PRESSE - ROCHDI BELGASMI DANSES ET TABOUS

Le danseur-chorégraphe tunisien revient au Palais pour Ouled Jellaba. Ce solo ressuscite les danseurs travestis, aujourd’hui oubliés, des années 20 à Tunis.

Danser au péril de sa vie. Dans son pays natal, la Tunisie, les spectacles de Rochdi Belgasmi lui valent régulière- ment des menaces de mort. Et des mises en garde des auto- rités, quand il ne se produit pas dans le cocon d’un théâtre mais au cœur des quartiers popu- laires qu’il affectionne. Depuis Transe, corps hanté, sa première création en 2011, le danseur chorégraphe natif de M’saken, près de Sousse, dérange. À dessein : « J’aime transgres- ser les tabous, les mœurs, le conservatisme. Notre société a besoin de perturbateurs et de déchirures, explique celui dont une performance s’intitule ‘Et si vous désobéissiez’. Avant d’exporter mes spectacles, il me faut les créer dans mon pays. Car les jugements, même négatifs, me forgent ».

Le sexe et le genre dans la société arabo-musulmane : voilà ce qui fait débat avec le trentenaire. Sur le thème de l’androgynie, Ouled Jellaba, présenté au Palais les 24 et 25 avril dans le cadre du Printemps de la danse arabe, ne fait pas exception. L’artiste qui donne son nom au spectacle se produi- sait dans des cabarets improvi- sés de Tunis dans les années 20, « drag-queen avant l’heure » pour Rochdi Belgasmi. « Dans cette période politiquement troublée mais culturellement féconde, il y avait une grande popularité de ces danseurs travestis ». Des soirées tolérées puisque les femmes n’avaient pas le droit de danser en public. « Ces travestis ont ouvert la voie, quelques années après, aux spectacles de danse fémi- nine, qui les ont relégués dans l’oubli ». Avec d’autres artistes, le danseur s’était déjà produit au Palais l’an dernier, pour la précédente édition du Printemps, organisé par l’Institut du monde arabe (IMA). Cette fois, il y revient seul et assurera aussi un atelier chorégraphique (sur inscrip- tion), centré sur les mouve- ments du bassin. « Je savais que ce spectacle collait avec les sujets chers au Palais. Cet en- droit pour moi, comme l’IMA, est un pont entre deux rives, un lieu de rencontre essentiel entre les anciens immigrés, les nouveaux et ceux qui sont restés dans le pays d’origine ». Ouled Jellaba retrace en parallèle, des années 20 aux années 60, l’histoire des « cafés dansants » et l’histoire politique de la Tunisie jusqu’à l’indépendance. Une continuité pour Rochdi Belgasmi, qui a fait des danses populaires le cœur de son travail. L’enjeu est autant artistique que politique :construire une danse contemporaine tunisienne, qui ne soit pas la réplique de la danse euro- péenne. « Nous sommes un pays africain, avec une culture très riche ! Mon travail, c’est ce va et vient entre les danses traditionnelles, que tout le monde connaît ici et la danse contemporaine ». Rochdi Belgasmi a commencé à danser dès l’âge de 10 ans. Sa famille le voyait plutôt à l’académie militaire. « Danseur, c’est un métier qui était vu, qui reste vu par beaucoup comme une atteinte à la masculinité », commente-t-il sobrement. Après des cours de théâtre, de danse classique, de modern’jazz et de danse contemporaine, il crée son premier spectacle en 2011, quelques mois après la ré- volution qui a mis fin au règne du président Ben Ali. Des anthropologues, des isla- mologues travaillent désormais avec lui, légitimant peu à peu sa démarche iconoclaste. Jusqu’où ? « J’aime aller toujours plus loin dans la provo- cation ».

Vendredi 24 et samedi 25 avril à 20h, dans l’auditorium.
12 €/9 €, à réserver sur le site internet du Palais.
Pour l’atelier qui aura lieu le samedi 25 avril à 15h,
contacter le service des publics : reservation@palais-portedoree.fr. 10 €.

Elodie De Vreyer
01-04-2020

PRESSE - J'imagine, je crée, donc j'existe

La Nuit des idées à l'Institut français de Tunisie

Cette année, la manifestation s'est inscrite sur le thème : «L'imagination au pouvoir», un slogan largement répandu dans les manifestations de 1968. La nuit porte conseil, comme on dit, d'autant plus si elle est animée par des débats et autres rencontres, si elle est propice aux échanges, aux trouvailles. D'un lieu à un autre, dans les quatre coins du globe, les noctambules circulent et avec eux les idées et les pensées. Cela a pris forme, le 25 janvier 2018, lors de La Nuit des idées et ça s'est passé à Paris, Tokyo, Johansbourg, Dakar mais aussi à Tunis, Sousse Sfax et dans d'autres villes du monde. Une occasion de «célébrer la circulation des idées entre les pays et les cultures, les disciplines et les générations» en rassemblant simultanément, dans nombreuses villes autour du globe, des intervenants de tous horizons — intellectuels, chercheurs, artistes... Après une première édition parisienne en 2016, La Nuit des idées, un événement organisé par l'Institut français, s'est exportée en 2017 à travers le monde entier. Une invitation à découvrir l'actualité des savoirs, à écouter celles et ceux qui font avancer les idées dans tous les domaines, à échanger sur les grands enjeux de notre temps. Parce que la pensée est a-frontières, toutes les formes sont bienvenues (conférence, théâtre, performance, projections, concert...), et les lieux les plus prestigieux comme les plus inattendus sont conviés à se joindre à la fête, en proposant leur interprétation originale du thème proposé. Au fil des fuseaux horaires, les échos de La Nuit des idées se répercutent via les réseaux sociaux, faisant de La Nuit des idées un événement global. Sous nos cieux, l'événement organisé par l'Institut français de Tunisie (IFT) marque cette année sa deuxième année et devient franco-tunisien avec l'implication de différents partenaires. L'édition précédente avait pour thème «Un monde commun» et a rassemblé plus de 4.000 participants. Cette année, la manifestation s'est inscrite sous le thème : «L'imagination au pouvoir», un slogan largement répandu dans les manifestations de 1968. Il y a 50 ans, soufflait un vent de révolte et la France vibrait sous les mouvements de mai 68. Sur les murs, le slogan «L'imagination au pouvoir» revendiquait l'avènement d'un monde nouveau. La jeunesse tunisienne de l'époque, avec d'autres revendications en plus, suivait aussi le mouvement . En 2018 qu'en est-il des utopies d'alors ? L'Imagination a-t-elle pris le pouvoir ? La créativité est-elle au centre des prises de décision ? Comment redonner à ce slogan une actualité ? C'est autour de ces questionnements que différentes tables rondes et autres conférences et performances ont eu lieu à l'Institut français de Tunisie, à Tunis, Sousse et Sfax, au lycée français Gustave Flaubert de La Marsa, mais également à l'Hôtel de Ville de Tunis, l'Université Esprit et l'espace de coworking Cogite. Du côté de l'IFT, le programme était varié, incluant différentes tables rondes et autres projections et performances. C'est l'intervention, dans la galerie de l'institut, du graffeur franco-tunisien Jaye qui a donné le coup d'envoi de cette Nuit des idées. «L'imagination est plus importance que le savoir» avait inscrit l'artiste qui est exposé dans de nombreuses institutions et galeries (Palais de Tokyo, le Grand Palais). Un mot de bienvenue de la directrice de l'institut Sophie Renaud dans la cour centrale, qui a abrité une grande partie du programme, et la nuit pouvait commencer in situ et via des vidéos diffusées en direct sur youtube. Réunis autour du thème «Révolutions, illusions et évolutions», les historiens Hichem Abdessamed, Kmar Bendana, la professeur et psychanalyste Raja Ben Slama et le politologue et islamologue Chérif Ferjani ont échangé, lors d'une table ronde animée par la directrice de l'Irmc, Oissila Saaidia, et Frédéric Bobin, correspondant au journal Le Monde, leurs idées et impressions sur le mai 68 tunisien et des utopies de notre époque. Des échanges pas vraiment transcendants à dire vrai mais l'on peut mettre cela sur le compte des restrictions temporelles. L'imaginaire dans et par le corps C'est surtout sur le volet culturel et artistique du programme que l'on va s'attarder. Ainsi l'on a pu profiter de l'excellente performance du danseur tunisien Rochdi Belgasmi «Ouled Jellaba». Travaillant sur le corps/mémoire comme il l'a expliqué, par la suite lors d'une table ronde intitulée : «Le corps dans tous ses états», l'artiste rend hommage à un «personnage» des années 20, un travesti qui présentait des performances de danse populaire. «Je me mets complètement dans la peau de cette personne», l'idée étant de ressusciter ce personnage marginalisé et oublié, comme tant d'autres, et le réhabiliter dans la mémoire collective. Rochdi Belgasmi, travesti (une perruque avec de longues tresses brunes, blouza tunisienne, hzem et kholkhal), s'adonne, aux rythmes d'une musique électro-mezoued, à une performance de danse et d'équilibriste. Il dansait, titillant les limites de son corps, avec sur sa tête une jarre et autres petits verres et bouteille placés sur une planche. Les limites et l'impossible sont aussi abordés par l'artiste du cirque et trapéziste Chloé Moglia. Cofondatrice de la compagnie Moglice-Von Verx et directrice d'une association en Bretagne nommée Rhizome, l'artiste réalise des performances dans le trapèze et la suspension. Elle a créé plusieurs spectacles basés sur des disciplines aériennes avec de nombreuses représentations en France et nationales. Dans ses performances, Chloé Moglia défie les lois de la gravité, se suspendant, dans l'un de ses spectacles de cirque de rue, d'une rampe souple, posée sur trois pieds, pour 6 mètres de haut dans les espaces les plus communs comme les plus improbables. La suspension, de près comme de loin, consiste à rester vivant, ou d'une certaine manière, à le redevenir. Pour cela, la pratique a enseigné à Chloé Moglia qu'il faut faire 2 choses : ne jamais lâcher et lâcher toujours. L'artiste explique dans la même table ronde modérée par la socio-anthropologue Monia Lachheb, que son travail dépasse l'imaginaire du cirque pour explorer la pesanteur, et les variations infinies de ce qu'on nomme, parfois trop rapidement, le vide. «L'on n'est plus dans la peur suscitée par les spectacles du cirque mais plutôt dans un sentiment d'inquiétude, dans une exploration de l'impossible», précise-t-elle. Une imagination et des utopies rendues possibles par et dans le corps dans différentes états: le corps social, le corps mémoire, le corps-performance... Entre-temps du côté de l'auditorium, le magicien Thierry Collet abordait un autre imaginaire avec son spectacle de magie mentale «Vrai/faux- Rayez la mention inutile». Fait d'illusions optiques, d'expériences psychologiques interactives et d'effets magiques, ce spectacle interroge ce qui conditionne nos goûts et nos choix. La nuit des idées à l'IFT s'est poursuivie jusqu'au bout de la nuit avec des échanges autour de thèmes tels que «L'art et la technologie au service de la nature», «Les utopies et l'histoire en marche», la jeunesse et l'engagement social, de la vidéo, de la musique et surtout des idées plein la tête ! A la prochaine édition.

Meysem Marrouki
30-01-2018

PRESSE - Tunisian Dancer Rochdi Belgasmi

A dancer and choreographer from Tunis has been striving to push Tunisian popular dance, a sometimes controversial style, into the contemporary art scene for the past seven years. Rochdi Belgasmi, 31, defines himself as a post-revolutionary artist on account of an uprising that led to the ousting of Tunisian President Ben Ali in January 2011. That movement was dubbed the Jasmine Revolution. Belgasmi, who has spent years coming up with his own material and teaching dance, explains that Tunisian popular dance is not viewed well in the Muslim world due to its roots; it was originally based on seduction and sexuality, and had connotations to prostitution and homosexuality. At the start of his career, many considered his performances to be bizarre. He even had to go to court for a form of indecent assault. And during a festival in Carthage, members of the Ennahdha Movement party covered their eyes so as not to see him perform topless and wearing a ribbon around the hips.
For the choreographer, it is important to differentiate Tunisian popular dance from traditional oriental or belly dancing. Regardless of whether a dancer is a man or a woman, for Belgasmi, body language is key. Dancing is a form of expression in the same way as talking, and it can can be used to depict all sort of subjects, like politics, religion and society. It seems there are no taboos. Belgasmi’s topics of interest are often controversial, and can include eroticism and sexuality in Islam, as well as prostitution, provoking reactions from conservative and religious groups. While he says he has faced several attempts to censor his work, he seems to enjoy the noise that his dance moves have created in the media and on social networks. Nowadays, Belgasmi gets invited to perform on contemporary stages all over the world. In 2016, he won the Olfa Rambourg Foundation prize, and in 2017, he claimed the Public Prize at the Tunis Capital of Dance Festival for his show “Ouled Jaleba.” At the workshops he organizes for men and women all over Tunisia, he aims to spread his values of tolerance and freedom.

