PRESSE - Rochdi Belgasmi à l'Institut des Cultures d'Islam

Dans le cadre de son projet Effervescence > TunICIe, un projet dédié à la Tunisie contemporaine, l'Institut des Cultures d'Islam qui se trouve à Paris, invite le chorégraphe tunisien Rochdi Belgasmi, pour se produire dans son majestueux lieu et donner son dernier spectacle de danse contemporaine Wa Idha Aassaytom (et si vous désobéissiez...) le 21 Mai à 20:00. C’est dans le noir que commence le nouveau solo de Rochdi Belgasmi qui nous transporte dans ses souvenirs d’enfance auprès de sa mère. Une voix résonne en écho : « je veux porter un regard indiscret comme les hommes » dit-elle. «Ouvre-toi au monde ! Ne te laisse pas enterrer vivant… Danse, danse… danse de toute ta force ! ». Imaginant les rêves secrets et interdits de sa mère, ses mouvements remémorent et interprètent avec délicatesse les gestes de son quotidien. Prenant corps avec cette voix, la chorégraphie devient tourbillonnante et traduit un appel à la vie, à l’expression des désirs et à l’égalité. À travers cette histoire, Rochdi Belgasmi aborde une mémoire collective et appelle à la transgression face au poids des traditions : « Désobéissez ! » Rochdi Belgasmi est l’un des chefs de file de la danse contemporaine tunisienne. Danseur et chorégraphe pour des spectacles internationaux. Formé en danse par les plus grands chorégraphes tunisiens, Rochdi Belgasmi, originaire de la région de Sousse, vit actuellement à Tunis mais travaille un peu partout dans le monde. Féru de danse, depuis ses premiers pas, Rochdi Belgasmi a tout fait pour réaliser son rêve et ce, malgré un environnement social très ancré dans les traditions et devenir une figure de proue de danse contemporaine tunisienne. Depuis sa rencontre avec la grande figure de danse populaire tunisienne Khira Oubeidallah, Rochdi Belgasmi semble trouver la diagonale de fou entre les danses locales et la danse contemporaine. Son travail chorégraphique l'a amené à parcourir le monde et se produire dans plusieurs Festivals de danse.

Chiraz Ben Mrad
29-04-2016

PRESSE - « Et si vous désobéissez »... aux JTC !

Dans le cadre des journées Théâtrales de Carthage 2015, L'artiste chorégraphe tunisien Rochdi Belgasmi présentera ses deux spectacles nommés « Zaglama », « Et si vous désobéissez », qui seront à l'affiche des (JTC) pendant cette édition, le premier est déjà passé hier soir à la salle le Rio. Le deuxième spectacle se produira aujourd'hui, le dimanche. Un rendez-vous pris à 20 h à la salle 4ème art avant d'entamer une tournée en dehors du pays. En fait, « Zaglama » est un petit voyage vers un autre monde où se mêlent rythme, danse et chant. « Des personnages célèbres ont participé à ce travail artistique qui révèle d'une part, l'histoire de la Tunisie moderne ainsi que son patrimoine et d'autre part, quatre-vingt minutes pleines d'enthousiasme et de chants, un chant pour et avec l'autre ». dit-il Le spectacle est sur une mise en scène de Lassaad Ben Abdallah, la chorégraphie est signée Rochdi Belgasmi et Cheb Bechir. Les rôles sont répartis ainsi : Rochdi Belgasmi interprète El Hayeb, Cheb Béchir percussionniste est Ezzaglem, alors que Lassad Ben Abdallah est 'Ennabbar". Tout le travail est axé sur les expressions du corps, qui suivent les rythmes syncopées d'une musique du terroir. Lors de cette édition, le second spectacle « Et si vous désobéissez » sera présenté pour mettre en valeur le thème de la sexualité mais avec le regard d'un artiste. L'hommage est fait aux femmes, bien entendu, puisqu'il est question de traiter de sujets touchant à sa liberté sexuelle. Le spectacle est une sorte de réquisitoire contre la société machiste et une manière de mettre au devant de la scène des préjugés masculins défavorables à la femme. Ce travail artistique a été réalisé par l'artiste suite à une longue observation de son entourage : sa mère, ses voisines, ses amies ....la liberté est la thématique de ce travail artistique de longue haleine. Et qui dit liberté dit liberté d'agir, de penser et de s'exprimer. Rochdi fait remarquer à ce propos, « Le rôle de la femme n'est plus restreint à de simples tâches d'accouchement ou à garder des enfants,... Au contraire, elle a beaucoup milité pour arracher sa place dans la société et prouver qu'elle est capable de donner le meilleur d'elle-même». Une œuvre autobiographique ? « Cette fois, il est nécessaire pour moi de trahir mes ancêtres et de ne plus suivre aveuglément la voie que la tradition et les mœurs me fixaient ! Parce qu'il est déjà plus que nécessaire de ne plus me plier, sans broncher, aux diktats de la famille, du quartier, de la société et de la religion. Depuis ma petite enfance, je me suis trouvé aux côtés de ma mère. Je la suivais partout, dans sa chambre, dans son lit, à la cuisine, et même au Hammam. Mais c'était seulement au seuil de la terrasse qu'elle m'interdisait, d'une voix sûre et grave, de la suivre ». déclare l'artiste qui confie que son œuvre artistique est, en effet, inspiré de son propre vécu. Il est question de sa vie, enfant, avec une femme, sa maman qu'il respecte et chérie. Danseur-chorégraphe, Rochdi Belgasmi est une figure de proue de la danse contemporaine tunisienne. Né à Sousse en janvier 1987, il a été formé en danse chez les plus grands chorégraphes et formateurs tunisiens tels que Nawel Skandarani, Malek Sebai, Hafiz Dhaou, Aicha M'barek... Aujourd'hui, il est professeur de danse-théâtre à l'Institut Supérieur d‘art Dramatique à Tunis (I.S.A.D) et membre du Conseil international de la danse CID auprès de l'UNESCO. Il a travaillé avec différentes instances artistiques en Tunisie et à l'étranger à l'exemple du Laboratoire théâtral tunisien, le Théâtre national tunisien, le Centre national des arts de marionnettes à Tunis,...

