PRESSE - « Transe, corps hanté », la danse du prof

Invité de la 6e édition du festival corps é gestes du 21 au 25 octobre 2013, le danseur, chorégraphe et professeur de danse tunisien Rochdi Belgasmi a été la grande attraction. Avec un spectacle de toute beauté. Gestuelle juste. Jeu limpide au front de son corps. Mouvements et rythme qui s’auréolent d’ondulations continues. La mesure de l’expression corporelle est dense, profonde, saillante. Ainsi Rochdi Belgasmi va chercher et cueillir au fond de sa chair fourmillée la transe d’une femme plaintive, l’appel mimé et jouissif de la danse du ventre dans ses lignes pures, langoureuses et toujours sensuelles. Debout ou au sol, le geste parfois éruptif, s’apaise puis reprend vigueur accolé à la saccade de la musique berbère. Le chorégraphe, maitre de son instrument, embarque le public dans «un voyage dans le corps et dans le cri», tel qu’il décrit sa pièce «Trance body hounted» dans la notice de présentation. Un cri -du cœur et du corps- plutôt des soupirs concluent chaque tableau. Au bout d’une trentaine de minutes, la voix de Belgasmi se fait une nouvelle fois entendre. Des halètements decrescendo se diluent sous une douche lumineuse bien discrète. «Ah ! Ah ! Ah !». Derniers soupirs. Fin du troisième tableau et fin du spectacle. Le public est comblé. Le danseur tunisien, professeur de danse l’Institut supérieur d’art dramatique de Tunis (ISAD), quitte la scène sous les ovations du public et de l’ambassadeur de Tunisie a Yaoundé, accompagné de son épouse. «Trance body hunted» de Rochdi apporte la preuve qu’ancrée dans les référentiels et le patrimoine culturels locaux, une œuvre peut être élevée à la dimension de danse de création contemporaine par son esthétique innovante et appréciée sous tous les cieux. Outre son spectacle, Rochdi Belgasmi a animé des ateliers de danse à l’université de Yaoundé et à l’espace culturel Savanah. Il a également présidé le jury des spectacles en compétition pendant le festival Corps é gestes.

Martin Anguissa
30-08-2014

PRESSE - Rochdi Belgasmi en Transe à Dakar

La troisième édition de «eh bien, dansez maintenant !» a présenté un spectacle de deux danseurs talentueux. Le chorégraphe tunisien Rochdi Belgasmi a gratifié le public de son solo Transe, corps hanté, un mélange d’angoisse et d’amour. La sénégalaise Fatou Cissé a fait valoir la singularité des femmes. Le danseur tunisien Rochdi Belgasmi atterrit enfin à Dakar après ses multiples voyages à travers le monde. Son spectacle bref, car contraint par un retour chronométré, a été intense mercredi à l’Institut français. Sur une scène nue, couverte de tapis de danse blanc, le danseur-chorégraphe a présenté son solo Transe, corps hanté, sa dernière création datée de 2011. Il avance vers le public. Habillé d’un polo et d’un pantalon jogging avec ses chaussures, il détache ses bras de son corps. Se tourne sur lui-même. Son corps adopte le rythme distillé. Sur une lumière tamisée, accompagné par cette musique traditionnelle tunisienne de Houria Aichi avec ces multiples voix féminines, l’homme joyeux affiche par moments un sourire. Il se trémousse, danse autour des reins. La joie, le chagrin, l'angoisse, la peur, la solitude…, sont perceptibles sur tout ce corps qui accélère le rythme des vibrations pour traduire ses sensations. Sur ces gestes une lecture se dégage. Rochdi Belgasmi mime les gestes des femmes qui tamisent le mil, puisent ou s’activent à d’autres tâches. Ce premier tableau plein de joies et d’amours contraste avec le second. Ici, le corps est mélancolique. Il s’est débarrassé de ses habits. Ce corps taillé, musclé, se traine par terre. C’est une perpétuelle violence à la station debout. L’homme mène un combat avec la nature, avec ses cris d’oiseaux, et ces bruits de vagues. Son corps s’essouffle, les cris et les claquements de mains flagellent cette chair habitée qui transpire. Ces voix d’hommes et de femmes habitent l’homme qui se débat pour s’en sortir… Le danseur tunisien, Rochdi Belgasmi était à la hauteur de l’attente du public vu le standing ovation qui lui a été servi à la fin de sa prestation. Et c’est un honneur pour Belgasmi que parmi les spectateurs, le chorégraphe Micheal Kelemenis qui dirige la maison pour la danse à Marseille - qui est entrain de préparer un nouveau spectacle avec les danseurs de l'Ecole de sable – lui ait dit «bravo et bienvenue à la compagnie Kelemenis». La pièce Transe, corps hanté, peut-être lue de diverses manières, mais sera intimement liée à l’actualité du pays du chorégraphe. Elle traduit l’angoisse d’un peuple, d’une jeunesse qui dépasse les frontières de la Tunisie et s’étend sur toute l’Afrique. Elle a fait plus que 45 pays dans le monde, plusieurs grands festivals et des prestigieux théâtres sur les 4 continents.