Mohamed Messara
01-01-2018

صحافة - رشدي بلقاسمي: الرقص يمحو الحدود بين فضاء الأنثى وفضاء الذكر

يقول الروائي نيكوس كازانتزاكيس على لسان بطل رواية زوربا اليوناني “يبدو لي، هكذا أنني أفهم شيئا ما، لكن لو حاولت أن أقوله لهدمت كل شيء، وذات يوم عندما أكون مستعدا سأرقصه لك”. كثيرون من اختاروا عن وعي ودراية التعبير بواسطة الجسد الحي كلغة كونية فنية وجمالية لإيصال أفكارهم ضمن فلسفة جسدية شاملة ومن بين هؤلاء المسرحي التونسي رشدي بلقاسمي الذي كان لـ”العرب” هذا الحوار معه. يقدم رشدي بلقاسمي نفسه لـ”العرب” بأنه راقص وكوريغراف معاصر تونسي، متخرج في المعهد العالي للفن المسرحي بتونس، حيث تكوَّن على يد أكبر الكوريغرافيين التونسيين. قدم بلقاسمي على مدى مسيرته العديد من الأعمال المندرجة تحت جنس الكوريغرافيا، نذكر منها عرض “تخميرة” 2011، و”زوفري” 2013، و”وإذا عصيتم…” 2015 و”ولد الجلابة” 2017. وهو كوريغراف لأعمال مسرحية وفرجوية متنوعة مثل “ستربتيز” لمعز المرابط وعرضي “المنسية” و”الزقلامة” للأسعد بن عبدالله، ومن آخر إنتاجاته الفنية “عروس وسلات” وهي كوريغرافيا من إنتاج جمعية فن الشارع والتي قدمت مؤخرا ضمن برمجة تظاهرة “دريم سيتي” لفن الشارع. تحصل رشدي بلقاسمي على العديد من الجوائز من بينها جائزة منظمة رومبورغ للفن والثقافة بتونس 2016 والصندوق العربي للفن والثقافة بلبنان 2016 وجمعية إكسيونزواومان البلجيكية 2015. كما صعد على أهم المسارح في العالم كالمسرح الوطني الفلسطيني بالقدس المحتلة والمسرح الوطني العراقي ببغداد والمسرح الملكي بالأردن والمسرح الأثري بقرطاج ومسرح الحمامات ومسرح الحرية بفرنسا وأوبيرا قان ببلجيكا ومعهد ثقافات الإسلام بفرنسا ومعهد العالم العربي بفرنسا، والعديد من المسارح والفضاءات الأخرى. الرقص الخطير كان رشدي بلقاسمي حاضرا في أهم مهرجانات الرقص بالعالم كمهرجان الرقص المعاصر برام الله، مهرجان نمشي للرقص المعاصر بمراكش، والسوق العالمية لفنون العرض بأبيدجان، ومهرجان الرقص المعاصر بواقادوقو، ومهرجان جسد وحركة بالكامرون، ومهرجان الرقص المعاصر بالتشاد، والمهرجان الإغريقي ببرشلونة، ومهرجان أفينيون، وغيرها. ويقول ضيفنا “اشتغلت لمدة أربع سنوات كأستاذ رقص مسرحي بالمعهد العالي للفن المسرحي، وكذلك في العديد من المعاهد العليا والمدارس المحترفة، كما أمَّنت العديد من التربصات داخل تونس وخارجها. وتسلمت سنة 2014 مهمة أول عضو ممثل للرقص التونسي في المجلس الأعلى للرقص باليونسكو”. وعن بداياته مع “فن الرقص” يقول بلقاسمي “منذ سن العاشرة وفرت لي عائلتي أرضية مساعدة على التعبير بجسدي، فكانت هي الحاضنة الأولى لي، حيث كنت دائما أرقص وأعبر عن فرحي بواسطة جسدي، وبعد انتقالي إلى تونس العاصمة للدراسة بالمعهد العالي للفن المسرحي، التقيت بالعديد من المبدعين من بينهم نوال إسكندراني وملاك السباعي وغيرهما ثم التقيت بخيرة عبيدالله التي غيرت لي نظرتي حول الرقص الشعبي حيث أنني لم أكن أتصور أن الرقص الشعبي مصدر إلهام كبير وشكل تعبير حي وقريب من الناس، وهو كذلك عالم مليء بالعلامات والدلالات التي نهل منها الرقص المعاصر”. ويتابع بلقاسمي “المواطن التونسي يرقص لكنه بعيد عن الرقص كظاهرة فنية واعية، بل هو يمارسه بشكل عفوي واحتفالي أو ردة فعل للتعبير عن مشاركته للآخر لحظات من الفرح في الأعراس والحفلات الخاصة أو يمارسه للترويح عن النفس. وكأننا هنا أمام فكرة نيتشه القائلة ‘علينا أن نعتبر كل يوم يمر دون رقص يوما ضائعا… وعلينا أن نعتبر أن كل حقيقة تقال دون ضحكة هي حقيقة زائفة‘. فالرقص هو أم الفنون ورؤية للعالم وإثبات الإنسان لذاته يتحقق كذلك من خلال تواجده الجسدي الراقص والنشيط والجميل، الجسد الفرح. لنترك الجسد يعبر بشكل حر دون تعقيد وتكبيل فالجسد هو العقل الكبير وله الحق في الإفصاح عن إبداعاته الحركية”. فن الرقص من أقدم الفنون التي عرفها الإنسان الأول للتعبير عن حاجاته وهو الفن الأم لجميع الفنون الأخرى ويواصل رشدي مؤكدا أن الرقص هو فن مستقل بذاته ولذاته. فنحن، كما يقول، نولد نتيجة علاقة بين جسدين، ونخرج للحياة من جسد، ونتعلق بجسد، للجسد حضور حقيقي وحميمي. مازالت المجتمعات العربية تنظر إلى الجسد نظرة مخجلة وتراه مدنسا ويجب ستره، إلا أن الجسد يجب أن يوجد بشكل كبير ويستقل ويأخذ أبعاده الحقيقية كمصدر لكل ملذات الحياة ومصدر للجمال والإبداع، بل إن كل الخلق الإبداعي ينتجه الجسد بكل مكوناته. فالرقص له أن يعالج مسائل سياسية واقتصادية واجتماعية وفكرية، وبإمكانه أن يبني ثقافات وحضارات ويحرر شعوبا”. الرقص وزرادشت عن سؤالنا حول الكيفية التي يشتغل من خلالها في أعماله الإبداعية، يجيب رشدي بلقاسمي “أنا أعمل على الحدود الزائفة بين الجسد الأنثى والجسد الذكر. أنا أخلق جسدا إنسانيا بامتياز، جسد يجمع الجسد الأنثى والذكر في الآن نفسه بأسلوب استفزازي صدامي يخلق الرجة لدى المتقبل حتى يقبل بعد ذلك جسده، ويتصالح مع ذاته، ويصبح قادرا على احترام أجساد الآخرين”. الرقص فن يمكنه أن يعالج مسائل سياسية واجتماعية وفكرية، وبإمكانه أن يبني ثقافات وحضارات ويحرر شعوبا كما يقول بلقاسمي “أنا أشعر بالعيش عندما أرقص على الركح، أما في الحياة اليومية أخلق حدودا لنفسي وأتحرك داخل تلك الحدود. والرقص بالنسبة إلي هو التزام ومسؤولية حيث أن الجسد اليوم هو جوهر الوجود، ضد ما نراه من حرق الجسد، أو تعريته وستره، أو التخلص منه عبر الانتحار، والمتاجرة به وبأعضائه.. فعلينا كمدعين إنصاف الجسد وإعادة الاعتبار له. فأنا عندما أرقص، أرقص على حبال المخاطرة نشدانا للحياة”. ويقول بلقاسمي “في النهاية أنا جسدي إذا أنا أفكر وموجود. ولنا الرقص لكي لا نموت في رتابة الحياة اليومية والنظرة الدونية للجسد. مثلما يقول نيتشه ‘إن ما يجب أن أؤمن به يجب أن يكون راقصا‘. إذ يعتبر الرقص فنا، هو فن إنساني بامتياز جوهره الحضور الجسدي الحي والواعي والموجه للعرض أمام الجمهور، وهو كذلك نوع من أنواع التعبير والتفكير والمحاكاة وطرح التساؤلات”. ويشدد بلقاسمي على أن فن الرقص من أقدم الفنون التي عرفها الإنسان الأول للتعبير عن حاجاته وهو الفن الأم لجميع الفنون الأخرى، ومصطلح الرقص يطلق على جميع أنواع الأداء المتصل بالحركة مع الإيقاع، وهو بمثابة تنظيم حركي في الفراغ، وتنظيم حركي في الزمن، إنه فن زماني ومكاني. يختلف من بلد إلى بلد، ويقوم من واقع البيئة ومن عادات الشعوب ولا يرتبط بقواعد عالمية. ولأن زرادشت كذلك قد نادى من الأعالي من الجبال "إن الجسد السليم يتكلم بكل إخلاص وبكل صفاء، فهو كالدعامة المربعة من الرأس حتى القدم، وليس بيانه إلا إفصاحا عن معنى الأرض. ما الجسد إلا مجموعة آلات مؤتلفة للعقل. إن ما يجب أن أومن به يجب أن يكون راقصا". ويقول بلقاسمي “الرقص لديه هو عنفوان الإنسان، والتحدي لرتابة إيقاع الوجود. الرقص تنويع على إيقاع الوجود وتجاوز له، ذلك أن الإنسان يجب أن يهيمن على الغابات وعلى الجبال وأن يصطاد فرائسه بالنسور وأن يلعب الأفعى بيده وأن يبحث عن الخطر ليلجه. الرقص منذر بالخطر، ذلك أن الأقدام الرشيقة التي ترقص هي الأقدام التي تجرّ الجيش وتقرع طبول الحرب”. ويتابع ضيفنا “يمر زرادشت بالغابة، ومعه صحبه، وهو يفتش عن ينبوع بين الأشجار والأدغال، وكان هناك رهط من الصبايا يرقصن بعيدا عن أعين الرقباء، وإذا لمحْن القادم توقفن عن الرقص، ولكن زرادشت اقترب منهن قائلا ‘داومن على رقصكنّ، أيتها الآنسات الجميلات، فما القادم بمزعج للفرحين، وما هو بعدو الصبايا. فهل يسعني أن أكون عدوا، لما فيكنّ من بهاء ورشاقة وخفة روح. وهل لي أن أكون عدوا للرقص الذي ترسمه هذه الأقدام الضوامر الرشيقات؟‘ فالرقص التعبير الناصع عن قوة الإرادة وعن ‘العود الأبدي‘ المفهوم النيتشوي العتيد”. الرقص فن يمكنه أن يعالج مسائل سياسية واجتماعية وفكرية، وبإمكانه أن يبني ثقافات وحضارات ويحرر شعوبا

عماد المي
13-10-2017

PRESSE - Cachez-moi ce mâle que je ne saurais voir !

Dans la région MENA, l’expression corporelle dans les arts vivants ne date pas des temps présents. Pourtant, tout débat artistique soulevé autour du corps finit par tourner à la polémique. A la controverse se greffent campagnes de dénigrement et diffamation, alimentant par la même occasion un discours homophobe banalisé.

Efféminé », « prostitué(e) », « dépravé(e) » ... Les injures semblent intarissables lorsque les détracteurs de l’expression corporelle définissent les artistes qui la défendent. Du commentaire anonyme sur internet au discours décomplexé des milieux associatifs islamisés, jamais le terrorisme moral et intellectuel n’a épargné un artiste d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, si celui-ci fait du corps son outil d’expression artistique.
La confrontation idéologique devient parfois violente, arrivant jusqu’à la menace. On tranche alors rapidement sur le « manque de virilité » du chorégraphe, comme une manière de voir en lui l’homosexuel qu’il n’est pas forcément. La comédienne en maillot de bain sur les planches incarne, quant à elle, « la fille aux mœurs légères ». Habillé en caftan pour accompagner son groupe, le danseur populaire devient « le pédé de la troupe ».

Polémique à Carthage
Dans une société conservatrice, mettre le corps dans tous ses états, sur une scène de théâtre, de danse ou sur le grand écran, revêt systématiquement un caractère subversif. Rochdi Belgasmi fait justement partie de ces chorégraphes tunisiens qui soutiennent l’idée avec ferveur. A son actif, des tournées internationales qui ne se comptent plus, au cours de ses 20 années dans le domaine de la danse et de la chorégraphie, parallèlement à sept autres consacrées à la recherche sur l’anthropologie du corps. Habitué des critiques, ce membre du Conseil international de la danse auprès de l’UNESCO ne s’attendait cependant pas au tollé autour de son dernier spectacle en ouverture de la 53e édition du Festival de Carthage, tenue du 13 juillet au 19 août 2017. Intitulée Fen Tounes (Art de Tunisie), sa création constitue une fresque des danses tunisiennes ancestrales, région par région. Mais la prestation a embarrassé le peu d’islamistes présents ce soir-là. Dans un entretien exclusif à Dîn wa Dunia, l’artiste explique : « Ma performance est constituée de trois parties, dont l’une où je danse torse nu. Voyant la scène, trois députées d’Ennahdha ont détourné le regard, le visage, ou encore se sont caché les yeux ». Sur les planches, Rochdi Belgasmi n’a pas perdu de temps pour répondre à cet autre « show », pour le moins inattendu. Dans un naturel où son geste semblait presque faire partie de l’enchaînement, le chorégraphe s’est caché les yeux à son tour, provoquant le rire d’un public nombreux à danser lui aussi sur les gradins. « Je n’aurais jamais imaginé une chose pareille, nous confie-t-il. Les Tunisiens qui suivent mon travail savent que ma philosophie est de faire du corps un terrain d’expérimentation artistique, en jouant notamment sur les frontières entre les genres. Libre donc à quiconque se sentant offensé dans ses valeurs de ne pas venir me voir. Le problème n’est pas là ». Cependant, il s’interroge : « Ce que je comprends moins, c’est qu’une partie de l’assistance s’étant déplacée spécialement pour cela se mette la main devant le visage en plein spectacle. Autant j’accepte le débat et la confrontation des idées, autant je trouve ce geste absolument insensé ». Le chorégraphe nous confie que même une partie de ceux qui se considèrent volontiers comme « progressistes » ont touché la limite de leur ouverture d’esprit, jugeant ce spectacle d’un regard moralisateur. Rochdi Belgasmi n’oublie cependant pas d’indiquer avoir bénéficié d’un large soutien dans son pays. Si l’artiste travaille sur les questions du corps et du genre, il dit toutefois ne pas être dans une démarche purement militante, qui porterait la cause des minorités sexuelles sur scène. « Dans Fen Tounes notamment, je défends la cause d’un corps artistique libre de toute identification préétablie, qui le ramènerait à sa condition d’homme, de femme, d’hétérosexuel ou d’homosexuel, nous explique Belgasmi. Sur scène, le corps dansant est un troisième sexe, qui arrive à briser toutes les chaînes de nos conventions et met à nu toute son essence ». Le chorégraphe balaie de la sorte d’un revers de la main les reproches qui lui ont été faits au Festival de Carthage : « Artistiquement, il n’existe pas de danse spécifiquement ‘féminine’ ou ‘masculine’. Les mœurs et la morale sont autre chose, mais elles n’ont justement pas à se greffer à l’art. Cette polémique traduit notre nécessité, en tant que société patriarcale, de s’inscrire dans une révolution masculine. En Tunisie, nous avons mené une révolution féminine depuis les années 1950 pour donner aux femmes la liberté de disposer de leur corps, entre autres. Mais aujourd’hui, ce changement ne peut être accompli sans une révolution culturelle, qui passera par une autre, grâce à laquelle les hommes comprendront que leur virilité n’est pas gérée par des codes précis auxquels il faut absolument se tenir afin de ne pas être rejeté ». Pour Belgasmi, la transgression est un art, destiné non seulement à briser le tabou du corps, mais aussi à critiquer la chape de plomb que constituent les normes sociétales. L’idée est également d’effacer les lignes entre les notions du féminin et du masculin, que l’on se revendique ou non de la communauté LGBT.