Khouloud Amraoui
18-10-2015

PRESSE - Wa Idha Aassaytom de Rochdi Belgasmi, Fragments de mémoire.

Lever le voile sur cette vie de femme maculée vivant sous le poids des traditions et des interdits semble être le principal souci du chorégraphe.Une grande foule attendait devant le Rio, mardi dernier, vers 17h00. Quelques minutes après l’ouverture des portes, la salle était comble. Le public est entré dans le noir. Rochdi Belgasmi était déjà sur scène pour la première de «Wa idha assaytom», son nouveau spectacle. Rampant, toujours dans le noir, le danseur intrigue la salle qui semble retenir son souffle. Quand les lumières s’allument, Rochdi tient sur la tête un ballot de morceaux de tissu blanc. Il se tient à proximité de deux cordes à linge qui longent l’arrière-plan. La voix de Sabah Bouzouita, sur un texte de Khadija Baccouche, donne très vite un sens aux mouvements de Rochdi Belgasmi. C’est un monologue imaginé, dévoilant les pensées secrètes de sa mère, tel qu’il s’en rappelait pendant son enfance. Lever le voile sur cette vie de femme maculée vivant sous le poids des traditions et des interdits semble être le principal souci du chorégraphe. D’où l’importance de ces morceaux de tissus qu’il commence par porter sur la tête, comme un fardeau, avant de les défaire pour en faire différents usages et de les étaler, un à un et au grand jour, sur les cordes à linge. Celles-ci tracent les frontières du monde imaginaire qu’habite sa mère, sur sa terrasse où elle s’évade, toute seule. C’est le seul endroit où elle ne l’emmenait pas avec elle et ne le partageait avec personne… Dans cette méta-danse, s’entremêlent des fragments de mémoire de l’enfance de Rochdi Belgasmi, vécue aux côtés de sa mère, avec un hommage qu’il rend à son souvenir. Un exercice non périlleux qui a nécessité de la part du chorégraphe d’aller au-delà même de la danse, dans ce qu’il appelle, d’après l’esthète Adnen Jdey, une méta-danse. «Elle exige une écriture chorégraphique qui défait la grammaire classique de la danse», décrit-il. Comment, en effet, transformer en pas de danse les soupirs profonds d’une jeune mère réduite à toutes sortes d’inhibitions. Les textes découpent la chorégraphie en tableaux. A travers la voix de Sabah Bouzouita, Rochdi Belgasmi donne à sa mère la chance de s’exposer et de s’affranchir de ses chaînes. En même temps, il fait de son corps de danseur le relais physique de cette expression. Toute la frustration ressort à travers l’exécution, avec une gestuelle répétitive, des tâches quotidiennes dont s’occupait sa mère. Des tâches synonymes de purification, voire de catharsis : dans le hammam et sur la terrasse, où elle nettoyait son corps, son âme et ses vêtements. « Wa idha assaytom », Rochdi Belgasmi le fait pour sa mère mais aussi pour lui, pour le regard de cet enfant dont il essaye de ramener la mémoire sur scène. Il est le principal témoin et locomotive de fragments d’un passé que le chorégraphe ressuscite afin de le sauver de l’oubli. Une idée que le texte de présentation du spectacle résume si bien en ces mots : «Dans ce nouveau spectacle, le chorégraphe fait appel au corps maternel, personnage dont la subjectivité est bien ancrée dans sa mémoire, en vue de retrouver un peu du temps perdu. Il s’agit, plus précisément, d’un essai de re-formulation des possibilités techniques du corps danseur, mais aussi d’une cartographie intensive des oublis, des amnésies et de ce qui, dans le paradoxe vivant de la mémoire, fait irrémédiablement défaut».

Narjès TORCHAN
04-08-2015

TEMOIGNAGE - L’artiste Rochdi Belgasmi révolutionne la danse en Tunisie

« L’artiste Rochdi Belgasmi révolutionne la danse en Tunisie, en créant le lien entre le mode chorégraphique traditionnelle et le contemporain. Il conjugue de manière transcréatrice la sensualité de la danse populaire avec ses ondulations et ses tremblements de hanches et d’épaules avec des mouvements fougueux et des rythmes saccadés qui effacent les limitent le corps. Que ce soit dans « zoufri » ou dans « méta-danse », l’espace de la scène est énergisé par l’intensification des déplacements et des gestes ; la scénographie où s’associent l’appel d’une voix off envahissante et les sons incitateurs de la musique électronique crée une atmosphère fortement sensorielle où peuvent se transmettre les désirs enfouis et les passions à venir. Tous ces éléments concourent à faire du corps dansant de Rochdi Belgasmi un foyer au potentiel multidimensionnel. »