L’audace des femmes
Mais avant le danseur chorégraphe tunisien, la Sénégalaise Fatou Cissé avait INVESTI la scène de l’Institut. Avec la pièce Ce que nous sommes, elle et trois autres danseuses, montrent leur singularité, leur beauté et surtout se font valoir à travers la danse lors d’un Tanebeer, une pratique ancestrale réservée aux femmes. Elles se changent sur scène, se font remarquer par leurs paillettes, désirer et font valoir leurs audaces. Cette scène d’intégration avec Rochdi Belgasmi et Fatou Cissé, un échange fructueux entre Africains, a marqué cette troisième édition de «eh bien, dansez maintenant !». TROIS QUESTION A… ROCHDI BELGASMI, DANSEUR-CHOREGRAPHE «La révolution a un effet libérateur sur mon travail» Wal Fadjri : En quoi votre pièce a un rapport avec la révolution tunisienne ? Rochdi BELGASMI : je suis prêt aujourd’hui grâce à la révolution à parler de tout : De sexualité, de nudité, de religion, etc. J'aime travailler sur le caché, le voilé, le montrer, le mettre en valeur. J'aime provoquer. La révolution a un effet libérateur sur mon travail chorégraphique. Etre danseur dans une société arabo-musulmane comme la vôtre n’est pas facile… L'idée n'a rien avoir avec l'Islam. D'ailleurs l'Islam en Tunisie, ce n’est pas l'Islam de l'Arabie saoudite, le problème est devenu culturel. On a marre de ces clichés de corps tabou, etc., et mon Islam à moi dit que la danse est une expression très noble. Je suis contre l'idée de cacher nos corps, corps,… Pourquoi avoir attendu tout ce temps avant de venir présenter votre pièce à Dakar ? C’est la première fois que je visite Dakar, je n'ai pas eu l'occasion avant d’y jouer, pourtant je connais presque tous les chorégraphes et les programmateurs du Sénégal. Et je pense que Dakar est une station importante pour ma carrière de danseur chorégraphe parce qu'on connaît tous l'importance de Dakar sur le continent. Je connais très bien Germaine Acogny, d'ailleurs on est programmé ensemble pendant les plateformes «Dans l'Afrique danse» à Tunis qui commence aujourd’hui jusqu'à dimanche. Mais certainement, il y aura un jour des collaborations avec elle puisque j'ai collaboré avec la grande chorégraphe du Burkina Irène Tansambdou.

Fatou Kine Sene
28-05-2014

PRESSE - Le traditionnel à la rescousse du contemporain

Entre vieux chants berbères et danse contemporaine, le chorégraphe Rochdi Belgasmi semble avoir trouvé la “diagonale du fou”. Car il fallait bien le trouver ce filon, presque incertain, entre ces deux univers, pour pouvoir construire une chorégraphie convaincante et, pourquoi pas, “séduisante”. Le spectacle porte le nom de “Transes, corps hanté” et sera présent au Forum Euroméditerranéen de Toulon. Rochdi Belgasmi, artiste chorégraphique, danseur professionnel et professeur de danse-théâtre à l’Institut supérieur d’art dramatique de Tunis (ISAD), a déjà présenté sa chorégraphie “Transes, corps hanté” dans plusieurs pays : Palestine, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Maroc..., mais pas en Europe. Ce sera chose faite puisque le spectacle sera présent au Forum euroméditerranéen qui se tiendra à Toulon du 21 au 23 mars à Toulon. L’occasion s’est présentée à nous pour assister à une répétition et découvrir ce travail. Transe, corps hanté” est un solo de danse contemporaine qui s’inspire dans son écriture de nos danses populaires. Tout au long du spectacle, on ne voit qu’un seul corps qui “dit, en une syntaxe polymorphe et très colorée, quelque chose de très particulier, qui essaye de transmettre une idée ou une sensation plutôt qu’un discours”, souligne Belgasmi. D’accord, mais est-ce tout ? Non, car nous avons trouvé que l’originalité de ce spectacle tient aussi dans sa bande sonore, culturellement très marquée, et dans l’habileté de la chorégraphie qui construit une articulation sur le thème en question. Notons que la bande-annonce est le fruit de vrais enregistrements sonores avec des femmes, des hommes et des troupes de chants populaires du Kef, de Kasserine et de Siliana, montés par le chorégraphe lui-même. “L’idée est née d’un travail que j’ai fait autour de la danse traditionnelle en Tunisie, d’une rencontre avec un mythe de ce genre, Khira Oubeïdallah, ex-danseuse vedette de la Troupe nationale des Arts populaires. J’ai monté Transes pour parler des origines de ces danses en Tunisie, avec un travail de stylisation de forme, dans le sens de les intégrer à la danse contemporaine, tout en utilisant ces expressions libres et spontanées qu’on voit dans nos différentes fêtes et qui racontent l’histoire du pays”, précise le chorégraphe. Mais que chantent ces voix de femmes et d’hommes qui jalonnent tout le spectacle, en le soulignant, parfois, par des soupirs et des halètements ? Tout simplement la vie et la mort. Elles créent un rapport insolite avec le danseur, très généreux en mouvements stylisés, mais qui garde toujours une empreinte identitaire tunisienne. “La danse contemporaine s’est débarrassée de la forme et des limites culturelles. Transes est cette rencontre entre un corps culturel qui a une mémoire archéologique et une idée de ne pas danser, mais plutôt de réagir”, dit encore Rochdi Belgasmi. Réagir contre quoi ? Contre l’oubli et, en tout cas, contre la perdition de tout un patrimoine en déliquescence. “La Tunisie a perdu une partie de sa mémoire, contrairement à l’Algérie ou au Maroc qui ont pu conserver leur patrimoine musical berbère. Les traces qui persistent jusqu’à présent sont des musiques berbères, accompagnées de chants en langue arabe et parfois en chilha, “langue berbère”, comme le Rakrouki, le Nammouchi, le Jandoubi, Liheleylia, TargEssid, TargEssalhi, etc. Ce qui est particulier en Tunisie, ce sont les rythmes et non pas les chants: Allegi, Djerbi, Saâdaoui, Fazzeni et toutes les formes du Rboukh des ouvriers, BouguiBougui, Mdawar et limrabaâ, etc. Voilà le vrai patrimoine musical sur lequel je tente de monter mes spectacles”.