Ghita Zine
01-10-2017

صحافة - رشدي بلقاسمي يرقص للإيروسية وللجنسانية في الإسلام

"الرقص وسيلة مقاومة"، هكذا يرى رشدي بلقاسمي فنّه، الذي يمارسه منذ سنوات عديدة. بعروض متعدّدة وبمرجعيات تاريخيّة وفنيّة منتقاة من الموروث الثقافي التونسي، يسعى بلقاسمي إلى تغيير النظرة المحقّرة للجسد، ويطمح إلى تطوير العقليات من خلال مصالحة الجمهور التونسي والعربي عموماً مع فنّ ظلّ مهمّشاً لعقود طويلة. في هذا الحوار مع رصيف22، يحدّثنا الراقص الشاب عن بداياته وتفاصيل عروضه، ويسلط الضوء على وضعيّة الراقص في العالم العربي. كيف بدأت رحلتك مع الرقص؟ بدأت الرحلة في سنّ العاشرة تقريباً. على العموم، في هذا العمر بدأت أفهم ما أقوم به، ربما كانت البداية من سنّ أصغر بكثير، ولكنني لا أذكر التفاصيل. كنت محاطاً بمجموعة من النساء الموهوبات، اللاتي يقدرن الفنّ وأقصد هنا أمي وعمتي وخالتي. قضيت طفولتي معهن في جوّ نسائي خاصّ. لم تكن هناك حدود، كنّ يغتنمن أيّ فرصة لإبراز مفاتن أجسادهنّ من خلال رقصات متعدّدة كما كنّ بارعات في الغناء. ترعرعت في هذا الجوّ، كنت ألاحظ تفاصيل هذا العالم النسائي الفريد، من خلال وجودي على الدوام في حلقاتهن الضيّقة، ولكن كنت أيضاً موضوع أحاديثهن في كثير من الأحيان، بتعليقات مثل "أنظروا رشدي كيف يرقص"، هذه الجملة سمعتها مراراً وتكرّرت بنبرة فخر واعتزاز. كانت هذه الحلقات النسائيّة أوّل لقاء لي مع الرقص. ومع مرور السنوات، قررت الالتحاق بنوادي المسرح والرقص. ثم تنامت الموهبة وازداد الولع بهذا الفنّ. تعرضت لمشاكل في البداية، أهمّها أن بنيتي الجسديّة ضعيفة، فعملت على تطويرها وتحسينها ليكون جسدي في مستوى تطلعاتي. هل من السهل أن تكون راقصاً في مجتمعاتنا؟ للأسف، كان من الصعب أن أفرض مكانتي كراقص وأجعل من الرقص مهنتي. المشكلة تاريخيّة بالأساس، فالرقص في الخيال الشعبي يحتلّ مكانة دونيّة ويمثّل صورة سيّئة في مجتمعنا، الذي أصبح محافظاً أكثر مما كان عليه في الماضي. لم نعد نكترث للحياة، وكلّ ما يتعلّق بالمتعة واللهو والجمال نصنّفه في خانة الحرام والخطيئة. في الموروث الإسلامي، يُعدّ الراقص أو الراقصة شخصاً خارجاً عن المألوف، ومارقاً لا يطبّق الشرع، لذلك ثمّة رابط عجيب ومضحك بين الرقص والدعارة والفحش في أذهان العامّة. شخص يرقص هو شخص يجلب الانتباه، يحرج المجتمع ويتحوّل إلى موضوع نقاش. مهمّته الأساسيّة هي التغريد خارج السرب وإغراء الآخر بالرقص. من يرقص يخيف من يعاني من عقد ومشاكل مع جسده ومع الآخر المختلف. أنا واعٍ لخطورة ما أقّدمه، خصوصاً عندما أقتحم مواضيع تصنّف تابوهات، كالجنسانيّة في الإسلام، مسألة النوع، الإيروسيّة، التحوّل الجنسي، تجارة الجنس وغيرها من المواضيع. ذه اختيارات مدروسة، لأنّ الرقص يجب أن يخرج من قوالبه الجاهزة التي تحدّه، ليتحوّل إلى المواضيع الجادّة والعميقة. أنا أواجه مشاكل على عدّة مستويات، لأنني أستخدم جسدي لأقلق الآخر وأحثّه على إعادة التساؤل عن معنى ما يعتقد فيه من ثوابت. وضعيّة الراقص في مجتمعاتنا صعبة، لأنّ مهمّته كسر كلّ الثوابت ومحاربة الدوغمائيّة. من هم الراقصون الذين هم مثلك الاعلى؟ حافظ ضو وعيشة مبارك، وهما راقصان مقيمان في بلجيكا. هناك أيضاً سيدي العربي الشرقاوي. في تونس، والعديد من العمالقة كزهرة لمبوبة وحمادي اللغبابي وزينة وعزيزة. في عروضك تصرّ على مسألة الجسد وعلاقة المجتمعات المحافظة بالمرأة. لماذا؟ كما أخبرت سابقاً، ولعي بالرقص كان بفضل مجموعة من النساء في العائلة، وتكوّنت ودرست عند راقصات مهمات مثل نوال إسكندراني وخيرة عبيد الله. لذلك الرقص بالنسبة إلي فنّ أنثوي، إن صحّت التسمية، فمهما كان جنس الراقص يظل ذلك الجانب الأنثوي هو الطاغي، وهذا ما يمثّل رونق فنّ الرقص. أضع جسد المرأة في عروضي لأنني مساند للقضايا النسويّة. نبدأ بالحديث عن عروضك بالتفصيل. في عرض جسد مهووس (2012)، نفحات نيتشويّة تدعونا للاحتفاء بالجسد وإعادة مساءلة ذواتنا. أليس كذلك؟ ضياء البوسالمي الجمعة 29 سبتمبر 201707:35 م "الرقص وسيلة مقاومة"، هكذا يرى رشدي بلقاسمي فنّه، الذي يمارسه منذ سنوات عديدة. بعروض متعدّدة وبمرجعيات تاريخيّة وفنيّة منتقاة من الموروث الثقافي التونسي، يسعى بلقاسمي إلى تغيير النظرة المحقّرة للجسد، ويطمح إلى تطوير العقليات من خلال مصالحة الجمهور التونسي والعربي عموماً مع فنّ ظلّ مهمّشاً لعقود طويلة. في هذا الحوار مع رصيف22، يحدّثنا الراقص الشاب عن بداياته وتفاصيل عروضه، ويسلط الضوء على وضعيّة الراقص في العالم العربي. كيف بدأت رحلتك مع الرقص؟ بدأت الرحلة في سنّ العاشرة تقريباً. على العموم، في هذا العمر بدأت أفهم ما أقوم به، ربما كانت البداية من سنّ أصغر بكثير، ولكنني لا أذكر التفاصيل. كنت محاطاً بمجموعة من النساء الموهوبات، اللاتي يقدرن الفنّ وأقصد هنا أمي وعمتي وخالتي. قضيت طفولتي معهن في جوّ نسائي خاصّ. لم تكن هناك حدود، كنّ يغتنمن أيّ فرصة لإبراز مفاتن أجسادهنّ من خلال رقصات متعدّدة كما كنّ بارعات في الغناء. ترعرعت في هذا الجوّ، كنت ألاحظ تفاصيل هذا العالم النسائي الفريد، من خلال وجودي على الدوام في حلقاتهن الضيّقة، ولكن كنت أيضاً موضوع أحاديثهن في كثير من الأحيان، بتعليقات مثل "أنظروا رشدي كيف يرقص"، هذه الجملة سمعتها مراراً وتكرّرت بنبرة فخر واعتزاز. كانت هذه الحلقات النسائيّة أوّل لقاء لي مع الرقص. ومع مرور السنوات، قررت الالتحاق بنوادي المسرح والرقص. ثم تنامت الموهبة وازداد الولع بهذا الفنّ. تعرضت لمشاكل في البداية، أهمّها أن بنيتي الجسديّة ضعيفة، فعملت على تطويرها وتحسينها ليكون جسدي في مستوى تطلعاتي. هل من السهل أن تكون راقصاً في مجتمعاتنا؟ للأسف، كان من الصعب أن أفرض مكانتي كراقص وأجعل من الرقص مهنتي. المشكلة تاريخيّة بالأساس، فالرقص في الخيال الشعبي يحتلّ مكانة دونيّة ويمثّل صورة سيّئة في مجتمعنا، الذي أصبح محافظاً أكثر مما كان عليه في الماضي. لم نعد نكترث للحياة، وكلّ ما يتعلّق بالمتعة واللهو والجمال نصنّفه في خانة الحرام والخطيئة. في الموروث الإسلامي، يُعدّ الراقص أو الراقصة شخصاً خارجاً عن المألوف، ومارقاً لا يطبّق الشرع، لذلك ثمّة رابط عجيب ومضحك بين الرقص والدعارة والفحش في أذهان العامّة. شخص يرقص هو شخص يجلب الانتباه، يحرج المجتمع ويتحوّل إلى موضوع نقاش. مهمّته الأساسيّة هي التغريد خارج السرب وإغراء الآخر بالرقص. من يرقص يخيف من يعاني من عقد ومشاكل مع جسده ومع الآخر المختلف. أنا واعٍ لخطورة ما أقّدمه، خصوصاً عندما أقتحم مواضيع تصنّف تابوهات، كالجنسانيّة في الإسلام، مسألة النوع، الإيروسيّة، التحوّل الجنسي، تجارة الجنس وغيرها من المواضيع. هل الرقص الشرقي يمكن أن يزاوله الرجال أيضاً؟ تاريخ الرقص: هل يكشف لنا لماذا نصلي بهذا الشكل؟ الرقص في دمنا... هل نعرف اليوم أن الرقص جزء حميمٌ من ثقافتنا العربية؟ لكل "هزة خصر" معنى ومغنى... هكذا أذابت رائدات الرقص الشرقي جمهوراً عربياً بأكمله هذه اختيارات مدروسة، لأنّ الرقص يجب أن يخرج من قوالبه الجاهزة التي تحدّه، ليتحوّل إلى المواضيع الجادّة والعميقة. أنا أواجه مشاكل على عدّة مستويات، لأنني أستخدم جسدي لأقلق الآخر وأحثّه على إعادة التساؤل عن معنى ما يعتقد فيه من ثوابت. وضعيّة الراقص في مجتمعاتنا صعبة، لأنّ مهمّته كسر كلّ الثوابت ومحاربة الدوغمائيّة. من هم الراقصون الذين هم مثلك الاعلى؟ حافظ ضو وعيشة مبارك، وهما راقصان مقيمان في بلجيكا. هناك أيضاً سيدي العربي الشرقاوي. في تونس، والعديد من العمالقة كزهرة لمبوبة وحمادي اللغبابي وزينة وعزيزة. في عروضك تصرّ على مسألة الجسد وعلاقة المجتمعات المحافظة بالمرأة. لماذا؟ كما أخبرت سابقاً، ولعي بالرقص كان بفضل مجموعة من النساء في العائلة، وتكوّنت ودرست عند راقصات مهمات مثل نوال إسكندراني وخيرة عبيد الله. لذلك الرقص بالنسبة إلي فنّ أنثوي، إن صحّت التسمية، فمهما كان جنس الراقص يظل ذلك الجانب الأنثوي هو الطاغي، وهذا ما يمثّل رونق فنّ الرقص. أضع جسد المرأة في عروضي لأنني مساند للقضايا النسويّة. نبدأ بالحديث عن عروضك بالتفصيل. في عرض جسد مهووس (2012)، نفحات نيتشويّة تدعونا للاحتفاء بالجسد وإعادة مساءلة ذواتنا. أليس كذلك؟ بالضبط، هذا العرض بحركاته المتوتّرة والإضاءة الخافتة والجو القاتم، كان وسيلة لوضع المتلقي أمام حتميّة الاحتفاء بالجسد عبر التأمل في أسراره، وما يخلّفه ذلك من حالة قلق وجودي، أحاول قدر الإمكان أن أجسّدها على الركح. إرباك المشاهد وجعله في وضعيات يتساءل معها عن قناعاته يبرزان أيضاً في عرض "الزوفري" (2013)؟

 

ضياء البوسالمي
29-09-2017

PRESSE - ‘‘Ouled Jellaba’’ de Rochdi Belgasmi : Ce rapport trouble entre masculinité et féminité

Avec Rochdi Belgasmi, la danse contemporaine se place au dessus de toute restriction ou limite socio-morale : elle respire la liberté et se moque des codes préétablis. C’est ce qu’il démontre, une nouvelle fois, dans ‘‘Ouled Jellaba’’, son dernier spectacle, donné samedi 6 mai 2017, au théâtre El Hamra, dans le cadre de la 16e édition du festival Tunis, Capitale de la Danse.

