiser la femme. Mehdi Ben Attia a réussi à se mettre dans la peau de son personnage principal et à explorer les sentiments féminins les plus intimes, chose qui n’aurait pas été évidente sans la justesse du jeu et le naturel inouï de Hafsia Herzi. Bien qu’elle ne maîtrise pas le tunisien, la jeune actrice a su s’intégrer au cadre tunisien du film et servir l’image voulue par le cinéaste, à savoir, une femme artiste et puissante.
Derrière son objectif, Amel révolutionne ce rapport en «dominant» ses modèles pour en faire des portraits d’hommes qui nous rappellent que le corps masculin est aussi désirable que le corps féminin. Malgré la vivacité des dialogues et l’audace de l’image, le film demeure assez plat avec un récit linéaire où les événements se succèdent mais se ressemblent autours d’un personnage qui aurait pu être mieux construit.

Fawz Ben Ali
07-11-2017