Salem TRABELSI
16-03-2013

PRESSE - Une soirée pleine d’émotions

Ouagadougou International Dance Festival

Dans le cadre des activités de la première édition de Ouagadougou International Dance Festival (OIDF), les artistes ont offert au public un spectacle chorégraphique, le mercredi 23 janvier 2013 à l’Institut national de la jeunesse, de l’éducation physique et des sports (INJEPS) de Ouagadougou.  Trois représentations ont tenu en haleine, le public en cette 5e soirée du Festival chorégraphique de Ouagadougou, le mercredi 23 janvier 2013. 1h 35 mn durant, "Transe, corps hanté" de la Tunisie, "En terre d’attente" et "Sini Siko" du Burkina ont procuré des moments d’émotions intenses aux nombreux invités. Des confins de la Tunisie traditionnelle au royaume moaga, les danseurs ont fait voyager le public à travers des mouvements exécutés avec agilité et souplesse. Le tout rythmé par des sonorités savamment sélectionnées. Pour la première chorégraphie de la soirée, l’honneur est revenu à Rochdi Belgasmi. Intiutlé "Trame, corps hanté", c’est une belle danse qui commence par de simples mouvements du corps, se développe dans l’espace et dans le temps, pour atteindre une anarchie totale et finir dans le silence. Durant 30 minutes, le corps de Rochdi se met en transes et devient un outil pour traverser l’espace. "La danse c’est la vie et son instrument c’est le corps", a-t-il dit à l’entame de sa prestation. Il a donc choisi une écriture intimiste et subtile pour parler de ses propres souvenirs d’enfance à travers des cris, des chants de femmes, des jeux d’enfants, etc. Un cumul d’émotions que l’artiste a su partager avec le public.
Marion Alzieu et Ousséni Dabaré n’ont pas fait moins pour leur danse baptisée "En terre d’attente".
A la suite de Rochdi, le duo composé de Marion et Ousséni a donné un beau spectacle avec des ondulations de corps qui ont séduit plus d’un spectateur. Sur un rythme musical "endiablé" par moments et langoureux parfois, les mouvements se sont succédé dans une parfaite harmonie de sons et de lumière.
La bonne coordination des gestes a laissé voir en l’espace de la quinzaine de minutes qu’a duré la danse, une terre où le temps devient quelqu’un. "Nous nous sommes mis dans la peau de quelqu’un qui attend pour montrer comment à travers des pays et cultures différents, l’attente est perçue, les états du corps dans l’attente.", a expliqué la danseuse-interprète française, Marion Alzieu. Puis vient le tour de "Sini Siko" de la compagnie Irène Tassembédo du Burkina Faso. Au nombre de 5, les "enfants" d’Irène ont exécuté une véritable gymnastique artistique sur des mélodies distillées par un orchestre de 3 musiciens. Cinquante minutes dans un monde fait de contradictions, de dogmes et de cruauté, à la recherche de l’espoir. Voici tout le sens de cette danse où les acrobaties sont réussies avec habileté et cohérence, forçant ainsi l’admiration des centaines de spectateurs présents. Ces admirateurs d’un soir ont manifesté leur satisfaction par des salves d’applaudissements nourris à chaque changement de cadence. C’est donc sous un tonnerre de cris de joie accompagnés d’ovations que les rideaux sont tombés sur cette soirée riche en émotions. 