Rochdi Belgasmi est désormais une figure emblématique de la danse contemporaine tunisienne, sillonnant les scènes du monde avec ses créations artistiques engagées. Le jeune chorégraphe et danseur a d’ailleurs fait sensation à Paris dernièrement où il avait présenté son spectacle ‘‘Zoufri’’, inspiré des rythmes du mezoued, la musique populaire des faubourgs de Tunis, au Palais de Tokyo, dans le cadre du festival Do Disturb.
De retour à Tunis, Rochdi Belgasmi a présenté ‘‘Ouled Jellaba’’, à la compétition officielle de Tunis, Capitale de la Danse, une création avec laquelle il continue de tourner dans tout le pays et à l’étranger. Le public a encore une fois répondu présent pour découvrir ou redécouvrir ce projet auréolé du Prix Olfa Rambourg pour la l’art et la culture, ayant bénéficié du soutien du ministère des Affaires culturelles, de l’Institut français de Tunisie (IFT), de l’Arab Fund for Art and Culture (Afac), de la Fondation Rambourg et du théâtre El Hamra.
Au cœur des années 20 Dans ‘‘Ouled Jellaba’’
Rochdi Belgasmi nous plonge dans les années 20 avec un personnage populaire des quartiers de Bab El Jazira et Halfaouine. Quand les lieux de vie comme les boulangeries et les épiceries se transformaient le soir en des cafés chantants, Ouled Jellaba servait le thé et le café, jonglait, chantait et dansait les pas des femmes, qui, à l’époque n’avaient pas le droit de danser en public. Il élaborait, pour ce faire, tout un déguisement et glissait sans peine dans la peau des femmes. Mais la star de l’époque, comme tant d’autres, est tombée dans l’oubli car l’histoire officielle ne pouvait laisser perdurer ces traces «outrageuses à la virilité», d’où l’initiative de Rochdi Belgasmi de faire sortir de l’ombre ces personnages marginalisés par la société et par l’histoire. Dans un coin de la scène, derrière de longs rideaux transparents, Ouled Jellaba commence son rituel de déguisement : costume féminin de fête, perruque, accessoires, rouge à lèvres et khôl. Rochdi Belgasmi prend en effet le soin de nous présenter d’abord le personnage dans son intimité à travers toutes les étapes du travestissement avant de franchir le monde de la nuit tunisoise des années 20.
Désacraliser la virilité
Le spectacle se veut d’abord un témoignage historique puisque l’artiste explique qu’il y a une version officielle de l’histoire faite par les politiques et les gouvernements, et une autre parallèle qu’on tente de gommer pour diverses raisons. En fouillant dans la vie sociale et culturelle de cette époque, Rochdi Belgasmi établit certes un devoir de mémoire, mais se place aussi avec son personnage au cœur des grandes questions qui se posent aujourd’hui en Tunisie, à savoir la question du genre, la limite de la liberté du corps, le rapport flouté entre la masculinité et la féminité. Rochdi Belgasmi nous a d’ailleurs toujours habitués à cette dimension intellectuelle dans ses chorégraphies. Avec Ouled Jellaba, il va encore plus loin dans sa désacralisation et mise en question de la virilité dans sa conception classique au risque de déranger une société qui semble souvent se noyer dans le conservatisme et le déni. Sur une merveilleuse mise en scène de Marwen Heni, notre jeune danseur engagé sillonne en solo l’espace avec ses déhanchés et ses turbulents coups de bassin sur du Mrabbaâ tounsi, Fazzani karkeni, Bounawara, Arboun, Mdawer hawzi... et bien d’autres cadences bien de chez nous, n’hésitant pas à se mêler au public avec ses multiples jarres posées sur la tête. En live, Rochdi Belgasmi nous laisse voir bien plus qu’un danseur, car il s’avère aussi un vrai interprète, pas étonnant du diplômé de l’Institut supérieur des arts dramatiques (Isad), qui nous raconte toujours avec justesse et authenticité les épisodes qu’il va à chaque fois fouiller au tréfonds de l’histoire. Défendant corps et âme ses créations, Rochdi Belgasmi se place au dessus de toute restriction ou limite socio-morale, car l’art, et la danse contemporaine en particulier, respirent la liberté et se moquent des codes préétablis.

Fawz Ben Ali
09-05-2017

PRESSE - OULED JELLABA, UNE MÉTAMORPHOSE D’UN CORPS SEXUÉ

Rochdi Belgasmi est un danseur et chorégraphe tunisien qui a choisi d’affronter les traditions archaïques et d’interroger la culture arabo-musulmane. Le corps, le profane, le sacré, le politique, le sexe sont les terrains de jeux favoris de Rochdi Belgasmi. Après « Memorium », « Méta-danse وإذا عصيتم », et « El Zaglama », le danseur chorégraphe est de retour avec sa dernière création « Ouled Jalleba » qui apporte un regard différent sur le corps sexué. Ouled Jellaba a été présenté ce samedi 6 mai, au théâtre El Hamra dans le cadre du festival « Tunis capitale de la danse ». Ouled Jellaba a reçu le prix du public de ce festival annuel.

Ouled Jellaba, un spectacle de revanche pour les opprimés et les marginaux, à travers lequel Rochdi Belgasmi a essayé de réécrire une partie l’histoire morale de la société et de glorifier un personnage tunisois jeté aux oubliettes pour des raisons morales et religieuses. Dans les années 20, Ouled Jellaba, l’androgyne, servait le vin et dansait dans les rues et les cafés chantants de Bab el Fella et Bab Souika. Un personnage victime des préjugés à cause de son identité sexuelle. Ce spectacle met l’accent sur la question de genre et les libertés individuelles en Tunisie. Ouled Jellaba un danseur travesti, est doublement sanctionné par une société conservatrice qui néglige totalement la dimension créative de ses spectacles. Rochdi Belgasmi rebondit sur ce personnage afin de mettre en question la virilité de l’homme et la féminité de la femme, des concepts véhiculés par le patriarcat afin d’assurer la domination masculine. La danse est pour Belgasmi un travail de réflexion, un laboratoire du corps, un refuge et une raison d’être, il aime travailler sur les ambiguïtés et les sujets provocateurs tels que la sexualité dans sa dimension culturelle et sociale. Le spectacle Ouled Jellaba est basé sur les danses traditionnelles, on peut dire que c’est à un cours de danse improvisé que Rochdi Belgasmi invite son public sur la scène pour une initiation chorégraphique. Le chorégraphe fait le tour des différentes danses populaires tunisiennes comme le Reboukh (né dans le milieu ouvrier), la Nouba, Raqs el Juzur (les danseurs ou les danseuses portent en équilibre une ou plusieurs jarres sur la tête), la danse des foulards, Bounawarra, Fazzani etc. Le corps dansant attire et dérange dans une société où le désir refoulé le dispute aux règles de bienséance. Ouled Jellaba est une réflexion chorégraphique et historique sur les figures de la danse populaire dans les milieux citadins, et particulièrement une réflexion sur les danseurs travestis des années 20, condamnés au silence, mais qui ont certainement marqué l’histoire de la danse tunisienne. Rochdi Belgasmi, l’agitateur, ne baisse jamais les bras, il prépare un nouveau spectacle sur la prostitution prévu pour l’année prochaine.

Rim Benrjeb
09-05-2017

TEMOIGNAGE - Le travail de Rochdi Belgasmi, c’est sur le fil du rasoir.

Le travail de Rochdi Belgasmi, c’est sur le fil du rasoir. Avec, pour effet, un paradoxe toujours renouvelé́: pur comme une ligne chinoise, on le voit ou d’un coté́, ou de l’autre. L’exhibition de l’intime et du plus communément partagé, la remise en question de la tradition et du contemporain : voilà sans doute l'enjeu le plus profond de la danse de Rochdi Belgasmi. Cela donne déjà̀ une méthode de travail : la « méta-danse », et une forme artistique : le « solo-en-commun ». Lorsque Rochdi Belgasmi trace en 2011, dans son solo Transe : corps hanté, quelque chose comme une « diagonale du fou » entre chants berbères traditionnels et réécriture chorégraphique contemporaine, c’est pour se demander ce qui le fait bouger, et ce qui, en lui, fait bouger les spasmes de la scène. Et lorsqu’il prolonge cette diagonale, deux années plus tard, dans une oblique visiblement déhanchée mais non moins folle avec le « Rboukh » masculin de Zoufri, c’est pour œuvrer davantage dans l’arc tendu de cette contradiction, sans pour autant rester bloqué dans sa petite histoire. Comment parvenir toutefois à dérouler les fils ? Aucune recette. Pour Rochdi Belgasmi, il s’agit toujours d’un long travail de recherche, d’extraction pour prendre le corps à rebrousse-poil. Entre tradition et contemporanéité́, le corps se met constamment en jeu. Et pour cause. Comme dans Wa Idha Aassaytom ( méta-danse), son dernier solo de 2014 qui fait jouer transgression et interdit par la sexuation du jeu chorégraphique, l’enjeu de Ouled Jelaba est d’oser – mais tout autrement. Oser d’élever la danse des « cafés chanta » à la hauteur d’une contemporanéité́»

Adnen JDEY (Philosophe - Auteur)
12-04-2017

PRESSE - Tunisian rising star preserves history through dance

Tunis - As the sound of drums grew louder, Rochdi Bel­gasmi, one of Tunisia’s most renowned dancers, took the stage in an out­fit that combined male and female garments, sparking surprise in the audience. On his head, Belgasmi carried coloured jars. He began dancing, telling the story of Ouled Jalaba. The show, which played in Tunis recently, told the story of Ouled Jalaba, a 1920s-era dancer who per­formed traditional dance routines while wearing women’s clothes. Belgasmi’s Ouled Jalaba asserts the dancer’s uniqueness and his show has gained critical acclaim. “When I look at my work, it is a return to childhood. It is a conjur­ing of childhood,” Belgasmi said.

From Zoufri (The Thug) to Wa Idha Assaytom (If You Disobey), Belgasmi fascinates and entangles audiences with choreography that celebrates a fusion of traditional dance and contemporary style. Belgasmi said dance was a jour­ney on which he embarked at an early age, as traditional dance style was a part of family gatherings. “I was a child when the whole family used to gather and start dancing,” Belgasmi said. “After graduating, I joined a thea­tre school because of a lack of in­stitutions offering a professional training in dance. I met many fa­mous choreographers and dancers in Tunis as part of my theatre train­ing.” He said it was not until January 2011 that he performed his first solo show, Trance. He said the revolu­tion at that time gave more freedom to arts.

Originally a contemporary danc­er, Belgasmi said he found inspira­tion in traditional dancing, which he said was overlooked and ne­glected by the government and so­ciety. Belgasmi said the government used traditional dance to promote tourism and many Tunisians said they felt alienated from that style as it became associated with post­cards sold to tourists. “The traditional form of dance was subject of injustice, especially in that it was commercialised by the state. Tunisians felt that tradi­tional dance was for tourists. At the same time, they could not relate to contemporary dance as the latter was considered alien to them,” Bel­gasmi said. “I tried to combine both styles to pay tribute to Tunisian patrimony and to develop and preserve this style of dancing. The question was which patrimony should we pro­mote? The one defined and recog­nised by the state or the one cel­ebrated by people?” In his quest to revive the Tuni­sian patrimony through dance, Bel­gasmi tackles taboos and contro­versial topics. “After the revolution, everyone was speaking and even shouting,” he said. “It was hard to understand what people were talking about. Dance, however, offers an oppor­tunity to express ideas subtly. You don’t need to shout. The body is eloquent enough to transmit the message.” Belgasmi explained: “Dance helps me express my ideas about society and life. Everything that is provocative, controversial interests me as it is an expression of life. For instance, in Wa Idha Assaytom, my inspiration was my childhood and my mother. I tried to give shape to my mother’s narrative about look­ing to the world through holes. It is, in a way, a revolt against the pa­triarchy that prevented my mother from experiencing life in the public sphere.” Recounting his mother’s life in a patriarchy, the show explores the relationship of women to the body and to society. Belgasmi takes on the role of his mother and him as a child in his choreography. Alter­nating between the roles, Belgasmi draws attention to the boundaries that society sets on women. “I used to be my mother’s com­panion in her journeys outside the house,” he said. “At the age of 4, I was the man of the house. My mother used to fear being on her own. The show is about her story and I danced like she would dance. “Through that show, I express my revolt against a society that stigma­tised women. Now, the same soci­ety considers a man who dances as a man who is not man enough.” Wa Idha Assaytom gained interna­tional acclaim and the show toured Europe and Africa. Belgasmi’s Ouled Jalaba recounts the history of Tuni­sia during the early 1920s through the character of Ouled Jalaba, breaking gender boundaries. “In Ouled Jalaba, I play the part of a woman to document a phe­nomenon that was popular during the ‘20s,” Belgasmi said. “It is about a dancer who used to dress like women and perform dance shows in public places. He was a juggler, an acrobat and a dancer. It is an op­portunity to remind people of how Tunisians used to tolerate differ­ences.” He added: “I was criticised but I always defend my art. This show is based on a research about the origins of certain traditional dance styles and our patrimony. In my show, I try to break the boundaries between genders.” Belgasmi was awarded the Olfa Rambourg Prize for Best Dance Cre­ation in 2016. He is working on his next show, which promises to be as provocative as the previous ones. Despite his success, Belgasmi ac­knowledges the hardships Tunisian dancers encounter. “Building a career in dance re­mains difficult in Tunisia,” he said. “It is hard but it is worth trying. It is important that young dancers work hard and keep their passion alive. Get inspired by your identity and be who you are. Be unique. The body has a language of its own and you need to share it with others through dance.”