Rachida Triki - Esthète
01-06-2015

TEMOIGNAGE - Rochdi Belgasmi, de Transe à Méta-danse

(dé)constructions chorégraphiques
C’est un hasard, heureux, qui m’a fait découvrir, durant l’été 2011, le travail de Rochdi Belgasmi. Malgré le désordre et la paralysie qui frappaient encore les manifestations culturelles suite au séisme sociopolitique du 14 janvier, un groupe de citoyens actifs a relevé le défi en assurant la tenue du Festival international d’Hammam Lif. La nature des spectacles programmés se devait de dire la résistance d’un peuple dont la culture est immortelle. La contribution du jeune danseur chorégraphe (24 ans) portait justement l’empreinte de la terre tunisienne dans ce qu’elle a de plus profond. Transe, corps hanté est un concentré de gestes proches de la vie et du labeur des paysans du nord-ouest et des plateaux du centre.
Un corps hautement pluriel :
S’il est permis de parler de quête identitaire dans les œuvres de Rochdi Belgasmi, le pluriel est de mise : le « corps hanté » par les traces des ancêtres et les gestes du passé se réinvente. Pour y parvenir, l’entreprise de (re)création chorégraphique puise dans plusieurs codes modernes sans être figée par une quelconque crainte de s’y perdre. Cette approche originale de la danse s’affirme alors comme une gageure visant à préserver le corps ancestral en le mêlant à des silhouettes et à des évolutions innovatrices. Les membres du danseur mettent en acte(s) un imaginaire dense. Une fibre multiculturelle nourrit l’esthétique du chorégraphe qui s’en trouve plus mûre. Transe, corps hanté dévoile les formes d’un corps tribal habité par une multitude de corps, infiniment différents. Ce solo avait nécessité, en 2011, un travail de terrain qui avait mené le jeune artiste sur les chemins de la Tunisie profonde ; les enregistrements de chants puisés dans un fonds populaire authentique constitueront la bande son de cette création. L’artiste a bien senti l’appel profond des voix bédouines et des mots (maux) qui les fondent. Ainsi, l’errance et la quête étaient, déjà, inscrites dans cette démarche esthétique.
La danse née de ces pérégrinations sera nourrie des couleurs et des mélodies des peuples qui traversèrent ces territoires au passé millénaire. L’écriture chorégraphique de la « transe » se ressource dans la symbolique de l’être maghrébin : la mémoire du corps travaillé par l’épaisseur de tant d’héritages resurgit au fur et à mesure de la libération de ses rythmes. La composition chorégraphique contemporaine tente un mariage de l’ancien et du moderne. Les pas de danse de Rochdi Belgasmi (ré)actualisent les traces d’un corps mêlé à la (à sa) terre : semailles, moissons, cueillette d’olives, jeux de carabine, fantasia… autant de gestes qui disent la fécondité et la génération, d’où ce rapport organique à la terre mère. Mais la beauté de cette incarnation chorégraphique tient, surtout, au fait que l’identité du corps-dansant n’est signifiante que dans son ouverture aux énergies extérieures. Proche du vertige et de l’enivrement mystiques, la danse du pays natal ouvre l’espace chorégraphique aux semences de l’autre : la trame berbère des gestes millénaires, l’épaisseur de la culture arabe, les influences (négro)africaines, diffuses dans tant d’accents et de postures brassés par l’Histoire, composent une fresque corporelle dont les pas et les mouvements sont polymorphes. Au-delà des gestes familiers, exécutés par le danseur-paysan, c’est un corps pluriel qui condense la richesse des legs et des expressions qui le fondent.
Corps hybride vs corps monolithique :
Sur l’affiche qui l’annonçait, Zoufri (2014) est présenté comme une “danse-conférence” : le danseur éprouve le besoin de se réfléchir dans le miroir d’une forme tant décriée. La réhabilitation de ce corps frénétique se fait au prix d’un décentrement au bout duquel c’est la société bien-pensante et les tenants de la Tradition qui sont contestés par le marginal. Différent, le corps-dansant sape le Code d’un corps monolithique caduc qui menace de l’étouffer. La culture populaire et hybride du rboukh dérange les logiques univoques et manichéistes. Le corps vibrant sur des percussions démentielles nous réconcilie avec une fibre africaine. Cette « part maudite » du Tunisien transparaît sous le bleu (dengri) du zoufri. Nous vibrons alors avec un corps qui se (ré)incarne dans la cadence brute de ces (ses) rythmes. La scénographie parsemée d’ampoules multicolores, l’ambiance de café-chantant, la mimique et les gestes “insolents” du zoufri opèrent un renversement des échelles de valeurs. La gueule de bois du gars qui se déhanche lascivement occupe une marge, extrême, de la danse canonique.
Le premier pari affiché, et remporté, par Zoufri est la provocation de la mémoire d’un corps dénaturé par la culture consumériste. Bouger c’est, déjà, (commencer à) adhérer à la danse d’un corps qui (re)trouve ses rythmes profonds : le geste chorégraphique est total ou ne l’est pas. Le danseur bouleverse les conventions, altère la géométrie du spectacle chorégraphique en impliquant le public dans ce travail de déconstruction. Les appels irrésistibles exercés par les rythmes du rboukh font tomber les derniers masques. Le vertige collectif aura des échos différents selon que les corps entraînés sur la piste réagissent (engourdissement culturel) ou interagissent. Et c’est bien le partage des cadences du Zoufri qui aide à amplifier cette subversion chorégraphique. Audacieuse expérimentation où le danseur prend son public par la main, dans tous les sens du mot : commenter le style rboukh, l'arrière-fond culturel et les origines du mezoued (cornemuse rudimentaire) tout en invitant les gens à s’immerger dans cette "nouba" pousse la gageure artistique aux limites de notre corps social encrassé. La "mise en scène" de cette prestation nous tente parce qu'elle a, justement, osé le défi d’une théâtralité jouissive. Dire les origines de cette danse-musique tout en l'incarnant avec un jeu pensé à mi-chemin entre ludique et dramat(urg)ique, telle est cette autre provocation formelle qui bouscule les sentiers battus d'une certaine (ré)vision de la danse, épurée des scènes (de la vie) DANS lesquelles elle prend source. C'est à cette source, retrouvée à l'état brut(e), que converge le Zoufri joué et dansé par Rochdi Belgasmi.