Voro KORAHIRE
28-01-2013

PRESSE - Les danseurs sont toujours mal vus dans la société arabo-musulmane

La danse est pour Rochdi Belgasmi ce que la poésie est pour Abou El Kacem Chebbi. Son art, une nécessité pour revendiquer sa liberté de créer, le danseur tunisien fait bouger son corps sur les scènes du monde. - La danse est votre univers, pourtant vous y êtes venu par le théâtre. Parlez-nous de ce parcours. J’ai eu un diplôme dans les arts du spectacle du théâtre qui m’a permis d’avoir une carte professionnelle. Parallèlement à cette formation académique et puisque j’étais à Tunis, j’en ai profité pour me former en danse classique dans des écoles privées, comme l’IKAA d’Anne-Marie Sallemi et l’école de danse classique au centre russe. Ces écoles ne donnent pas des diplômes et ne forment pas des danseurs professionnels. Cedi dit, c’était une formation assez intéressante pour moi. J’ai fait ainsi plusieurs stages de danse en Tunisie et à l’étranger. L’Institut supérieur d’art dramatique (ISAD) m’a permis de faire des stages puisque j’étais major de ma promotion. Cette formation multidisciplinaire entre danse et théâtre m’a permis de tracer un avenir de danseur-interprète unique en son genre, qui tient à avoir sa place et à marquer son temps ! - Votre corps est le porte-parole de cette génération de créateurs tunisiens ; pensez-vous que la révolution a boosté l’énergie créatrice en Tunisie ? Oui, absolument ! Le jeune artiste tunisien n’a pas eu sa chance avant la chute de Ben Ali. Beaucoup de jeunes artistes ont soit cédé, ou ont quitté la Tunisie, en cherchant d’autres opportunités à l’étranger. Il y a une minorité qui est restée pour résister. Je fais partie de cette minorité, peut-être parce que je n’avais pas le choix. Dans tous les cas, je trouve que la chute de Ben Ali et la révolution m’ont beaucoup aidé à tracer mon chemin et à trouver ma place. Cette révolution nous a donné une nouvelle énergie créatrice. On parle aujourd’hui d’artistes post-révolutionnaires comme EmelMathlouthi, Bendir Man et même… Rochdi Belgasmi. Oui, je fais partie de cette génération qui a eu sa chance après la révolution. Donc, un grand merci au peuple tunisien qui nous a donné cette chance de pouvoir créer librement. - Vous dansez dans un contexte politique très difficile. Craignez-vous que cette montée de violence interrompe votre ascension artistique ? La Tunisie s’est débarrassée d’une dictature qui a régné durant 23 ans. Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Nous sommes dans un face-à-face, dans un rapport direct avec la censure. Cette censure paraît très dangereuse. Je fais partie des artistes qui ont été agressés par les salafistes, à cause de mon métier de danseur. Cette montée violente des intégristes et des salafistes et ce silence de la part du gouvernement me paraissent très dangereux. Je peux dire que l’art et les artistes en Tunisie sont en danger. C’est pour cette raison qu’on parle, aujourd’hui, de l’art de la résistance et des arts de la rue. Il faut occuper les espaces publics. Et c’est avec ça que nous aurons la possibilité d’entrer dans un rapport direct avec le public et faire passer nos craintes à travers nos différentes expressions artistiques. - Danseur, mais aussi chorégraphe, quelle est votre démarche artistique par rapport à la danse ? La danse populaire a-t-elle un avenir dans votre univers ? L’art, sous toutes ses formes, ne doit pas être cloîtré, isolé et séparé de la réalité. Il faut interroger ce qui est prioritaire, interroger une citoyenneté artistique, sortir dans les espaces publics. Mon rapport à la danse a complètement changé et de nouvelles perspectives se sont dessinées. La danse pour moi doit interroger le paysage culturel tunisien, et cela justifie mon retour vers les formes d’art populaire. Je crois tout simplement qu’il y a une conscience d’espace et de temps. Notre culture est en danger. Je ne trouve aucune raison de rompre avec tout ce qui est ancestral et de ramener de nouvelles formes d’art qui n’ont aucun rapport avec notre culture africaine, arabe et musulmane. Et c’est dans ce sens que ma démarche artistique essaie de donner un nouveau souffle à la danse traditionnelle. J’essaie toujours de trouver l’essence de cette danse. Je ne rentre pas dans la forme, mais beaucoup plus dans l’émotion. C’est-à-dire travailler sur les rythmes, l’énergie et les codes de la danse traditionnelle. Malheureusement, cette danse est présentée actuellement pour un public composé de touristes. Elle est devenue une forme de folklore, au mauvais sens du terme, qu’une vraie danse traditionnelle qui a toujours existé dans les régions rurales. J’ai eu l’idée de travailler sur certains tableaux de danses de nos régions, afin de leur redonner leur identité artistique. - Il est rare de voir des spectacles aussi construits. Vous y mêlez même d’autres formes d’art, comme les marionnettes. Je suis artiste polyvalent. Je suis danseur, acteur et marionnettiste. Cette polyvalence me permet de mélanger les formes et de faire un métissage artistique. J’essaye de trouver mon équilibre dans tout ça. Chaque forme émerge quand elle peut et quand elle veut. Je travaille avec mon corps et mes marionnettes avec le leur. Je suis dans une approche «plastico-organique», qui me permet de faire des ouvertures et d’enrichir la matière du spectacle. - Vous dites : «Danser, c’est avant tout rappeler qu’on est biologiquement et existentiellement vivant.» Sans la danse, comment envisagiez-vous l’avenir ? C’est une existence biologique pour moi, c’est-à-dire une existence physique avant d’être métaphysique. Je peux également ajouter que ce n’est pas seulement de vivre et d’exister mais de survivre, parce que je suis dans une étape dans laquelle mon corps demande la danse comme il demande la nourriture. Plusieurs fois, je me suis arrêté dans la rue, dans le métro, etc., juste pour danser. C’est une nécessité organique et c’est pour cela que je ne peux envisager ma vie, mon avenir sans la danse. Seule la mort biologique de ce corps m’empêchera de le faire bouger et de le faire danser. Et à cette étape-là, je trouverai une autre forme pour bouger. J’ai fait bouger les âmes des autres, les corps des autres à travers mon corps. Cela me suffit parfois de voir les gens danser. Je reprends la fameuse phrase de Pina Bauch «Danse… danse, sinon nous sommes perdus…». - Comment est vu le métier de danseur en Tunisie ? Et dans le Monde arabe ? Le peuple tunisien est un peuple qui aime chanter et danser. Cela fait partie de notre culture africaine et maghrébine. Pour moi, c’est rassurant. Pourtant, la danse en Tunisie est un métier marginalisé. Mais quand on voit les vibrations de la part du public, on en oublie tous les problèmes. Personnellement, je trouve un écho favorable du public pour mon art. Les médias m’aident beaucoup à faire passer mon message. Culturellement, il n’y a aucun problème. Cependant, il y a un problème avec ce Monde arabe auquel nous appartenons ; une mentalité qui veut se débarrasser de la danse et des arts sous leurs différentes formes. Les danseurs et les danseuses sont mal vus dans la société arabo-musulmane et la danse est vue comme symbole de plaisir banni par la conscience religieuse. - Existe-t-il un statut d’artiste en Tunisie ? Bien sûr ! Cependant, il n’existe pas de statut pour les danseurs. La danse n’est pas reconnue par l’Etat. Nous n’avons pas de statut. Nous avons un centre de danse fermé, un ballet national liquidé. Nous n’avons pas d’espace pour les répétitions, de travail et de recherche. Et tout cela contrairement aux gens du théâtre ou de la musique, qui ont des espaces, des droits, des subventions. Nous les danseurs, nous n’avons rien et c’est pour ça que la majorité a quitté la Tunisie à la recherche d’un nouveau marché et des vraies opportunités. - Vous parcourez les festivals du monde entier, quel message laissez-vous sur les scènes internationales ? Mon seul message est que nous sommes un peuple africain, maghrébin, arabe et musulman, qui a une longue histoire et une culture très riche. Ce peuple a fait sa révolution pour la dignité, pour sa liberté, pour mériter d’être Tunisiens. Bio express : Né en 1987, Rochdi Belgasmi est venu à la danse par le théâtre. Il se forme à l’Institut supérieur d’art dramatique à Tunis (ISAD), et fait partie de la première promotion des marionnettistes académiciens tunisiens (major de sa promotion). Après avoir obtenu une licence en théâtre et arts du spectacle, il opte pour une carrière de danseur professionnel avec une formation multidisciplinaire de danse classique, contemporaine et traditionnelle. Après une série de participation à des festivals nationaux et internationaux, Rochdi Belgasmi s’envole pour le Festival de danse contemporaine à Ramallah et prochainement pour une tournée africaine.