Roua Khlifi
19-02-2017

TEMOIGNAGE - Bravo pour ce travail profond et essentiel

« Merci de m'avoir offert ce moment magique et intense. Bravo pour ce travail profond et essentiel qui défend ce corps mémoire et un répertoire riche en langage rythmique et corporel qui témoigne d'une identité plus que jamais libre, sensuelle et avant gardiste. Merci de ce travail d'archéologue du corps et posture qui grâce à ton travail restera vivante. »

Sofiane Ouissi (Chorégraphe)
01-01-2017

PRESSE - Ouled Jalleba : Nouvelle création chorégraphique de Rochdi Belgasmi

Rochdi Belgasmi nous envoie plein l’ouïe en live, une suite sans fin de prénoms de femmes Tunisiennes susceptibles d’être les mères d’un Ouled Jalleba, travesti et danseur dans la médina de Tunis des années vingt; de même que Rochdi -ce maître de la scène- nous gratifie plein la vue d’une série de costumes, de sonorités musicales collectées. Ainsi, un ensemble d’accessoires recueillis du patrimoine, cadencent sa chorégraphie par les bijoux portés à la main, au bras ainsi qu’aux chevilles. En somme, nous assistons à un travestissement des plus chatoyants, des plus sensuels et des plus attractifs. Un vrai spectacle! Une suite de dates et d’évènements cités en live, ayant lieu entre les deux grandes guerres, époque vécue par notre travesti-danseur, ponctuent la danse.
Ce désir fou habité par notre danseur-chorégraphe Belgasmi consistant à reconquérir une mémoire chorégraphique mal considérée et marginalisée et progressivement sombrée dans l’oubli, se concrétise à travers un cumul successif d’éléments rassemblés à l’image des jarres posées l’une sur l’autre qu’il porte sur sa tête de danseur. Lourd est aussi le poids de la responsabilité dont il se charge en nous interpellant et nous tendant un miroir pour que nous, les Tunisiens nous nous découvririons. Rien qu’à chatouiller nos yeux avec cette longue et impressionnante tresse de cheveux noirs de jais qui longe son dos, ce flamboiement de fils dorés d’un haut de costume brodés sur velours et soie, ces bijoux et ces bracelets produisant des cadences, cette céramique émaillée des jarres décorées de Nabeul, nous nous trouvons en présence d’ingrédients que notre chorégraphe a voulu mettre en avant pour exprimer un besoin clair et urgent; Celui d’établir un langage chorégraphique spécifiquement Tunisien. Par ailleurs, au fond de la scène se dresse au milieu un parallélépipède en tissu semi-transparent ouvert aux quatre coins. Cette longue verticale tombe sur la scène comme une chute de fine lumière rafraichissante. Une subtilité qui tempère et stabilise le jeu chorégraphique si intense au point de retenir notre souffle avec les déplacements des pas funambulesques du danseur ayant l’audace d’aller au-delà des limites. D’autre part, la scénographie d’Ouled Jalleba nous rappelle le fameux tableau supposé être de Rembrandt L'Homme au casque d'or.
En examinant ce dernier, on a l'impression que la lumière qui éclaire légèrement le visage du personnage provient de la matière même dont est fait ce casque et non d'une source provenant de l'extérieur. Ainsi, sommes-nous invités à admirer dans ce tableau ancien un contraste clair-obscur le plus subtil qui soit. En l’occurrence, l'éclairage parfois en un contraste clair-obscur de la scène d'Ouled Jalleba ainsi que celui des costumes, bijoux et du décor en blanc, le doré des broderies portées nous poussent à faire un rapprochement entre le traitement pictural de ce tableau et la conception scénique mise en place pour cette chorégraphie. Cela nous ne nous permet-il pas d’affirmer que ces objets tirés du patrimoine, en émettant leur propre lumière, font que «cet éclairage intérieur» provenant du cumul de presqu’un siècle sont à la source de la fibre et la quête créatrice du jeune danseur prodige qu’est Rochdi Belgasmi?

Amel Bo
05-12-2016

PRESSE - Oueld jellaba, une histoire tunisienne

Dansait pour un public qui fuyait le vécu tragique, la misère et le chômage

Mais qui est « Oueld Jellaba » ?
Il était temps d’en savoir plus et de découvrir une fois pour toutes ce personnage, incarné par Rochdi Belgasmi, artiste tunisien désormais conrmé de la scène culturelle tunisienne.
Oueld Jellaba, qui sillonne les espaces et les manifestations cultu- relles nationales et étrangères depuis juillet dernier attire et intrigue toujours autant. Un per- sonnage qui sait faire planer le suspense jusqu’au bout ! Belgasmi était présent an de lever le voile sur ce mystère, devant un parterre de spectateurs, venus le voir sur la petite scène de l’espace Agora, le 1er décembre. Dissimulé derrière un (vrai) voile au départ, le public pouvait à peine entrevoir ou deviner les agissements de Oueld Jellaba. Cette silhouette ne de jeune homme, torse nu, en train de se parer d’atours féminins variés, traditionnels, clinquants, brillants et bruyants, sur un fond sonore de musique traditionnelle et de voixo puissante qui citait des noms anciens d’hommes. Le tout dans une pénombre, où on pouvait voir le person- nage se déhancher. Un début, qui a pu paraître lent, mais c’était susant pour plonger les spectateurs dans l’univers de ce spectacle de danse qui allie simultanément danse et histoire de la Tunisie sous la colonisation, grâce à la (re)découverte des dates de batailles fatidiques qui se sont déroulées sur le sol tunisien. Rochdi Belgasmi esquisse son personnage comme suit : « Oueld Jellaba est un personnage phare du siècle dernier, qui a bel et bien existé dans les années 20. Il dansait pour une foule de spectateurs dans des cafés et des espaces prisés par les noctambules à l’époque. Il dansait pour un public qui fuyait le vécu tragique, la misère, le chô- mage et les désastres causés par les arontements et la guerre. Une manière de s’évader, de s’adonner au divertissement, qui rappelle, actuellement, les agissements du peuple tunisien voulant constamment fuir une réalité pesante et les aléas d’une période post-révolution- naire» . Rochdi Belgasmi a joué sur l’interactivité pour clôturer un spectacle de danse globale- ment attrayant en jouant sur ce qu’il dénit comme « l’invitation de l’assistance » qui consiste à entraîner les spectateurs sur la scène. Ce spectacle ressuscite Oueld Jellaba, une icône d’antan, qui est tombée dans les oubliettes... Une résurrection artistique qui a ses revers : le show joue sur le genre homme / femme qui fait de Oueld Jellaba un personnage hybride, qui déplaît et dérange une frange de la société. «C’est le prix à payer au nom de l’art» , conclut Belgasmi sur une note d’optimisme.

Haithem HAOUEL
03-12-2016

TEMOIGNAGE - Ouled Jalleba, « Le fils du pays prodige »

Ouled Jalleba qu’on pourrait traduire selon notre entendement par : « Le fils du pays prodige »

Quand le vestimentaire traversé en travesti par la danse, se fait art

Rochdi Belgasmi nous envoie plein l’ouïe une suite sans fin de prénoms de femmes Tunisiennes susceptibles d’être les mères d’un Ouled Jalleba, travesti et danseur dans la médina de Tunis des années vingt; de même que Rochdi -ce maître de la scène- nous gratifie plein la vue d’une série de costumes, de sonorités musicales collectées, d’accessoires venus du patrimoine qui cadencent sa chorégraphie par les bijoux portés à la main et au bras droit ainsi qu’aux chevilles. En somme, nous assistons à un travestissement des plus chatoyants et des plus attractifs, un vrai spectacle! Une suite de dates et d’évènements cités comprises entre les deux guerres mondiales, époque vécu par notre travesti-danseur ponctuent la danse. Ce désir fou habité par notre danseur-chorégraphe Belgasmi consistant à reconquérir une mémoire chorégraphique mal considérée et marginalisée, se trouve matérialisé à travers un cumul successif d’éléments rassemblés à l’image des jarres posées l’une sur l’autre qu’il porte sur sa tête de danseur. Lourde est aussi le poids de la responsabilité qu’il endosse et dont il se charge afin de montrer qui sont-ils les Tunisiens. Rien qu’à voir la longue et digne tresse de cheveux noir de jais portée le long du dos, les fils dorés d’un haut de costume brodés sur velours et soie, des bijoux et des bracelets produisant des cadences, de la céramique émaillée des jarres décorées de Nabeul, nous nous trouvons en présence d’éléments qui expriment chez le chorégraphe un besoin clair et urgent d’établir un langage chorégraphique spécifiquement Tunisien. Pa ailleurs, au fond de la scène se dresse au milieu un parallélépipède en tissu semi-transparent. Cette longue verticale immobile tombe sur la scène comme une chute de fine lumière rafraichissante. Une subtilité qui tempère et stabilise le jeu chorégraphique si intense au point de retenir notre souffle avec les déplacements des pas funambulesques du danseur ayant l’audace d’aller au-delà des limites. D’autre part, la scénographie d’Ouled Jalleba nous rappelle le fameux tableau de Rembrandt L'Homme au casque d'or. En examinant ce dernier, on a l'impression que la lumière qui éclaire légèrement le visage du personnage provient de la matière même dont est fait ce casque et non d'une source provenant de l'extérieur. Ainsi, sommes-nous invités à admirer dans ce tableau ancien un contraste clair-obscur des plus subtil qui soit. En l’occurrence, l'éclairage parfois en semi-obscur de la scène d'Ouled Jalleba ainsi que celui des costumes, bijoux et du décor en blanc, le doré des broderies portées nous poussent à faire un rapprochement entre le traitement pictural de ce tableau et la conception scénique mise en place pour cette chorégraphie. Cela nous donne l’impression que ces objets tirés du patrimoine, en émettant leur propre lumière, font que «cet éclairage intérieur» provenant du cumul de presqu’un siècle ont inspiré la fibre et la quête créatrice du jeune danseur prodige qu’est Rochdi Belgasmi.