L’analyse de Zoufri dévoile aussi le face-à-face entre un corps populaire (assumé) et un corps (petit)bourgeois schizophrène et tristement amnésique. Le danseur-chorégraphe ramasse le qualificatif de "Zoufri" pour l'assumer avec ses acceptions péjoratives et le récrire au sein d'une esthétique qui revisite la marge : marge de la ville (espace conservateur), marge de la culture et marge sexuelle (et/ou générique). En remontant aux sources socio-historiques du rboukh, le chorégraphe réinvestit des corps qui dansaient, alors, avec leurs marques de labeur dur (travailleurs des mines et des carrières, etc.) pour transformer ces "machines de production" en "machines de désir". Les nouvelles fonctions de l'espace et du corps participent d'une sémiotique hybride, voire bâtarde, du moment qu'elle est "provoquée" dans un espace-temps (culturel) qui est à la lisière de la ville et de la compagne. C'est à la rencontre, chaude, de ce corps hybride que "ZOUFRI" nous convie. La vigueur des gestes réfléchis par (dans) la "zoufri attitude" nous débarrasse des carapaces sociales de nos corps tus et cachés. Assumée dans sa nudité authentique, la danse populaire incarnée par Rochdi Belgasmi parvient à faire éclater plusieurs moules (pseudo) esthétiques.
La suite du parcours chorégraphique de Rochdi Belgasmi confirme cette déstabilisation du corps monolithique de la Tradition. Anticonformiste, la danse ébranle nos certitudes et notre confort intellectuel. Le brouillage générique commence avec (dans) des formes chorégraphiques nouvelles avant de rejaillir sur d’autres types de catégories. En fait, l’ambigüité du corps mis en scène dans Zoufri entame une perversion sexuelle hautement symbolique. Le travail d’expérimentation mené par l’artiste accouche d’un corps androgyne qui éprouve la culture, machiste, de l’homme oriental. La collaboration de Rochdi Belgasmi au volet chorégraphique du spectacle El Mensia (mise en scène de Lassâad Ben Abdallah : août 2014) donne libre cours à ce corps androgyne : les courbes et les rondeurs esquissées par les danses masculines comblent l’absence (le manque) d’un corps féminin ardemment désiré. Avec Métadanse (novembre 2014), la recherche chorégraphique fera de ce corps androgyne une forme-sens qui nargue notre intelligence.
Entre alternance et brouillage codiques :
La suite du parcours chorégraphique de Rochdi Belgasmi confirme cette déstabilisation du corps monolithique de la Tradition. Anticonformiste, la danse ébranle nos certitudes et notre confort intellectuel. Le brouillage générique commence avec (dans) des formes chorégraphiques nouvelles avant de rejaillir sur d’autres types de catégories. En fait, l’ambigüité du corps mis en scène dans Zoufri entame une perversion sexuelle hautement symbolique. Le travail d’expérimentation mené par l’artiste accouche d’un corps androgyne qui éprouve la culture, machiste, de l’homme oriental. La collaboration de Rochdi Belgasmi au volet chorégraphique du spectacle El Mensia (mise en scène de Lassâad Ben Abdallah : août 2014) donne libre cours à ce corps androgyne : les courbes et les rondeurs esquissées par les danses masculines comblent l’absence (le manque) d’un corps féminin ardemment désiré. Avec Métadanse (novembre 2014), la recherche chorégraphique fera de ce corps androgyne une forme-sens qui nargue notre intelligence.
Entre alternance et brouillage codiques :
En se confondant au corps maternel (port du baluchon et du sefsari, séchage du linge, allures féminines, etc.), le danseur de Métadanse se ressource à la marge des réductions identitaires ; celle du "sexe" en premier. Emporté par le mouvement d’une danse ombilicale, le corps (viril) altère plusieurs lignes de démarcation entre mâle et femelle. La "danse androgyne" dérange les certitudes d’une culture traditionnelle (arabo-musulmane notamment) qui occulte le corps féminin. La narration, fragmentaire, de l’histoire de ce corps androgyne discrédite une Histoire écrite et composée avec des signes et des gestes exclusivement masculins. Les chemins tortueux du corps maternel, revisité par Rochdi Belgasmi, s’avèrent essentiels pour cette quête identitaire
Les fugues (imaginaires, chorégraphiques…) de l’enfant-adolescent sèment les prescriptions de la doxa sous toutes ses formes : religieuse, sociale, familiale, intellectuelle, etc.  La danse nourrit cette résistance contre plusieurs formes de réification du corps. Métadanse ose un mouvement qui voudrait arracher la mémoire du corps au figement de l’Identité officielle. En mettant en mouvement les schèmes (souvent rigides) de la mémoire intime : le corps-dansant ébranle le passé, s’inscrit au cœur du présent, ouvre les voies du futur. La représentation des marques traumatisantes de l’enfance élimine la peur et projette le corps dans un espace ambivalent où tout devient possible.