Faten Hayed
28-09-2012

PRESSE - Rochdi Belgasmi ou quand la danse contemporaine tunisienne se ressource

Depuis quinze mois, plusieurs jeunes artistes tunisiens sont en train de nous gratifier d’œuvres et de spectacles qui annoncent un renouvellement du paysage artistique après le tournant historique du 14 janvier 2011. La réputation de certains espoirs de la culture et des arts tunisiens a même atteint l’Europe et quelques pays asiatiques. Les exemples de chanteurs comme Bendir Man et Amel Mathlouthi sont des plus notoires. D’autres artistes prennent plus de temps pour émerger. Il s’agit souvent de créateurs dans les domaines de la danse ou des arts plastiques ; arts dont le public est relativement restreint dans les sociétés arabo-musulmanes. Rochdi Belgasmi est de ceux-là. Mais un artiste de sa trempe ne baisse jamais les bras, parce qu’il DANSE, et de quelle manière… ! Je l’ai rencontré lors de la soirée d’ouverture du Festival international de Boukornine (à 20 km de Tunis). Ce jeune chorégraphe-danseur ne cesse de retenir l’attention du public par l’originalité de ses tableaux chorégraphiques.
Mon corps est mon pays… ouvert sur le monde
Tout est emblématique dans la personnalité et dans le parcours de ce jeune Tunisien. Né en 1987, année où le général Zinelabidine Ben Ali a pris le pouvoir, Rochdi Belgasmi est un exemple vivant de cette génération que l’État-RCD n’a jamais pu embrigader. Ce chorégraphe est venu à la danse par le théâtre. En effet, tout s’est précisé après une formation de marionnettiste à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Tunis (ISAD). C’est qu’il est, parfois, des vocations plus fortes que les qualifications universitaires. Sa licence de théâtre en poche, Rochdi Belgasmi décide d’entamer une carrière de danseur professionnel, et ce malgré des participations, nationales et internationales, couronnées de succès en tant que marionnettiste. Ce jeune talent aborde la danse dans la diversité de ses formes : classique, moderne, traditionnelle.
Très vite, on le retrouve en 2009 à Grenoble, avec des acteurs-danseurs tunisiens et français, dans le cadre d’un spectacle de danse contemporaine portant le titre Mon corps est mon pays. La même année, il a pris part au spectacle d’ouverture du Festival international de Carthage avant d’enchainer, en 2010, comme danseur dans le ballet lyrique Nouveau matin présenté dans le cadre des célébrations de “Doha, capitale de la culture arabe” au Qatar.
Rochdi Belgasmi en Transe
En 2012, le jeune artiste tunisien a présenté, avec la grande danseuse populaire Khira Oubeidallah, un spectacle de Malek Sebai, Leyla Tounsya (Nuit tunisienne), à la Scène Nationale de la ferme de Buisson à Paris. Durant ces derniers mois, il présente, partout où il est invité, sa toute première création chorégraphique personnelle. Intitulé Transe, Corps hanté, ce spectacle a déjà fait le tour de plusieurs pays. L’œuvre chorégraphique dont nous parlons a figuré au programme du Festival de danse contemporaine à Ramallah (RCDF 2012 à Al-Kasaba Théâtre-Cinémathèque et au Théâtre national de Jérusalem), ainsi qu’au Festival Méditerranéen du Théâtre NEKOR au Maroc, sans oublier divers festivals qui ont lieu cet été en Tunisie.
Danser régénère le corps, l’esprit et la conscience…
Le premier contact avec le travail chorégraphique de Rochdi Belgasmi procure une sensation de surprise mêlée d’interrogation(s). Dans Transe, corps hanté, l’artiste danse sur une bande son qu’il a, lui-même, soigneusement préparée. Souple et tonique, son corps vibre aux sons de chants qui proviennent des steppes de la Tunisie profonde, terres où s’est levé un vent de liberté qui n’en finit pas de se propager à travers le monde. Les audaces des mélanges de gestes, mouvements, voix, mélodies puisés dans la vie bédouine et les arts populaires avec des pas de danse occidentale accroche le regard et captive les oreilles. Le brassage osé par le chorégraphe est d’une fraîcheur inouïe. Les fusions opérées par les charmes, conjugués, du corps, du mouvement et des milieux qu’ils convoquent recréent l’espace du sujet-dansant et de ses couleurs culturelles. Du reste, le Tunisien n’est-il pas cet être qui a toujours su “danser sur plusieurs pieds” en alliant tradition et modernité ?
En plaçant le corps au centre du travail de renouvellement artistique qu’il projette Rochdi Belgasmi en fait la métaphore d’un corps social cherchant à se libérer. « Danser, c’est avant tout rappeler qu’on est biologiquement et existentiellement vivant », insistait-il. L’exercice de la danse et sa réception fondent alors un espace où la vitalité permanente de l’individu nous débarrasse des parts caduques du passé. Toutefois, la dynamique de cette création moderne ne sacrifie pas les trésors de l’Histoire. L’artiste touche justement aux profondeurs de notre être parce qu’il parvient à déconstruire l’ancien pour en faire du nouveau. 
Pour que nos corps cessent d’être des prisons… 
L’approche plurielle de la chorégraphie de Rochdi Belgasmi cherche à donner « un autre souffle à la danse traditionnelle ». Dans l’entretien qu’il m’a accordé, j’ai constaté l’importance qu’il donne au corps comme vecteur de développement culturel : « travailler avec / sur le corps est pour moi fondamental, puisqu’il s’agit encore d’un sujet tabou dans les sociétés arabes », me disait-il. Expression éminemment corporelle, la danse affirme l’individu dans sa singularité mouvante. Notre chorégraphe est persuadé que la spécificité du « gestus », au sens brechtien, inscrit le langage corporel dans diverses situations proches de la vraie vie. La danse mettrait en avant un corps (et une pensée) androgyne qui brouille efficacement les contours des identités sclérosées : mâle, femelle, jeune, vieux, paysan, citadin, blanc, noir. L’énergie qui débloque le corps lui permet de goûter aux plaisirs de la liberté. La délivrance des membres de ce corps (social) est aussi un enjeu citoyen crucial.
Les Tunisien(ne)s qui se révoltent, votent, rédigent leur Constitution et rêvent de démocratie ne sauraient ignorer les appels de ce corps mis en jeu par Rochdi Belgasmi. Il y va de cette liberté chèrement conquise, il y va du projet de société que la Tunisie tient à donner à voir et à vivre au monde arabe comme à tous ceux qui ont partagé la joie, encore incomplète, de sa délivrance.