Amel Bouslama (Photographe et plasticienne)
01-12-2016

صحافة - لو بعثت «بوليهيمنا» من جديد سيكون جسد رشدي بلقاسمي ترنيمتها المتواصلة

ارقص تحرر من الواقع حرر الجسد من بوتقة الصمت وأدران العيب والحرام، شكله فسيفساء تاريخية وانسانية وفنية تتغنى بكل تعاليم الحياة، اترك له الكلمة الفصل دعه يكون سيد نفسه اجعل لغته تتعالى حتى تصبح لغة كونية يفهما الجميع لغة يحللها المشاهد ويختلف في تفاصيلها استفزّ غيظه وغضبه وانتشاءه فكل رقصاتك مستفزة. عشق الجسد ولغته، تماهى مع تاريخ جسده فقدم «التهويلة» وحاول الجمع بين المعاصر والشعبي في «خيرة ورشدي»، تماهى مع العمال وعايش وجيعتهم فقدم «زوفري»، ثم عاد بذاكرته الى الطفولة الى رائحة الام وعطرها اكتشف مخزونا كبيرا في داخله يحمله الى المرأة التي ظلمها المجتمع والعادات حاول ان يحررها فرقص لها «وإذا عصيتم» وقال «اذا عصيتم فارقصوا ثم ارقصوا، حاول البحث في التاريخ وقدم للجمهور تاريخ الخطوة التونسية وتحدث عن الوطن بجسده فقدم دور «الهياب» في «الزقلامة» ثم حاول تحرير راقص منسي واخرجه من غياهب النسيان وقدمه الى الجمهور التونسي ورقص لـ «ولد الجلابة»، جميعها عروض حاول فيها الكوريغراف ان يكون «انا التونسي» كما قال. زوفري وافتخر مع اللغة الصامتة حد الانتشاء، يحادثك بجسده، لكل رقصة حكاية وتاريخ، لكل حركة من جسده شعائرها الاجتماعية ومنظومتها و قصة تتحدث عن المنسيين والمنبوذين اولئك الذين اسسوا للرقص في تونس سواء كانوا راقصين رجالا او نساء، جسده الياذة دينية و شعرية بها يبحث في التاريخ الاجتماعي والثقافي والديني لتونس وجسده صرخة ضد التهميش والنسيان هكذا يمكن الحديث عن كل اعمال الكوريغراف رشدي بلقاسمي. «الزوفري» او «الرقّاص» او «الراقص العاري» جميعها القاب اطلقت على الكوريغراف رشدي بلقاسمي منذ عرضه الاول الذي اتخذ فيه الخطوة التونسية شعاره وطريقة عمله. «جسدي درس في التاريخ ، الرقص في تونس مهنة لا يعرف الكثيرون تاريخها لذا احاول ان يكون جسدي حمال رسائل تاريخية، كما انني ارقص لأفنّد مقولة عورة الجسد «فالجسد وعاء كل القيم» على حد تعبير نيتشه. وارقص على مقولات العيب والحرام والعادات فالجسد حكاية الانسان وبالجسد يمكن كتابة رسائل مشفرة كلها تندّد بالعنف والنسيان والتجاهل» . من «التهويلة» الى «خيرة ورشدي» فـ «زوفري» الى وإذا عصيتم فاللوحات الراقصة لعرض المنسية فالزقلامة ثم ولد الجلابة لايزال رشدي بلقاسمي مختلفا في طريقة رقصه ومع كل عرض يزداد استفزازه للمتفرج وتزداد رغبة الراقص في الكشف عن الممنوع و المحظور اكثر لانه «اتخذ شعار الكشف عن المطمور وتسليط الضوء على مايريد البعض طمسه» على حد تعبيره. أغلب متابعي المشهد الثقافي وخاصة الرقص عرفوا رشدي بلقاسمي بعرض «زوفري» ومنذها والكوريغراف يسمى «الزوفري» لقب يحبه الفنان كثيرا، لقب كان شتيمة اصبح من اجمل الكلمات التي ينعت بها الفنان الذي اتخذ الرقص طريقه. وزوفري هي رقصة الغضب وصرخة في وجه عالم مرّ، رقصة تنقل حكاية عمال المناجم والموانئ في القرن التاسع عشر، رقصة رجالية تقدم في هيكل الجسد الذي يحترق تدريجيا بالشمس الحارقة واللهيب القاتل رقصة ضد الرتابة والملل، رقصة لبس فيها الكوريغراف «الدنقري» فاتهمه البعض بالسطو على أفكار الغير ولكن الراقص أثبت بأعماله المتتالية أنه يريد صنع طريق متفرد ينطلق فيه من المرجعيات الدرامية لان تكوينه أساسا مسرحي. «انا تونسي، تونسي علاش نشطح رقصة لا تمثلني» من مدينة مساكن من ولاية سوسة انطلقت حكاية تصالح الكوريغراف مع جسده، منذ الصغر شارك في النوادي المخصصة للرقص، ثم مع جلال دومة ودرس المسرح في المعهد العالي للمسرح ثم عاد الى الرقص لأنني «اريد ان يكون جسدي صوتا للحقيقة، فحتى حين مارست المسرح كنت اميل للحركة اكثر من الكلام». من الذاكرة انطلقت جل اعمال الكوريغراف ، ففي ذاكرته الطفولية صور لامه وللمرأة ولها قدم عرض «واذا عصيتم» ففي ذاكرة الفنان خزن صوتا ينادي «اخرج اشطحلي يا رشدي، اشطح للمرأة، اشطح وزيد اشطح « وكذلك يفعل على الركح يرقص للمرأة للحياة وللتحرر من كل قيود المجتمع، صور الطفولة وذكريات الصغر المخزنة في لاوعيه ومنه إلى الذاكرة الجماعية والمجتمعية ليصرخ بجسده من أجل حرية المرأة. «العلاجي، القبيحي، المربع، بونوارة وغيرها من الاسماء هي زاد رشدي بلقاسمي ونبراسه وهدفه، حين يُسألُ لماذا ترقص الرقص الشعبي التونسي يجيب «أنا تونسي، ولدت في تونس، بدني تونسي فلم أرقص رقصة لا تمثلني». الرقص التونسي ليس مجرد حركات، فالخطوة التونسية تاريخ وذاكرة وحاملة للعديد من القضايا «منذ البداية هدفي ان اقدم الرقص الشعبي في ركح معاصر، لم لا اقدم رقصة امي وجدّتي، لم لا ارقص للمرأة ، ولم لا ا قدم تراثنا التونسي للاخر، لم انساق وراء رقصة الاخر رقصة تمثله هو ولا تمثلني» هكذا يتحدث عن محبته لما يقدمه وللخطوة التونسية. فكل اعمال الكوريغراف تونسية الحركة والموسيقى والاحساس، تونسية التاريخ والانتماء، رقصات يبحث معها الكوريغراف عن كل جوانب الحقيقة « فالحقيقة ليست تمثلا، أي ليست محاولة لاستدعاء الشيء ليتطابق مع ما في الذهن، وإنما هي استكناه: كشف عن كينونة الكائن، والكشف تأويل، سادية مع النص، إذ لا تأويل دون تغيير أو حركة، والحركة هي في جوهرها فكر، والفكر يغيب كلما أمعنت الكينونة في الحضور بحيث لا يجليها إلا حدس، معرفة مباشرة، كسر صوفي للصدفة نحو ذلك الارتجاج السديمي الذي لا يدركه إلا من تعلم كيف يرقص» كما كتب نذير ماجد في الحوار المتمدن. الرقص تاريخي...والاستفزاز هدفي وسيذكرني التاريخ لاختلافي تونس، فرنسا بلجيكيا ، الكوت ديفوار فللمرة الاولى في لبنان مع مترو المدينة، في جميع هذه الدول وغيرها رقص الكوريغراف رشدي بلقاسمي وقدم الخطوة التونسية لجمهور ثقافته مخالفة ورقصه مغاير ايضا، لجمهور ربما لا يعرف تونس رقص على الطبلة وحرك جسده بحرية ليشد انتباه واستفزاز الاخر، فكتبت الصحافة المغربية عن «راقص مستفز» وقالت الصحافة اللبنانية «راقص تونسي يستفز بيروت برقصه المشاكس وهو شبه عار» . هكذا هي رقصات رشدي بلقاسمي مستفزة، فكل عمل يختلف عن الاخر من حيث الفكرة والمضمون ولكنه يشترك في الاستفزاز يقول عن رقصه” لا يهمني ما يقال، ولا تخيفني التهديدات، لاني اعشق ما اقدم، ارقص لأستفزك ارقص رقصة النساء لأنصفهن، وارقص لأكشف كل سلبيات المجتمع و ممنوعاته، جسدي صوت للحرية ولن يخمد هذا الصوت ما دمت أرقص، ومستعد للرقص عاريا تماما ان تطلب العمل ذلك”. في كل العروض يرقص بلقاسمي شبه عار وكأنه يحرر الجسد حتى من قتامة الثياب الاخرى التي تريد اخماد اللهيب المستعر لجسد متعطش للحرية، جسد اختاره صاحبه ليكون اداته للحديث عن تاريخ هذا الوطن، فرقصاته ليس مجرد حركات او تسلية بل هي وثائق تاريخية حية و ملتهبة كشعلة اولمبية لا تقبل الانطفاء. فللرقص وظيفة تاريخية على حد قول رشدي بلقاسمي فهو يعتقد أن الجسد حامل لتاريخ وثقافة البلاد وان لم يكن كذلك فهو يعيش حالة من الانفصام و«شخصيا أتكلم كثيرا عن ذاكرة الجسد التي تمثل أرشيفا يحدثنا عن مبدعين كانوا بيننا ولكنهم رحلوا دون وثائق أو صور وإنما أجسادهم كانت وسيلة للتعريف بهم كما اللغبابي وزينة وعزيزة وزهرة لمبوبة ولد الجلابة، وأحاول استنطاق الجسد لأعرف تاريخ فترة ما».. والجسد اليوم هو المرجع الأول والأخير عندي لأي معلومة أريد البحث عنها أو إجابة مبهمة تحيرني، فالرقص بحث انطروبولوجي هو بحث كامل ومتواصل عن شيفرات وعلامات، فلكل رقصة حكاية ولكل رقصة علاقة بالواقع فالعلاجي أو البغدادي أو الجلوالي لكل منها علاقة بما يعيشه صاحبها، فالرقص مرجع، وأنا ارغب في البحث المتواصل عن الحقيقة عبر جسدي. من يستطيع الرقص حتما يستطيع مراقصة الكلمات المخنوقة ومغازلة التاريخ وكشف المستور عنه، هكذا هي اعمال رشدي بلقاسمي فنان تكوينه مسرحي ومنه انطلقت مسيرة كوريغراف او «رقاص» محترف كما يقول عن ذاته، فنان اسمر سمرة تراب هذا الوطن جعل من جسده تعويذة سحرية تتغنى بتونس بجزئياتها بفنانيها بتاريخها برقصها، تعويذة جد خاصة وحده يعرف فك شيفراتها و وحدهم عشاق الرقص التونسي يستمتعون بتلك التعويذة. رقصات وكأنها استحضار للآلهة قديما فحركاته وكأنها صوت «ايرانو» الهة الشعر، وبحثه المتواصل وكأنه تجسيد «لكيو» إله التاريخ، و محبته لما يقدم كما ترانيم «بوليهيمنا» الهة الترانيم، ورغبته في التجديد وكأنها محاكاة لـ»اورانيا» الهة العلوم الفلكية. رشدي بلقاسمي او «لغبابي» القرن الواحد والعشرين لم تقتصر تجربته على الرقص فله مشاركات في السينما على غرار فيلمي «السيدة المنوبية» لامنة بن عياد، و «عشق رجال» لمهدي بن عطية والمسرح ونذكر «ستريبتيز» لمعز مرابط وهو يستعد صحبة الفنان المميز سامي الجمي لتقديم عمل «زندالة» للعام 2017.فالجسد هو عنوان انخراطنا في الحياة كما تقول فلسفة نيتشه.

مفيدة خليل
04-10-2016

PRESSE - Rochdi Belgasmi à Beyrouth.

Le danseur et chorégraphe tunisien Rochdi Belgasmi présentera sa nouvelle performance chorégraphique "Ouled Jellaba", le 27 septembre 2016, au théâtre "Metro al Madina" dans la capitale libanaise, Beyrouth. Il s'agit de la première représentation de ce spectacle en dehors de la Tunisie, a déclaré l'artiste à l'agence TAP. Un atelier de chorégraphie, prévu les 23, 24 et 25 septembre 2016 sera également organisé pour "les amateurs de la danse au Liban qui auront droit à une initiation aux techniques de la danse chorégraphique, l'improvisation et les sonorités tunisiennes", a encore annoncé l'artiste. Réalisée d'après une chorégraphie et interprétation de Rochdi Belgasmi, scénographie de Marowen Hani et création musicale de Oussama Saidi, cette nouvelle oeuvre revisite le personnage du danseur populaire "Ouled Jellaba", un danseur, clown et chanteur ayant vécu dans les années vingt du siècle dernier, dans une Tunisie en période coloniale. En plus de son travail de serveur, ce travesti-danseur se présentait, chaque soir, dans les espaces de petit commerce, de la place Bab Jazira dans la capitale qui se transformaient, la nuit, en " café chanta ". En cette période d'entre les deux grandes guerres, "Ouled Jellaba" interprétait des spectacles de 30 minutes pour l'équivalent de trois francs (petite monnaie tunisienne de l'époque du protectorat français). Présenté en avant-première au mois de juin dernier, ce spectacle est la quatrième création chorégraphique de Belgasmi après "Zoufri", "Zaghlama" et Wa Idha Aassaytom...(Et si vous désobéissiez..). Fruit d'une recherche approfondie dans le patrimoine musical tunisien, l'oeuvre de Belgasmi cherche à mettre en avant une partie de l'histoire locale et faire sortir de l'oubli le riche répertoire chorégraphique et musical tunisien.

Anonyme
26-09-2016

PRESSE - Preserving history through dance

Provocative Tunisian choreographer to perform and run dance workshops

BEIRUT: A feminine figure twists her hips to the sound of a drum, three elegant, painted jars stacked and balanced on her head.
Her dress and the atmosphere are reminiscent of 1920s Tunisia, but the stage is modern, and the dancer is not a woman.
Tunisian dancer and choreographer Rochdi Belgasmi witnesses history through his art. His most recent piece, “Ouled Jellaba” (Jallaba Boys) will be staged at Hamra’s Metro al-Madina on Sept. 27. (A jal- laba is a type of robe.)
“Ouled Jellaba” is a homage to a “parallel and forgotten history” of his country, as well as figures from traditional Tunisian dance that have been rejected by society. “I want to show that this [history] is a part of us,” Belgasmi told The Daily Star, “and that this complexity enriches us, not the other way around.”
Conventionally, women didn’t perform in 1920s Tunisia, and some men stepped into the role of seduc- tress, donning women’s dress and performing in cafes. “Ouled Jellaba” were among these dancers and, as Belgasmi put it, were “removed from our country’s history because [they] danced as a woman, and unfortunately this image of a man transformed into a woman doesn’t sit well in Arab-Muslim societies.”
Belgasmi does not shy away from PREVIEW Belgasmi performs “Ouled Jellaba.” challenging what is acceptable in what he sees as contemporary society’s modesty and conservatism.
“I’m considered a provocative and transgressive artist,” Belgasmi explained, “and it’s true because the subjects and themes of my perform- ances are very linked to questions of gender, sexuality in Islam, the taboo body etc. I want to give the public a chance to see something different.”
By embodying this character, Belgasmi retraces Tunisian history in this period. His dance piece is a product of more than a year’s research and a four-month residency at Tunis’ El Hamra Theater. Subsequently, “Ouled Jellaba” received support from the Arab Fund for Arts and Culture, and was awarded the 2016 Olfa Rambourg Prize for Art and Culture.
“My objective was to create a contemporary Tunisian style of dance derived from our forms of tra- ditional dance,” Belgasmi said. “‘Ouled Jellaba’ is the final result of these years of research.”
Belgasmi sees dance as a strong tool for safeguarding immaterial history and culture. “It must be said that our true problem in Tunisia today is a problem of memory. It is up to artists to recreate the history of this country and be witness to this era.” His research and the resulting creations are part of his contribution to a cultural revolution he sees occurring in his country. “Traditional music, dance, and words have a strong presence in my work, it’s to give a sense of the Tunisian and North African to my perform- ances, something we unfortunately see rarely in contemporary dance in Tunisia.”
A striking feature of “Ouled Jellaba” is the jars and tea sets balanced on his head as he dances. As Belgasmi explained, the image of headborne jars has a long tradition, linked to the practice of women balancing water jars on their heads as they carry them from the well.
“Tunisian dancers developed this and it became an acrobatic game to show off their talents,” he said. “I developed choreography around this to represent the weight of colonization in this era. In this way I give new meaning within an old form.” This is ultimately what Belgasmi wants to do with his choreography. “This is what I am doing with traditional dance. I’m not changing the dance or the steps, but I play with the meaning.”
Belgasmi also aims to preserve and share his country’s history through performance and instruc- tion. Having taught different dance styles for many years, he recently turned to traditional dance and rhythms and promotes Tunisian dance. “These days,” he said, “we need to export our culture as we have nothing else to export.”
In the three days leading up to his performance at Metro, Belgasmi will lead workshops aimed at dancers of all levels. “It’s an initiation into Tunisian dance which is very therapeutic as it’s based around the center core of the body.”
Over these three days, students and teacher will dance together, working on different rhythms and “discovering the dances codes, their sensual and even sexual aspects, as it is the dance of a seductress.”
In the last few years Belgasmi has dedicated his life to traditional dance and music, and through his courses and riveting performances, he hopes to share unknown stories from his country’s past, and promote Tunisian dance throughout the world.
Rochdi Belgasmi will lead dance work- shops Sept. 23-25. He will perform “Ouled Jellaba” on Sept. 27 at Metro al-Madina.

Susannah Walden
23-09-2016

PRESSE - Rochdi Belgasmi, au cœur et au corps de la Tunisie

RENCONTRE
Au Métro al-Madina du 23 au 25 septembre, venu pour des ateliers de danse, le chorégraphe danseur tuni- sien présentera une performance le 27 de ce mois. Auparavant, il s'est confié à « L'OLJ ».

Depuis son jeune âge, Rochdi Belgasmi est attiré par les danses, notamment celles qu'il voyait dans les films égyp- tiens en noir et blanc. Il aimait également les danseurs et danseuses folkloriques que sa famille invitait pour les fêtes ou les cérémonies de mariage. Depuis son enfance, se profilait donc dans sa tête un projet de danse. « J'ai com- mencé à danser à l'âge de 10 ans dans des clubs à M'sa- ken, ma ville natale (charleston, tcha-tcha...). J'étais attiré par le corps et ses expressions. J'imitais les gens dans leur manière de marcher, de bouger les bras, même les mimiques de leurs visages. C'est dire combien la danse et les études étaient mes seules occupations.»