Adel Habbassi (Chercheur - Universitaire)
01-05-2015

TEMOIGNAHE - « Et si vous désobéissez / Wa Idha Aassaytom » ! Une Méta-Danse di Rochdi Belgasmi

Sfax. Dans la cour de Borj Kallel, une antique residence fortifiée enchevêtrée dans un dense trafic urbain, samedi 14 février 2015, Rochdi Belgasmi a dansé « Wa Idha Aassaytom, Une Méta-Danse». Le patio du Borj décoré de faïences anciennes et d’arcades de réminiscence ottomane, est parcouru de cordes à linge, évoquant les toits des maisons tunisiennes. Terrasses à ciel ouvert; espaces féminins, frontières entre l’infini et la rue et son univers masculin envahissant. و... « Ce sont des lieux suspendus, où tout est possible, comme le suggère en clin d’oeil le titre et si vous désobéissez...”), paroles du prophète Mohammed qui, privées de leur «Wa Idha Aassaytom» , suite “faites vous discrets!”, oscillent entre avertissement et encouragement. C’est sur le seuil d’une terrasse que Rochdi, danseur et chorégraphe tunisien, observait en cachette, dans son enfance, l’intimité secrète de sa mère, et c’est encore ici qu’aujourd’hui il choisit d’offrir un tribut - peut-être une réparation - au corps maternel, en le partageant avec le public. Le solo commence avec un monologue imaginaire de la mère de l’artiste: un texte lyrique et puissant de Khadjja Baccouche, interprété par la voix de Sabah Bouzouita, qui introduit les spectateurs dans l’intimité de cette femme, dans ses désirs les plus secrets. Le texte nous guide dans son univers “interdit”, scandant la succession des tableaux chorégraphiques bâtis autour d’un fardeau de tissus blancs, symbole du poids de la tradition, que l’artiste fait et défait, plie et déplie en créant de nouvelles scénographies (la terrasse, la rue, le Hammam..) au rythme nerveux d’une musique électronique et de percussions traditionnelles qui maintiennent le public en état d’alerte. Démystifier et dévoiler l’intimité de la figure ancestrale de la mère - et avec elle la tradition et le sexe - sont les thèmes porteurs de cette performance, qui débute par des évolutions lentes et silencieuses, explose progressivement dans une répétition obsessionnelle des gestes inspirés de la frustration des tâches domestiques quotidiennes, et se transforme finalement dans une baccanale, une sexualité fantasmée finalement libérée. Que ce soit un homme à s’aventurer sur ce terrain sensible - le corps, la féminité, la sexualité niée - n’est pas un acte innocent. Dans la périlleuse transition démocratique tunisienne, être un danseur de son temps, mettre en scène le corps sans le masquer derrière des exercices de style, constitue une prise de position risquée. D’où l’importance de souligner la volonté de l’artiste d’aller au delà de la danse, et d’instituer une méta-danse (ainsi que l’a définie l’esthète Adnen Jdey), et de la représenter sur des plateaux non conventionnels, en confrontation directe avec un public très hétérogène et parfois ouvertement hostile. Vitale, provocatrice et lyrique «Wa Idha Aassaytom» est la poursuite d’une ambitieuse recherche de l’artiste initiée en 2011 - après la révolution - vers la fondation d’une nouvelle danse contemporaine nationale, qui réhabilite la tradition populaire, la figure du danseur et la centralité du corps.

Gaia Toschi (United Nations Development Programme - UNDP)
13-02-2015

PRESSE - Il n’y a pas d’Amour… sans histoire

Toute une histoire. Toute une ambiance. Une écriture scénique aussi, un style. Qui fait de cet espace plus ou moins grand, plus ou moins noir un rendez-vous avec les lumières, les vibrations de la mémoire. Il n’y a pas d’Amour sans histoire, pensent certains. Qu’en est-il d’un Amour maternel, d’une relation fusionnelle qui fut rompue un jour avec le cordon. Que garde-t-on en mémoire d’une relation maternelle qui promet de contenir l’histoire d’Amour la plus noble qui soit. Rochdi Belgasmi, danseur-chorégraphe nous en parle, mais à sa manière. Celle de nous faire entrer dans son univers au parfum charnel et d’innocence mêlés. « Sublime rigueur de la transgression. Entre les plis de l’intimité et le seuil du dehors, le travail de Rochdi Belgasmi nous convie à des apories sexuées d’une troublante logique. C’est une anamnèse : tentative d’interroger quelques lambeaux du passé qu’il fallait découdre et recoudre avec deux cordes à linges… Il fallait surtout devenir l’enfant pour pouvoir écouter, dans le mouvement du monologue de la mère, le dépli de ses fantasmes les plus inattendus… » commente Adnen Jdey, philosophe évoquant l’œuvre de Rochdi Belgasmi. Dans ‘’Méta-danse’’, Rochdi Belgasmi nous emmène dans les recoins de sa mémoire. Rallume les lumières du cœur qui s’éteignent et esquisse une trajectoire nouvelle dans le firmament d’une relation maternelle …à ciel ouvert « Depuis ma petite enfance, je me suis trouvé à côté de ma mère. Je la suivais partout, dans sa chambre, dans son lit, dans sa cuisine et même dans son Hammam…Mais c’était seulement au seuil de la terrasse qu’elle m’interdisait, d’une voix sûre et grave, de la suivre… Elle m’ordonnait de m’éloigner… » dit-il pour présenter son dernier spectacle qui sera prochainement en tournée internationale qui commencera le mois de mars prochain par Paris. ‘’Wa idha Assaytom…’’ ou encore ‘’Méta-danse ‘’ de Rochdi Belgasmi planche sur la relation mère-enfant, replonge dans le monde de l’interdit et bouscule les convenances pour nous donner sa manière à lui de voir le monde à travers le regard intime de sa maman … sans pour autant verser dans la vulgarité ou débiter des obscénités. Et c’est la voix-off de Sabah Bouzouita, un personnage issu directement du théâtre qui accompagnera les mouvements de danse de Rochdi. A cela s’ajoutent les sons stridents, les rythmes tour à tour lancinants et appuyés d’une bande son qui revisite le côté synthétique d’une musique électronique et celui authentique d’une musique traditionnelle. Belle rencontre en tout cas, entre le perfectionnement de la musique synthétique du début du millénaire et la chaleur du rythme relevé et syncopé d’une musique authentique. Depuis pas mal de temps maintenant, Rochdi a trouvé un terrain particulier pour s’exprimer : associer la danse contemporaine aux pas de danse traditionnelle tunisienne. Une démarche originale qui a le mérite d’éviter un écueil : celui de tomber dans le côté consommé d’une danse contemporaine à l’européenne. Ce fut ‘’Zoufri’’ et ‘’Transe’’ qui confèrent le label tunisien à la danse contemporaine et promettent une carrière internationale à l’artiste et ouvrent sur l’universalité des pas de danse tunisienne telle que enseignée par des pionniers de la trempe des inégalables Zina, Aziza et Laghbébi, etc. Pour le début de l’année, les spectacles de Rochdi sont programmés dans plusieurs pays du monde après avoir été donné un peu partout, à Londres, Marrakech, Paris, Abidjan, etc. L’artiste était le premier tunisien à être appelé en 2012 à remplir la fonction d’un représentant de l’art de la danse contemporaine au Conseil international de la danse relevant de l’UNESCO, ouvrant par là-même la porte à ses semblables… Sans l’esbroufe ni la parole superflue, Rochdi poursuit paisiblement son bonhomme de chemin. Remplit les salles. S’accorde un répit pour relancer de nouvelles créations. Aller de l’avant, à de petits pas mais mesurés. C’est la devise de Rochdi qui lui vaudra une place au rang des artistes qui se couchent moins bêtes chaque soir.