Adel Habbassi (Chercheur - Universitaire)
09-08-2012

PRESSE - Un état de grâce !

«Tahwila» présentée au 4e Nekor
«Je ne peux croire en un Dieu qui ne soit pas danseur», c'est avec cette phrase de Nietzsche, dite en voix off, que commence le spectacle chorégraphique «Tahwila» du Tunisien Rochdi Belgasmi qu'on a déjà vu danser dans la pièce «Tawassine» au 4e Festival Nekor du théâtre méditerranéen qui se tient jusqu'au 13 mai à El Hoceima.
Tahwila est transe, voyage dans le corps et dans le cri, oscillations interminables d'une chair torturée et jouissive transpercée par une musique berbère. Les premières plaintes d'une femme voient le jour avec le corps irisé du chorégraphe qui avance vers nous sur la pointe des pieds... Rochdi semble avoir été sculpté pour être danseur, ses muscles affutés giclent de la peau et font déjà quelques mouvements annonciateurs d'une inéluctable irruption. Pleins feux donc sur un corps apprêté pour la transe, titillé, provoqué, caressé et malmené par une musique venue du fond des âges. Des voix féminines indénombrables accompagnent l'artiste dans sa traversée des sens et des sons, une complainte interminable rythme la danse vertigineuse dont on entend également les halètements, les cris et les claquements de mains flagellant cette chair habitée...
«Tahwila» est le récit visuel d'un désir d'affranchissement, un exorcisme violent, une peau brûlée au soleil des origines... L'idée d'associer la danse contemporaine à la musique traditionnelle n'est pas dénuée de risques mais Rochdi réussit à épouser parfaitement chaque rythme, chaque bruissement, chaque murmure de l'eau... Cela donne un spectacle sans faille, une succession de frissons et de sursauts qui se transmettent inévitablement au spectateur ; c'est la folle quintessence d'un esprit malade en quête non pas d'une guérison mais d'une élévation dans le mal qui devient alors souffrance sacrée menant vers le Suprême, vers l'Absolu... Puis vient la voix inqualifiable de Houria Aïchi qui met le feu à la chair ; le chorégraphe se tord, tombe, se relève, court, se love autour de lui-même, se laisse entraîner par les aigus et les graves et nous transporte avec lui vers ce point lumineux où se tait l'univers et où ne reste que les infimes vibrations d'un corps libéré... Rochdi fluctue avec la lumière et c'est parfois elle qui danse sur sa peau comme un zéphyr édénique, tandis que la musique allume les contorsions, embrase cette part mystérieuse de soi d'où explosera un orgasme sans fin... «Tahwila» nous mène alors vers un état de grâce et les applaudissements qui tonnent dans la salle devant un Rochdi en sueur et en beauté ne sont, en fait, que le prolongement lubrique de la transe. Le salut au public n'est autre qu'une dernière danse, purement traditionnelle celle-là : ventre, fessier et bras fondent dans une fusion ultime. «Je ne peux croire en un Dieu qui ne soit pas danseur» car si Dieu a créé le corps de Rochdi Belgasmi et qu'il lui a insufflé une fibre de son âme, c'est qu'il est indéniable- ment un danseur.