Premiers pas...
Sauf que son entourage ne l'entendait pas ainsi. « À l'école, les professeurs se moquaient de moi et trouvaient ce choix bizarre, dit Belgasmi. J'ai même compris, ajoute-t-il, que je n'avais pas le droit de rêver à haute voix, mais en silence, surtout que ma famille nourrissait d'autres projets à mon égard, comme par exemple l'académie militaire. On ne voulait même pas que je fasse mon baccalauréat en littérature, mais en mathématiques. Mon destin était d'ores et déjà dessiné. » Le jour de l'obtention de son bac, le jeune Rochdi Belgasmi confronte sa famille et crie haut et fort son amour pour la danse. Défiant le non catégorique de sa famille et les questions telles que «comment entends-tu gagner ta vie? La danse est-elle un métier en Tunisie ? » Et, surtout, la question brûlante concernant son «image d'homme dans la société». Il commence par s'installer à Tunis mais comme il n'y avait pas d'établissement pour enseigner la danse, il opte pour l'Isad (Institut supérieur des arts dramatiques) estimant que le théâtre est la plus proche discipline de la danse. Parallèlement, il suivra des formations de danse classique, de modern'jazz et de danse contemporaine dans des écoles pri- vées, et en travaillant avec des chorégraphes. «Je savais très bien que devenir danseur ou chorégraphe serait difficile dans mon pays, et que ça serait un vrai challenge pour moi, parce que cette discipline artistique n'est pas encore considérée comme un métier respectable dans notre société, ni même reconnue par l'État. Cette nécessité de gagner ce défiet mon caractère d'aventurier m'ont donc poussé vers ce choix : dédier ma vie à la danse et devenir un jour un chorégraphe de renommée. »

Grandes performances
Le danseur assumera son choix tout seul, sans l'aide de personne. Ses mentors seront d'abord sa mère et ses tantes chanteuses et danseuses, qu'il observera minutieusement. « D'elles, j'ai tout appris, dit-il. La forte présence de la femme dans ma vie m'a permis de devenir danseur. » Puis les icônes de danse, comme Khira Oubeidallah ou Nawel Skandrany. Depuis quelques années, le danseur chorégraphe s'oriente vers les danses populaires, après avoir réa- lisé que le milieu de la danse contemporaine en Tunisie avait complètement rompu avec les danses locales, pour aller chercher d'autres formes alternatives, très loin de la culture du pays. « J'essaye de créer un pont entre ces deux formes et de mettre ces danses populaires qui sont plurielles et riches sur une plate-forme contemporaine. » S'intéressant à l'actualité de la danse en Tunisie, ainsi qu'à son histoire, il interroge le corpus de la danse contemporaine tunisienne et décide d'aller vers les danses populaires « pour développer un lan- gage personnel au-delà de la mode, un langage alternatif avec une gestuelle très personnelle, centrée sur le bassin... ». À son actif, actuellement, plusieurs pièces comme Transe, Zoufri, Wa Idha Aassaya- tom, la chorégraphie de el-Mansia, el-Zaglama, Striptease et Ouled Jellaba. « J'ai trouvé que le patri- moine est une source d'inspiration pour moi, et qu'avec la danse populaire, on peut écrire, selon une approche contemporaine, l'histoire de son pays, dit-il. Ma compagnie, créée en 2011, recrute chaque année des interprètes pour des créations collectives. Et pour chaque création, on fixe les conditions pour l'audition. J'enseigne soit la danse contemporaine, soit la populaire, mais à Beyrouth, au Métro al- Madina, ce sera un travail d'initiation à la danse tunisienne, à nos musiques et nos rythmes. Il n'y a qu'une seule règle qui dicte toute la démarche, c'est l'envie de danser. Ce sera ainsi un moment de ren- contre et d'échange.

La revanche d'un danseur en jellaba
Les créations de Rochdi Belgasmi sont politiques, provocatrices, transgressives et l'esthétique n'est qu'un outil de travail. Dans Ouled Jellaba (qu'il présente au Métro), il met le doigt sur la question du genre et de la sexualité dans la société arabo-musulmane en s'appuyant sur l'histoire de la Tunisie contemporaine. « Il s'agit d'un spectacle de revanche sur l'histoire de la Tunisie, pour nos danses et pour les libertés personnelles ! » martèle l'artiste. À travers l'histoire des travestis qui ont préparé le terrain aux futures danseuses des « cafés- chantants » puis à travers le personnage de Ouled Jellaba dans les années 1920 qui a été rejeté plus tard par l'historie tunisienne (d'ailleurs on trouve très peu d'infos sur lui et sur d'autres qui ont animé les soirées tunisiennes de la capitale), Ouled Jellaba est cette « revanche d'un personnage oublié et rejeté dans une partie de notre histoire défigurée, qui renaît non de ses cendres, mais de sa beauté et de la complexité de genre ».

Colette KHALAF |
20-09-2016

PRESSE - Ouled Jellaba débarque à Hammamet

La danse est sans doute le domaine artistique qui véhicule le plus de fantasmes et d'idées reçues, au point qu'il est parfois difficile d'avoir une vision claire de ses réalités. Lauréat 2016" du Prix Olfa Rambourg pour l'Art et la Culture, le danseur-chorégraphe tunisien Rochdi Belgasmi revient avec une nouvelle création "Ouled Jellaba" qui a été présentée dimanche à Dar Sebastian lors du volet acte now de la 52ème festival international d'Hammamet. Danseur chorégraphe de renommée internationale, Rochdi Belgasmi est une figure de danse contemporaine tunisienne. De plus, il est professeur de danse-théâtre à l'Institut Supérieur d‘art Dramatique à Tunis (ISAD) et membre du Conseil international de la Danse (CID) Accueilli à son arrivée sur scène avec un tonnerre d'applaudissements, le danseur qui incarne une heure durant le personnage d'Ouled Jellaba, ce serveur sexué des années vingt né à Kerkennah et mort à Djerba et qui a sillonné les quartiers tunisois le soir dansant dans les cafés chantants de la capitale. Rochdi a ébloui l'assistance, donnant le ton à une soirée pas comme les autres où tous les ingrédients étaient réunis. En effet, le choix d'incarner ce personnage plus féminin que masculin, aux mouvements lascifs et propres aux danses des tunisiennes n'est pas hasardeux. C'est une époque où la présence de la femme dans l'espace public pour de telles activités n'était pas tolérée. « Je me concentre sur la femme parce que j'ai été élevé dans un environnement très féminin et je suis très fier de tout ce que j'ai appris de ces femmes qui m'ont marqué toute ma vie » dit-il .En interprétant le rôle de ce travesti tunisien, Rochdi titille certains tabous de la société mais réalise aussi un vibrant hommage au feu danseur. L'assistance s'est plongée dans l'intimité du personnage. Inspiré des icones de la danse folklorique allant de Aicha et Mamia, Zina et Aziza, Hamadi Laghbebi, Khira Oubeidallah et Larbi Charkaoui , Rochdi a dansé ce soir le fezzani, l'allagui, le souqui, le jerbi et autres rythmes populaires de différentes régions. C'est un travesti qui peint la vie en dansant et en interrogeant à partir de cet héritage symbolique, la gestuelle frappante que l'on retrouvait dans l' «Ouled Jelaba»Dans les tableaux du jeune chorégraphe, la musique côtoie la danse des années 1920, laissant ainsi le danseur exprimer librement son art dans différents registres. La chorégraphie, entrecoupée de démonstrations, de mouvements neutres et de fresques tendres, dévoile le corps du danseur qui devient vecteur de communication. C'est donc devant un public enthousiaste que Rochdi a donné une performance éblouissante d'énergie, de maîtrise et de poésie avec un jeu de scène très communicatif et des tableaux conçus pour interagir avec le public.

Kamel Bouaouina
10-08-2016

PRESSE - Rochdi Belgasmi. Quand la danse trouble le genre

Si le corps sexué constitue un leitmotiv dans la démarche chorégraphique de Rochdi Belgasmi, c’est sous le signe du travestissement que s’échafaude « Ouled Jalleba » (juin 2016), sa dernière création en date. À travers la figure de ce danseur méconnu des années 1920-30, le chorégraphe ouvre large l’équerre de la mémoire des cafés-chantants du siècle passé. Là où on aurait pu craindre les poncifs folkloristes installées par les spectacles de danse traditionnelle tunisienne, Ouled Jalleba se révèle d’une très grande maturité. Ouled Jalaba est présenté ce dimanche 07 août au Festival international de Hammamet.

La mémoire sur le fil du rasoir

Il est des propositions chorégraphiques qui se nourrissent de l’histoire, comme d’une pente à remonter. D’autres qui choisissent plutôt de la contresigner, en déposant l’orgueil à la manière des naufragés de l’oubli. C’est sous le signe de la contresignature que s’échafaude Ouled Jalleba, la dernière création de Rochdi Belgasmi. Cette proposition artistique est un remontage d’un dépôt gestuel et rythmique où l’histoire et la façon dont le corps sexué s’interroge sur l’histoire avancent d’un même pas. Sur scène et au plus proche de son corps, le chorégraphe fait surggir le risque d’une mémoire encombrée. Dans une démarche où la dextérité d’exécution ne pâlit pas devant la liberté d’interprétation, le geste de Rochdi Belgasmi se veut intempestif.

En fait de dramaturgie, c’est avec un fil en pelote que se tisse Ouled Jalleba. Mais un fil déroulé en deux temps. C’est une histoire vacillante et troublée comme l’entre-deux guerre dont elle se fait l’écho. Mais c’est quelque chose comme une filiation plus intime, multiple et comme impossible qui ponctue, plus sourdement, une mémoire sur le fil du rasoir. Lentement une voix off remonte l’histoire du même geste que le danseur tape sur le plancher. Habillé d’un corsage noir brodé de fils dorés sur soie, on le voit se maquiller, petit miroir en main, derrière des rideaux transparents. Là où on aurait pu craindre les poncifs folkloristes installées par les spectacles de danse traditionnelle tunisienne, Ouled Jalleba se révèle d’une très grande maturité : sous le corps travesti, la danse ouvre large l’équerre de la mémoire des cafés chantants du siècle passé. En poursuivant, sur le patrimoine gestuel et rythmique des danses populaires tunisiennes, un travail précieux d’exhumation, Rochdi Belgasmi pose la question de la référence esthétique. Encore faut-il savoir en quoi ce travail joue ici sur deux tableaux : chorégraphique et documentaire.

Lequel sert de fond à l’autre ? Il faut, pour s’en rendre compte, céder d’abord le pas à l’histoire.Mais il faut surtout taper du pied pour qu’ensuite l’altérité des corps devienne un acte de résistance. Rochdi Belgasmi va droit à une mémoire de la danse tunisienne, ridiculisée puis folklorisée par le pouvoir dés les premières années de l’indépendance.

Elle est ici revisitée à travers une figure de la même lignée que les fameux « Msekni », « Skafandri », « Chok el Osbana », « Quonfida » – tous des danseurs travestis des années 20, dont le charme mâtinée de tabou ne laissait pas indifférente la gente masculine des cafés chantants. Mais ce n’est pas une affaire de contenu. En réalité, Rochdi Belgasmi ne joue pas ce jeu-là, un peu trop simple. Il fait bien mieux : il croise les vents contraires du genre. S’il arbore sa perruque noire avec une longue tresse, sans oublier ses bracelets et maillons du chevet, c’est pour redonner aux frissons de sa danse un bâti plus solide.

Sans doute est-ce là que la figure du travesti s’impose à Rochdi Belgasmi comme conducteur d’histoire, et que l’histoire devient poreuse comme une membrane perméable. Si les premières pièces du danseur n’appellent pas nécessairement le même regard, elles valent au moins déclaration d’intention : inutile de tourner le dos à cette mémoire socio-rythmique de la danse traditionnelle tunisienne, comme à ses figures et modèles oubliés. Lorsqu’il a tracé en 2011, dans Transe, quelque chose comme une « diagonale du fou » entre chants berbères traditionnels et expérimentation contemporaine, c’est pour se demander ce qui livre le corps aux hoquets, et aux arcs de tension. Mais lorsqu’il a prolongé cette diagonale en 2014 dans une oblique déhanchée mais non moins folle avec le « Rboukh » dans Zoufri, Rochdi Belgasmi œuvre davantage dans l’arc tendu de cette contradiction. En un sens, Oueld Jalleba arpente la diamétrale opposée.

Le genre, deux fois troublé

Détournant la grâce habituelle d’un corps qui se sait autre, la figure du danseur travesti dessine dans Oueld Jalleba quelque chose d’une ouverture, ou d’un pas de deux poreux. Mais cette ouverture abrite en réalité un trouble qui affecte deux fois le genre. Jusque dans sa difficile performance, entretenant un équilibre tout en oscillations avec ses fameuses jarres nabeuliennes sur la tête, ce trouble signe, persiste et résiste aux quatre coins de la scène. Offrir les gestes d’un danseur travesti comme autant de paradoxes jetés en bouquets, c’est sans doute mettre en partage l’histoire qui en organise l’oubli. Entre le coulé du geste qu’il arrache au « sa’dawi », et le legato de la forme qu’il retient de « l’allegi », entre la danse des foulards et la danse de récoltes, Rochdi Belgasmi déplie, dans une même échappée rythmiques, le « mrabâa » et le « bougui bougui ». De la danse du ventre à la danse des fesses, la démarche documentaire est cette soustraction même. Mais oser élever cette soustraction à la hauteur d’une interrogation, c’est surtout oser élever la danse des cafés chantants, ses silences et ses déboires, à la hauteur d’une contemporanéité.

À concéder donc que le corps sexué constitue un leitmotiv dans la démarche de Rochdi Belgasmi, et que son implication est toujours celle d’une mémoire en prise sur d’autres territoires, on le retrouve ici davantage mis au service d’une oscillation. Entre séductions et fantasmes, il y a toute la combinatoire sociale du genre dans Oueld Jalleba. À ceci près que là où l’érotisme gestuel s’accorde au pluriel avec le vagabond des cafés chantants, l’altérité du corps ne s’accorde jamais au neutre dans le jeu du travesti. Et si dans Méta-danse, son solo de 2014, Belgasmi fait jouer transgression et interdit par une voix-off maternelle, Oueld Jalleba semble plutôt tester les attributs d’une autre limite, d’une autre sexuation, cette fois-ci plus vulnérable. Au-delà d’une distinction entre les régimes de sexuation, le grand art des biais et des trois quarts dont fait preuve Rochdi Belgasmi naît, dans les deux cas, de ce contrepoint. Masculin et féminin marchant du même pas, battant du même cœur, le corps sexué s’installe ici dans le trouble qu’il produit et entretient lui-même. L’un est une fine rature sur l’autre. Entre le deux, la danse de Rochdi Belgasmi s’affine de spectacle en spectacle comme la contresignature d’un geste singulier.