Mona BEN GAMRA
27-01-2015

TEMOIGNAGE - « Méta-danse » de Rochdi Belgasmi

1. Sublime rigueur de la transgression. Entre les plis de l’intimité et le seuil du dehors, le travail de Rochdi Belgasmi nous convie à des apories sexuées d’une troublante logique. C’est une anamnèse : tentative d’interroger quelques lambeaux du passé qu’il fallait découdre et recoudre entre deux cordes à linges. Et pour montrer cette anamnèse, il fallait un dispositif radical : il fallait ne rien voir d’autre qu’un corps masculin, une dizaine de draps, avec la parole d’une mère dont on n’entendra que la voix. Il fallait surtout devenir l’enfant pour pouvoir écouter, dans le mouvement du monologue de la mère, le dépli de ses fantasmes les plus inattendus – disons : sa vérité inter-dite. Mais qu’est-ce qu’une danse qui aurait pour charge de toucher cette vérité, de lui redonner aussi bien sa voix que son sexe oublié ? L’indécision des matériaux appelle l’indécision des noms. Ce serait sans doute une fable topique dont la grammaire mettrait le corps au conditionnel pour façonner l’antichambre de la sexualité. Ce que propose Rochdi Belgasmi dans ce nouveau solo, il vaudrait mieux l’appeler méta-danse : se jouant de l’interdit, toute entière retenue dans son support fantasmatique, Méta-danse s’écrit entre mère et fils comme un fin jeu de transgressions.Mais qu’apporte ce préfixe « méta » à une danse qu’elle ne contienne déjà, si ce n’est qu’il en souligne toute la charge fantasmatique et le jeu pervers, en excès sur tout exhibitionnisme possible ? Car la « méta-danse » n’est jamais qu’une paraphrase de la danse : elle est une réécriture qui se porte au secours du corps jusqu'à le doubler d'une mémoire, jusqu'à le faire deux, entre-deux. Sans cette faille originaire dont elle émerge, sans l’entre-deux de la sexuation, la « méta- danse » oublierait une part de sa substance. Entre deux cordes à linge, Méta- danse est l’horizon d’un regard discret, le dépôt de la puissance qu’une parole inter- dite souhaite arracher aux corps qui sont forcés d’en suivre la trajectoire. Plus qu’un dépôt, elle est ce qui charge la sexualité de cette puissance. Ce que la danse fait et ne cesse de refaire, la « méta-danse » le défait – à moins d’affirmer tout autre chose que ce que la transgression portera au point de n’avoir nul besoin de l’énoncer explicitement. Tel est notre théorème. Méta- danse de Rochdi Belgasmi en déplie la plus délicate des démonstrations.

2. En jeu pourtant, ici, une fine délicatesse de la perversion. Inutile toutefois d’appeler le père à la rescousse. C’est la règle du jeu. Si Méta-danse se joue comme le récit d’exploration d’une étrange demeure de mémoire, elle fait jouer en revanche, entre mère et fils, une dynamique de la perversion par laquelle la sexualité se trouve à la fois reportée et renversée, c’est-à-dire tacitement connue et mise sens dessus dessous : à la limite de l’intime et de l’extime. Rochdi Belgasmi part de la disjonction de deux espaces qui se tournent le dos, à distance qui fait frontière. Mais c’est précisément dans cette distance, seulement franchie par le fantasme, qu’il prête corps et voix à la perversion. CarMéta-danseest une œuvre dont la perversion est avant tout celle de sa délicatesse: délicatesse de l’intimité qui, d’être le site de nos sexuations invisibles, devient au contraire le porte-empreinte de tout désir ; mais délicatesse aussi de la transgression de cette intimité même, doucement brisée quand elle livre le désir féminin, à son corps défendant, aux terrains vagues de l’anamnèse. Rochdi Belgasmi danse avec la délicatesse de ce qui survit entre ces écarts et ces brisures : ce désir, précisément, de n’en pas rester au deuil accablé du corps, le désir de transgresser le seuil de l’intimité. C’est l’étoffe même de ce désir que travaillent, nus comme le sein maternel, des gestes « transitionnels » analogues à ces bouts d’oreiller, à ces coins de drap, que l’enfant suce avec obstination. Méta-danse est l’écriture de ce désir de la délicatesse jouant, entre les ruelles, les cordes à linges et les draps. Malgré la dureté de leurs contours, la force de leur répétition, ces sont des gestes flous, flottants ; mais comme les objets transitionnels, ils sont de statut incertain. Ce sont les chevilles érotiques d’un fantasme qui ne l’est pas moins.Ils cherchent à devenir des fétiches, aussi ineffables que la douceur du souvenir et des cris lorsque, comme ici, ils font partie de l’aire de jeu. Méta-danse de Rochdi Belgasmi en propose la plus perverse des vérifications.