Sarah Haidar
12-05-2012

PRESSE - «Combattre l'islamisme en se rapprochant du peuple»

Algérie News : Pourquoi avoir choisi ce mariage improbable entre musique ber- bère tunisienne et danse contemporaine ? R. Belgasmi : Au départ, j'ai fait une formation en danse classique et depuis quelque temps, je me suis mis à la danse traditionnelle tunisienne. Aussi, pratiquer une danse contemporaine sans un ancrage dans le patrimoine ne m'intéresse pas. Ma première école était «Zina et Aziza» et d'autres grands danseurs traditionnels tunisiens, et je pense qu'il n'y a aucune raison de prendre comme référence les Bigeard et les Pina Bausch alors que nous avons un assez important héritage. Seulement, je suis versé dans la danse traditionnelle non-folklorique ; je le précise parce que malheureusement en Tunisie, cette danse est souvent présentée pour un public de touristes et devient donc une simple distraction sans contenance, une sorte de carte postale. Or, pour garder l'originalité et la crédibilité de cet art, mon idée est de le mettre sur une plateforme moderniste et contemporaine. C'est pour moi un choix esthétique. Pouvez-vous nous expliquer la récurrence de certains mouvements dans votre spectacle ? La danse traditionnelle en Tunisie s'inspire beaucoup des activités de la vie quotidienne, à l'image de l'agriculture, du hammam, etc. C'est, en somme, la forme artistique la plus proche du Tunisien lambda tandis que le théâtre ou la danse contempo- raine sont une forme sophistiquée qui s'éloigne du peuple. La redondance de cer- tains mouvements s'apparente au thème de mon spectacle qui est la transe : c'est un corps hanté qui, à travers cette répétition, cherche à faire le vide, à s'exorciser en quelque sorte. Il s'agit là encore d'un choix esthétique : il se peut que ces ritournelles ennuient le public mais ce dernier arrivera à comprendre la lassitude qui se transmet du corps du chorégraphe à celui du spectateur car, au bout du compte, la danse est la forme la plus proche de l'humaine en ce sens qu'elle parle à son instinct et à sa chair. Cette redondance amène le corps vers un second degré d'élévation, autrement dit : la transe. «Tahwila» gravite essentiellement autour de la musique berbère de Tunisie mais il comporte également un long morceau de Houria Aïchi. Qu'est-ce qui vous a attiré chez la chanteuse chaouie ? Les Aurès étant très proches des frontières algéro-tunisiennes, nous partageons un certain nombre de traditions et de musiques. De ce fait, les chants de Houria sont tirés d'un patrimoine commun. J'ai choisi Aïchi parce que c'est la bonne interprétation, en plus d'un travail musical remarquable basé sur une forme quasi cardiaque, si je puis dire, qui garde certes l'originalité brute des rythmes traditionnels mais qui leur donne un effet supplémentaire. Depuis le départ de la dictature, on assiste à une prise de conscience en Tunisie quant à la dimension amazighe de la Tunisie. Pensez-vous que cette toute petite minorité berbère pourrait arracher une reconnaissance effective, et ce malgré l'arrivée des islamistes au pouvoir ? Nous avons plusieurs associations qui activent pour la préservation de cette langue et de ce patrimoine amazighs ; c'est un défi pour nous les artistes car c'est comme si on venait de recevoir une gifle en prenant conscience que la Tunisie n'était pas seulement arabe mais aussi amazighe et africaine. Depuis la révolution, les gens cherchent d'autres formes artistiques puisées dans le patrimoine rural, les musiques et danses traditionnelles mais aussi le théâtre à l'exemple du conteur traditionnel, etc. Il s'agit donc d'une source esthétique jamais explorée auparavant. Les Amazighs tunisiens sont de plus en plus présents et militent pour s'imposer dans l'espace public afin de valoriser et de faire reconnaître ce patrimoine ; et cela nécessite beaucoup de travail et de recherche. On a tous suivi avec beaucoup d'indignation l'affaire de Nadia El Fanni et son film «Ni Allah ni maître». Pensez-vous que depuis l'arrivée d'Ennahda, la liberté de création est mise en danger en Tunisie ? A ce propos, j'étais parmi les artistes qui ont été agressés par les salafistes au théâtre municipal de Tunis. Il s'agit pour moi d'une nouvelle censure qui, contrairement à celle de la dictature, se fait dans la confrontation. Auparavant, elle était imposée par le biais du ministère de l'Intérieur tandis qu'aujourd'hui, nous sommes face-à-face avec nos censeurs qui ne sont autres que nos concitoyens ! Je pense que pour arracher notre droit à la différence, il n'existe qu'un seul moyen : travailler et se rapprocher enfin du peuple après tant d'années d'élitisme dans le théâtre et la danse. C'est un vaste chantier car les Tunisiens lambda, s'étant habitués à une certaine exclusion artistique, s'intéressent désormais au théâtre égyptien, par exemple, ou aux spectacles purement distractifs et humoristiques. Je crois donc que pour conjurer le péril extrémiste (qu'il soit islamiste ou d'extrême-gauche), il faut reconquérir le public et ne pas craindre la confrontation avec les intégristes.

Sarah Haidar
12-05-2012

PRESSE - Rochdi Belgasmi, Il Manipule la danse..

Chez nous, pour être connu il faut passer à la télé ! Or, erreur monumentale ! Certains ne passent pas ou rarement à la télé et, pourtant, ce sont eux qui portent haut les couleurs de notre pays. Il en est ainsi pour Rochdi Belgasmi. « Si je n’avais pas été artiste, j’aurai fais la médecine comme mon père aurait voulu » , nous a déclaré Rochdi Belgasmi . Mais qui est-il, pourraient demander les accros de télé que quand il montre sa tété à travers la lucarne de petit écran. Rochdi Belgasmi possède une double, non une triple, casquette :il est marionnettiste, danseur ( chorégraphe) , et assiste à la mise en scène de pièces. Comme tout bon artiste qui se respecte, Rochdi Belgasmi a étudié à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique (ISAD).Il possède une licence de théâtre et des arts du spectacle (promotion 2010). Un choix qui l’arrange puisque, depuis son enfance, ce jeune homme est un passionné de marionnettes, et les marionnettes font partie des arts de spectacle D’ailleurs, il y a un peu plus de trois ans, l’ISAD a institué une filière marionnettes. Une chance pour Rochdi Belgasmi, pour que l’art de la marionnette est un art de synthèse. Et le jeune artiste de nous donner une petite leçon sur l’histoire de la marionnette en Tunisie : « A une certaine période, c’était la marionnette qui parlait de politique. A travers le Karakuz, à El Halfaouine, on donnait les nouvelles du Bey et on critiquait sa façon de gérer le pays. On montrait des spectacles ironiques. La marionnette servait aussi pour parler de sujets tabous comme la sexualité, la religion et le social. C’était la seule forme de spectacle forain qui a existé en Tunisie et qui parlait de vécu et de quotidien à l’époque. Rochdi Belgasmi commence donc une carrière de marionnette avec l’une des plus grandes marionnettistes de Tunisie HabibaJendoubi mais également avec d’autres comme Mahmoud El Mejri, Moueddine Ben Abdallah ou encore Hatem Derbel. Cette « coopération » l’a aidé à trouver sa voie les différents arts. Il faut également chercher dans son enfance son amour pour la danse. A dix ans , Rochdi Belgasm prend des cours de danse contemporaine et de classique, comme au centre culturel russe . Plus Tard, il prend des cours avec des grands chorégraphes, comme NawelSkandarani ou encore Hafiz Dhaou, mais également à l’étranger, et notamment en France, à travers des stages. « L’histoire de la danse en Tunisie, nous a déclaré Rochdi Belgasmi, a toujours souffert de marginalisation. En vérité, il n’ya pas de métier de danseur en Tunisie. En plus, on pensait que la danse était incluse dans les domaines de l’animation et qu’elle n’était pas porteuse de messages ! je me suis, donc, trouvé face à un défi : comment choisir une carrière dans un métier qui n’existait pas et qui n’a jamais été considéré comme un métier, et dont les gens pensent qu’il n’est porteur d’aucun message ou d’émotion ? ». La passion pour la marionnette et l’amour de la danse, mais également les voyages, les rencontres avec des gens , parler des langues qu’il ne connait pas, la musique et lire le soir, c’est ce qui forme toute l’âme de Rochdi belgasmi et puis lui permet d’évoluer dans un domaine de vipères et autres êtres malfaisants .Ne dit-on pas « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe » ? Et comme le jeune artiste ne peut se départir ni de la marionnette ni de la danse, il a décidé d’évoluer dans l’une et l’autre et de l’une à l’autre, tout en associant l’une et l’autre. D’ailleurs, le jeune homme (il n’a que 25 ans) a déclaré que les deux domaines présentaient pour lui une série d’expériences autour du corps humain et de l’objet. La marionnette et la danse sont deux formes différentes mais qui se mélangent. En attendant de trouver la bonne personne pour fonder une famille, il continue son bonhomme de chemin à danser et à manipuler les marionnettes. Il enchaine les spectacles aussi dans un domaine que dans l’autre. D’ailleurs, il a participé à de nombreuses œuvres, parmi lesquelles « Créatures de lumière » avec le Centre National des Arts de Marionnettes à Tunis ( C.N.A.M), « Nouveau matin » avec Web Art « Histoires de marionnettes » avec Domia-Production, « Tawassine » avec Cie Art de deux Rives , etc. Et, entre autres, « Mon corps est mon pays », « Shahrazade » avec le centre culturel russe de Tunisie, « Chattah » avec Haraka Association, etc. Mais Rochdi Belgasmi ne se cantonne pas à des représentations dans des salles puisqu’il a également participé à de nombreuses rencontres internationales chez nous comme le Festival international du théâtre pour enfants comme le festival International du théâtre pour enfants « Néapolis » à Nabeul, Festival International des Arts de la rue à Msaken, l’ouverture de festival International de Carthage 2009 et les journées de danse contemporaine 2011 à Tunis. Et même si les Tunisiens ne le connaissent pas ou peu, ce jeune artiste a une carrière internationale puisqu’il a fait, notamment, le festival d’Avignon 2008 , la Biennale Internationale de la danse universitaire à Grenoble 2009, les célébrations de Doha « Capitale de la culture arabe » 2010, Festival International du théâtre pour enfants à Teza ( Maroc)2011, les voyages de Kadmos autour de la méditerranée 2011, le Festival du théâtre arabe et des jeunes à Alger 2011, La Nuit Curieuse « leylaTounsya » sur la scène nationale de Marne la Vallée( France) etc. Bientôt, Rochdi Belgasmi s’envolera pour la …Palestine, pour la 7e édition du Ramallah Contemporary Dance durant laquelle il dansera le 27 Avril, et poursuit animer, après cela un workshop d’une journée à Bethléem à l’invitation de la troupe de danse traditionnelle, Al harah dance group. Par suite, la danse lui donnera des ailes jusqu’au Maroc, en mai. Antre temps, il aura dansé à Tunis dans « Tawassine » de Hafedh Khalifa, dans « Khira wu Rochdi » de Malek Sebai, et dans «Transe » son spectacle solo. Le jeune artiste sans frontières a proposé ce dernier pour la 7e édition du Festival International des Arts Dramatiques et Plastiques pour l’Union et Paix (FIADPUP) qui se tiendra du 03 au 10 Novembre 2012 à N’Djamena au Tchad, et à la 13e édition du Festival International de Théâtre et des Marionnettes de Ouagadougou/Festival des Arts du Burkina ( FITMO /FAB), qui aura lieu du 22 novembre au 17 décembre sur quatre pays africains à savoir la Burkina Faso , Le Mali, la Niger et le Togo. Et le théâtre dans tout ça ? Le théâtre, il le côtoie comme assistant metteur en scène, puisqu’il est sur la pièce de MoezToumi « Lavage à sec » Alors Rochdi Belgasmi ne mérite-t-il pas d’être connu et reconnu ?

Zouhour Harbaoui
01-04-2012