3. Inquiète rythmique du fantasme ? Sans doute. Méta-danse est encore la danse elle- même mais fantasmée, tout comme la pensée, correctement jouée, est une fantasmatiqueréajustée. C’est une approche de paradoxes féconds. Rochdi Belgasmi réinvente ses fantasmes, comme le travail sonore de David Berlou et les percussions traditionnelles donnent chair à des durées jusqu’alors improbables : apories, fables rythmiques. C’est comme un abîme plat, le contraire d’un délire, le moment très fragile, d’une somptuosité sourde, où quelque chose va se libérer, se deviner. Dans ce processus, c’est le matériau sonore lui-même qui porte mémoire et fait trace. Le résultat est un genre inédit de l’inquiétante étrangeté. C’est dans le dépli des draps, dans la nudité du corps que nous aurons à le découvrir : dépli qui consiste à faire traces –frottages, reports – de cette insensible zone de contact qu’est le fantasme. La « méta- danse » est ce jeu par lequel le désir troque tant bien que mal sa rythmicité naturelle, invisible, contre une rythmique fantasmatique, mise-en-images : le danseur est coincé, il se démène entre le phantasme nécessaire pour déverrouiller l’imaginaire du corps, et l’hystérie qui impose et codifie sa visibilité. D’un côté, comme sa mère, il veut qu’on le désire. Mais de l’autre, il veut qu’on ne le désire pas: hystérique et obsessionnel tout à la fois. C’est parce qu’il dit la nécessité d’inventer ces fragiles décisions de regard que l’étrange solo-à- deux de Rochdi Belgasmi dit bien davantage : il suggère un glissé, un contrepoint rythmique des nudités – un décalage dont la délicatesse de transgression excède celle de l’invisibilité. Peut-être même pourrait-on dire de sa Méta-danse qu’elle est une inquiète fantasmatique de la sexuation, l’anamnèse du petit secret gisant au cœur de toute mémoire, comme le désir gît nu au cœur de toute perversion, et au cœur de la relation que toute perversion entretient avec la parole et le regard. Corollaire du théorème, donc : pour accorder son regard à la durée d’un horizon, il faut jouer le tout pour le tout – au-delà de deux cordes à linges. Il faut donc danser – nu. Méta- danse de Rochdi Belgasmi en serait peut- être le juste prix à payer.

Adnen JDEY (Philosophe - Auteur)
01-01-2015

TEMOIGNAGE- Art qui n’encourage pas à l’hypocrisie sociale, art briseur de chaînes, art libérateur.

Quand le jeune et professionnel danseur-chorégraphe tunisien Rochdi Belgasmi nous gratifie d’un nouveau spectacle de danse, c’est après l’avoir réfléchi en puisant sa matière première dans notre vécu autant personnel que collectif. Ainsi, le filtre-t-il à travers ses lectures, ses rencontres, ses réflexions, ses émotions, puis ouvre la voie à son corps pour répondre par la danse. Avec lui, nous assistons à un échange permanent entre le mental, l’affect et le corporel. Durant la période de gestation d’une chorégraphie, Rochdi fait passer sa création à travers les différentes sphères de son être tunisien avec fluidité et perspicacité. C’est un homme, dont la mère, paraît-il, l’a envoyé dès son jeune âge danser à sa place, parce qu’en tant que femme vivant dans une société castratrice, elle n’a pas pu réaliser son rêve. A l’occasion, Rochdi, nous fait approcher d’abord de la grâce féminine et ensuite du cri de douleur de la femme empêchée de s’exprimer par son corps. Et là, Rochdi accomplit par « Méta-danse » une action oh, combien cathartique ! Cette démarche artistique dépasse le cadre personnel et subjectif et en tant que femme tunisienne, en regardant danser Rochdi Belgasmi, j’ai l’impression qu’il danse à la place de toutes les femmes privées de s’exprimer librement. Et au-delà de cette idée, il nous pousse, femmes et hommes à aller au devant de la scène, à sortir de notre repli, à nous dévoiler, à participer, à nous exprimer, à verbaliser, à expliquer, à nous manifester, à communiquer, à agir et à créer au-delà de nos désespérances. Bref, nous libérer, aller au-delà du su, du connu, du vu et du entendu, semble être l’adage de notre danseur qui créé en se dépassant perpétuellement sans faire fausse route. Et encore par cette nouvelle chorégraphie, Rochdi brise les chaînes et les moules de l’éducation étriquée, du conservatisme, des carcans archaïques qu’on nous fait subir dès notre tendre enfance et tente à défier les tabous et les interdits de toutes sortes. Critiquant ainsi avec acuité l’hypocrisie sociale qui impose le mensonge, la dissimulation, le port du masque, « Méta-danse » nous incite à nous montrer tels que nous sommes, à ne pas nous attarder sur nos apparences et sur l’apparat en général, ce fléau social ; mais plutôt à exercer nos cinq sens, et à nous sentir vivre et exister par tout notre corps sans aucun complexe ou préjugé. Aussi, notre chorégraphe-danseur national est à l’image de la métaphore de l’arbre de Paul Klee qui traduit l’artiste : d’une part, il ne cesse de puiser sa nourriture du terroir en cherchant dans ses racines. Et d’autre part, il étend les ramifications de sa création dans plusieurs directions, lorsqu’il touche par son œuvre l’actualité sociale, économique, culturelle et politique et à plein d’égard la contemporanéité de l’art actuel dans ce qu’elle a d’interactif et de décalé.

Amel Bouslama (Photographe et plasticienne)
13-12-2014

PRESSE - Fragments de mémoire ou comment revisiter le vécu de « maman ».

Tunisie / « Wa Idha assaytom » de Rochdi Belgasmi

Lever le voile sur cette vie de femme maculée vivant sous le poids des traditions et des interdits semble être le principal souci du chorégraphe. Une grande foule attendait devant le Rio, mardi denier, vers 17h00. Quelques minutés après l’ouverture des portes, la salle était comble. Le public est entré dans le noir, Rochdi Belgasmi était déjà sur scène pour la première de «  Wa Idha Aassaytom , son nouveau spectacle. Rampant, toujours dans le noir, le danseur intrigue la salle qui semble retenir son souffle. Quand les lumières s’allument, Rochdi tient sur la tête un ballot de morceaux de tissu blanc ( Baluchon). Il se tient à proximité de deux cordes à linge qui longent l’arrière-plan. La voix de Sabah Bouzouita, sur un texte de Khadija Baccouche, donne très vite un sens aux mouvements de Rochdi Belgasmi. C’est un monologue imaginé, dévoilant les pensées secrètes de sa mère, tel qu’il s’en rappelait pendant son enfance. Lever le voile sur cette vie de femme maculée vivant sous le poids des traditions et des interdits semble être le principal souci de chorégraphe. D’où l’importance de ces morceaux de tissus qu’il commence par porter sur la tête, comme un fardeau, avant de les défaire pour en faire différents usages et de les étaler, un à un et au grand jour, sur les cordes à linge. Celles-ci tracent les frontières du monde imaginaire qu’habite sa mère, sur sa terrasse où elle s’évade, toute seule. C’est le seul endroit où elle ne l’emmenait pas avec elle et ne le partageait avec personne… Dans cette méta-danse, s’entremêlent des fragments de mémoire de l’enfance de Rochdi Belgasmi, vécue aux cotés de sa mère,avec un hommage qu’il rend à son souvenir? Un exercice non périlleux qui a nécessité de la part du chorégraphe d’aller au-delà même de la danse, dans ce qu’il appelle, d’après l’esthète Adnen Jdey, une méta-danse. «  Elle exige une écriture chorégraphique qui définit la grammaire classique de la danse », décrit-il. Comment, en effet, transformer en pas de danse les soupirs profonds d’une jeune mère réduite à toutes sortes d’inhibitions. les textes découpent la chorégraphie en tableaux. A travers la voie de Sabah Bouzouita, Rochdi Belgasmi donne à sa mère la chance d’exposer et de s’affranchir de ses chaines. 
Toute la frustration ressort à travers l’exécution, avec une gestuelle de purification, voire de catharsis; dans le Hammam et sur la terrasse, où elle nettoyait son corps, son âme et ses vêtements. «  Wa idha assaytom », Rochdi Belgasmi le fait pour sa mère mais aussi pour lui, pour le regard de cet enfant dont il essaye de ramener la mémoire sur scène. Il est le principal témoin et locomotive de fragments d’un passé que le chorégraphe ressuscite afin de le sauver de l’oubli.
Une idée que le texte de présentation du spectacle résumée si bien en ces mots: «  Dans ce nouveau spectacle, le chorégraphe fait appel au corps maternel, personnage dont la subjectivité est bien ancrée dans sa mémoire, en vue de retrouver un peu du temps perdu. Il s’agit plus précisément, d’un essai de re-formulation des possibilités techniques du corps danseur, mais aussi d’une cartographie intensive des outils, des amnésies et de ce qui, dans le paradoxes vivant de la mémoire, fait irrémédiablement défaut.

Anonyme
23-11-2014

PRESSE - Jubilatoire !

L'Association « les Journées Danse Dense »pôle d'accompagnement pour l'émergence chorégraphique, organise, du 26 au 29 novembre 2014 à Paris, une manifestation dédiée à la rencontre de jeunes auteurs avec les publics. A travers des chantiers chorégraphiques et des actions artistiques, le public est invité à découvrir cette danse ancrée dans l'actualité du monde tel qu'il va, une danse en devenir pleine d'élan et de fougue qui cherche et se questionne. Ainsi dans le cadre de ce Festival Danse en chantier et avec le soutien de l'Institut français, le danseur et chorégraphe Rochdi Belgasmi présentera sa nouvelle création de danse contemporaine "Méta-danse", le 25 novembre à 16h au Théâtre du Fil de l'Eau à Paris. C'est à travers des traces, des débris et des fragments d'images de son passé personnel que Rochdi Belgasmi s'efforce de retrouver sa mémoire perdue. Dans ce nouveau spectacle, le chorégraphe fait appel au corps maternel, personnage dont la subjectivité est bien ancrée dans sa mémoire, en vue de retrouver un peu du temps perdu. Il s'agit, plus précisément, d'un essai de re-formulation des possibilités mnémotechniques du corps danseur, mais aussi d'une cartographie intensive des oublis, des amnésies et de ce qui, dans le paradoxe vivant de la mémoire, fait irrémédiablement défaut. Cette chorégraphie doit sa réussite grâce au dramaturge Khadija Baccouche, au scénographe Mohamed Amin Chouikh, à l'ingénieur du son David Berlou , au conseiller artistique : Adnen Jdey et à l'assistant : Mohamed Ali Blaiech. Danseur-chorégraphe et marionnettiste Tunisien.Rochdi Belgasmi est une figure de Danse contemporaine Tunisienne. De plus, il est professeur de danse-théâtre à l'Institut Supérieur d'Art Dramatique à Tunis (I.S.A.D). Cette polyvalence lui permet de mélanger les formes et de faire un métissage artistique. L'artiste définit son approche de «plastico- organique», lui permettant de faire des ouvertures et d'enrichir la matière des ses spectacles.Cet artiste passionné depuis son enfance par la danse - qu'il a commencé à l'âge de 10 ans dans des écoles de danse classique et moderne en Tunisie - a étudié le théâtre avant d'embrasser une carrière de danseur professionnel.Une fois diplômé de l'Institut supérieur d'art dramatique à Tunis (Licence au théâtre et aux arts du spectacle), il s'est formé à la danse traditionnelle chez la grande danseuse populaire tunisienne khira Oubeidallah et à la danse contemporaine chez la grande chorégraphe tunisienne Nawel Skandrani. Sa dernière création de danse est Zoufri en 2013 donnée en avant première à la Maison de Tunisie à Paris, puis donnée dans plusieurs festivals de danse en Tunisie et à l'étranger.En 2014, Il a été nommé Membre de Conseil International de la Danse CID à L'Unesco et il est devenu le premier représentant de la danse tunisienne dans cette grande organisation mondiale de Danse.

Kamel Bouaouina
15-11-2014