Adnen Jdey
06-08-2016

PRESSE - Rochdi Belgasmi dans la peau du danseur Ouled Jallaba

Rochdi Belgasmi ou comment se réapproprier l’histoire de son pays à travers la danse...

Dans son spectacle « Ouled Jallaba » présenté en avant- première sur les planches du théâtre El Hamra, Rochdy Belgasmi a bien voulu porter l'habit de ce danseur, jongleur, chanteur et serveur, pour nous offrir un portrait particulier de ce Tunis des années 20, celui de l’ambiance des « café chanta » de Bab Dzira et Halfaouine où des dockers, des mineurs ou des cheminots venaient finir leurs rudes journées Entre histoire du pays et histoire personnelle, Rochdi Belgasmi dessine, dans son spectacle, les contours d’une époque historique particulière, celle de l’après-guerre dans un pays colonisé où la résistance commence à se mettre en place, ainsi que les traits d’un personnage artistique dont il n’existe plus que quelques rares traces. Et c’est de cette fusion historico-artistique que jaillit l’intérêt de ce travail que Belgasmi décrit comme suit : « C’est un spectacle à la fois chorégraphique et documentaire, mon idée est de pénétrer à l’intérieur de Ouled Jallaba, de m’identifier à lui et m’en détacher en même temps, et aussi de lier sa danse avec l’histoire de la Tunisie contemporaine ». Le spectateur plonge alors dans une ambiance feutrée, dans laquelle des échos de voix transportent le présent vers un temps ancien. Remonter la machine du temps, zapper 70 ans de notre histoire pour vivre un fragment de temps passé, un fragment de cette mémoire populaire bafouée. On ne connait pas toute l’histoire mais peu importe. C’est à travers ces petits détails de l'habit, du bijou, de la lumière, du son, des dates que Belgasmi recoud le personnage et l’histoire. Sans concession, notre danseur s’y prend corps et âme. Il y met beaucoup du sien pour colorer son tableau et insuffler à son personnage une vie nouvelle. Et c’est à travers la danse que Rochdi s’accroche pour remonter le fil du temps et tenter de se réapproprier un pan de l’histoire de notre pays, de notre culture, de notre corps. En effet, le spectacle Ouled Jallaba ressuscite une époque historique charnière tout en exposant une dizaine de rythmes de danses Tunisiennes -en les citant- tels le Fazzani, le Allegi, le Mrabaa, le Jandabi ou le Bou Naouwara. Ces rythmes nous rappellent alors, non seulement la diversité artistique de la danse tunisienne, mais aussi la richesse géographique et les spécificités de chaque région. D’où l’importance que revêt ce travail dansant dans la préservation de ce patrimoine fuyant. Comble de l’absurde, il n’y a jusqu'à ce jour en Tunisie aucun institut de danse, aucun organisme pour préserver tout ce patrimoine artistique si important pour notre identité et notre histoire. Rochdy Belgasmi creuse le sentier de la mémoire et nous rappelle qu’il y avait, mis à part Weld Jallaba, des dizaines de danseurs tels que « Msekni, connu pour avoir été le premier danseur de Qlels, Skafandri, Chok el Osbana, Qonfida, et autres danseurs travestis qui dansaient pour divertir un public d’hommes des faubourgs de Tunis et autres quartiers populeux ». Pour finir son spectacle, Rochdi Belgasmi appelle le public à venir libérer son corps et esquisser, comme le fit jadis des centaines de danseuses et danseurs tunisiens, des pas évoquant notre tunisianité. Sourires ou craintes se dessinent alors sur les visages pour montrer que le chemin est encore long, avant que le corps ne reprenne la place qui lui revient dans notre société. Après Transe, Zoufri, et Idha Assaytom, Rochdi Belgasmi met en scène dans Ouled Jallaba, une danse révélatrice de cette partie méconnue de nous, une danse défiant les limites du corps, une danse "partage heureux", une danse résistante à la folie guerrière de l'humain.

 

Chiraz Ben Mrad
05-08-2016

PRESSE - Réhabilitation d’une mémoire collective

Ouled Jalleba : Nouvelle création chorégraphique de Rochdi Belgasmi 

Rochdi Belgasmi nous envoie plein l’ouïe en live, une suite sans fin de prénoms de femmes Tunisiennes susceptibles d’être les mères d’un Ouled Jalleba, travesti et danseur dans la médina de Tunis des années vingt; de même que Rochdi -ce maître de la scène- nous gratifie plein la vue d’une série de costumes, de sonorités musicales collectées. Ainsi, un ensemble d’accessoires recueillis du patrimoine,  cadencent sa chorégraphie par les bijoux portés à la main, au bras ainsi qu’aux chevilles. En somme, nous assistons à un travestissement des plus chatoyants, des plus sensuels et des plus attractifs. Un vrai spectacle!
Une suite de dates et d’évènements cités en live, ayant lieu entre les deux grandes guerres, époque vécue par notre travesti-danseur, ponctuent la danse. Ce désir fou habité par notre danseur-chorégraphe Belgasmi consistant à reconquérir une mémoire chorégraphique mal considérée et marginalisée et progressivement sombrée dans l’oubli, se concrétise à travers un cumul successif d’éléments rassemblés à l’image des jarres posées l’une sur l’autre qu’il porte sur sa tête de danseur. Lourd est aussi le poids de la responsabilité dont il se charge en nous interpellant et nous tendant un miroir pour que nous, les Tunisiens  nous nous découvrirons.
Rien qu’à chatouiller nos yeux avec cette longue et impressionnante tresse de cheveux noirs de jais qui longe son dos, ce flamboiement de fils dorés d’un haut de costume brodés sur velours et soie, ces bijoux et ces bracelets produisant des cadences, cette céramique émaillée des jarres décorées de Nabeul, nous nous trouvons en présence d’ingrédients que notre chorégraphe a voulu mettre en avant pour exprimer un besoin clair et urgent; Celui d’établir un langage chorégraphique  spécifiquement Tunisien. 
Par ailleurs, au fond de la scène se dresse au milieu un parallélépipède en tissu semi-transparent ouvert aux quatre coins. Cette longue verticale tombe sur la scène comme une chute de fine lumière rafraichissante. Une subtilité qui tempère et stabilise le jeu chorégraphique si intense au point de retenir notre souffle avec les déplacements des pas funambulesques du danseur ayant l’audace d’aller au-delà des limites. 
D’autre part, la scénographie d’Ouled Jalleba nous rappelle le fameux tableau supposé être de Rembrandt L'Homme au casque d'or. En examinant ce dernier, on a l'impression que la lumière qui éclaire légèrement le visage du personnage provient de la matière même dont est fait ce casque et non d'une source provenant de l'extérieur. Ainsi, sommes-nous invités à admirer dans ce tableau ancien un contraste clair-obscur le plus subtil qui soit. En l’occurrence, l'éclairage parfois en un contraste clair-obscur de la scène d'Ouled Jalleba ainsi que celui des costumes, bijoux et du décor en blanc, le doré des broderies portées nous poussent à faire un rapprochement entre le traitement pictural de ce tableau et la conception scénique mise en place pour cette chorégraphie. Cela nous ne nous permet-il pas d’affirmer que ces objets tirés du patrimoine, en émettant leur propre lumière, font que «cet éclairage intérieur» provenant du cumul de presqu’un siècle sont à la source de la fibre et la quête créatrice du jeune danseur prodige qu’est Rochdi Belgasmi? 

Amel Bo
14-07-2016

PRESSE - La vie selon Oueld Jellaba

La danse traditionnelle tunisienne et une partie de l’histoire du pays sont revisitées, à travers le personnage d’un danseur des années 20.

C’était samedi dernier, au théâtre El Hamra là où le spectacle est né. Le temps que le public s’installe dans la salle et sur scène, l’homme, derrière les rideaux en voile, contemple ses costumes... Au bout d’un moment, il commence à se travestir. Lentement, mais sûrement, il met sa perruque noire avec une longue tresse, un corsage noir brodé de fil doré, bracelets et «kholkhal» (anneaux de cheville) au bout du pantalon... Une voix off débite des prénoms : Oueld Fatma, Oueld Naziha, Oueld Jawhara... une infinité de «fils de leur mère», pour arriver enfin à oueld Tounès... Oueld Jellaba. Ce dernier n’est autre qu’un danseur des années 20 qui se déguisait en femme pour divertir les spectateurs des cafés chantants.
La danse commence. L’homme tape des pieds sur le plancher avec une détermination brûlante. Rochdi Belgasmi n’«héroïse» pas son personnage, pas plus qu’il ne l’enferme dans une grille d’interprétation classique. Il donne à voir un homme pas comme les autres, en offrant, à chaque mouvement, une facette de l’histoire. Celle-ci est également racontée en voix off, avec des dates précises, allant de 1914 aux années 40. Les événements en disent long sur un petit pays attaché, malgré lui, au chaos mondial. Le regard secoue la mémoire, en farfouillant dans les archives de l’histoire et des «cafés chantants». Le but est de découvrir, peut-être, quelques influences souterraines, et de dire qu’il est possible de replacer la danse traditionnelle tunisienne au cœur de la danse contemporaine. Dans la deuxième partie du spectacle, Rochdi s’éloigne des intentions qui donnent plus à voir qu’à comprendre, pour redevenir lui-même et inviter le public à danser en suivant ses pas. Les mouvements sont précis et codés. Les spectateurs redécouvrent une danse si belle et si difficile à la fois. La salle s’échauffe. Les plus timides se contentent d’applaudir. Rochdi clôture son working progress, par un moment où il est seul à danser, entouré de ses «apprentis». La musique s’arrête au moment même où la gargoulette pleine de fruits secs et de bonbons s’écrase sur le sol. Un geste qui nous replonge dans l’enfance. Les spectateurs se baissent et ramassent. C’est cadeau. La danse traditionnelle est rarement en fête en Tunisie. Certains artistes s’y sont attaqués. Ils l’ont revisitée de plusieurs manières, sur scène et hors les théâtres. Citons d’abord le Théâtre Phou dans «El amal», Malek Sebai et Sondos Belhassen dans Dream City 2007, et le même Rochdi avec Keira Oubeïdallah (maître de ballet de la troupe nationale folklorique) dans une chorégraphie de Malak Sebaï, Dream City 2012. On serait vraiment gourdes de ne pas les saluer.

Souad Ben Slimene
29-06-2016

PRESSE - Il était une fois à Bab Souika

Soucieux de dépoussiérer le patrimoine chorégraphique et de transgresser les interdits, Rochdi Belgasmi présente ce soir, à 22h00, au Théâtre El Hamra «  Ouled Jellaba », l’histoire d’un danseur qui a vécu à Bab Souika dans les années 20.
Pour sa nouvelle création, Rochdi Belgasmi, ce danseur tunisien de renommée internationale, ne tarde pas à remonter le temps pour dépoussiérer quelques pages de la mémoire populaire collective. Des pages avec au coeur le gestuel et le rythmique, une génération de danseurs connus par le public des cafés chantants mais pas par tous les tunisiens. Une époque où la danse a été un métier comme les autres et qui a vu naitre des stars parmi lesquelles nouss citons « Msekni », «  Qonfida » et « Ould Jellaba » que Rochdi Belgasmi s’est inspiré de son parcours chorégraphique et de son vécu. Il a vécu dans les années 20 à Bab Souika, « Ouled Jellaba » a mené sa carrière, choisissant de se glisser dans la peau d’une danseuse, reprenant ses gestuelles féminines et habillés en foutas et blousas… Il avait travaillé dans le café chantant « Salit Dziri », situé à l’entrée de Souk «  Zazara » (les bouchers), connu par être le centre de Bab Souika.
Dans cette nouvelle, Rochdi Belgasmi lève le voile non uniquement sur l’histoire de ce danseur qui est tombé dans l’oubli avec la montée du mouvement de résistance et la vague de la libération de la femme tunisienne mais aussi sur tant de danses qui font la richesse du patrimoine chorégraphique tunisien. Notre chorégraphie visitera dans cette création «Raksit el nos », c’est à dire es danses du bassin, danses féminines par excellence avec une gestuelle aussi frappante. Une danse typiquement féminine ou pratiquée par des efféminés qui, avec les mutations socio-culturelles qu’a connu la Tunisie, est devenue une danse menée ouvertement par la gent masculine. S’aventurant dans le temps, dans l’univers de ce danseur travesti, Rochdi Belgasmi sera ce soir, à 22h00, sur la scène d’El Hamra. Belle soirée en vue.

Imen Abderhamani
25-06-2016

PRESSE - Hommage à la muse androgyne des rues tunisoises

« Ouled Jellaba » De Rochdi Belgasmi :

Artiste de talent, travailleur acharné et prolifique, Rochdi Belgasmirevient avec un nouveau solo de danse qui lui a valu le prix Olfa Rambourg pour l’art et la culture. Après « MEMORIUM », une collaboration avec le collectif DesignLAB et Benjemy mêlant sonorités électroniques et mapping, « Méta-danse » où le corps de la mère protectrice et envahissante est ramené à la vie, « El Zaglama » qui est une dé- folklorisation de la danse et de la musique populaire tunisienne... le danseur chorégraphe attaque l’année 2016 avec « Ouled Jellaba ».
Ouled Jellaba (Fils de « Jellaba ») est un personnage tunisois ayant existé et exercé la danse dans les années 20 du XXème siècle. Entre Bab el Fella et Bab Souika, il dansait dans les rues, les boutiques, chez le boucher ou au café. Il servait la bière en enchaînant les pas de danse au milieu des passants. En effet, le choix d’incarner ce personnage androgyne, plus féminin que masculin, aux mouvements lascifs et propres aux danses des tunisiennes n’est pas hasardeux. C’est une époque où la présence de la femme dans l’espace public pour de telles activités n’était pas acceptée. En interprétant le rôle de ce travesti tunisien, Rochdi Belgasmi titille certains tabous de la société mais réalise aussi un vibrant hommage au feu danseur. Avec cette nouvelle création « Ouled Jellaba », il semble vouloir tester la zone de confort des tunisiens. Il nous livre beaucoup de sa personne dans un spectacle placé sous le signe du partage. Un partage de la peine ressentie par le personnage incarné, de sa douleur à l’image de la Tunisie des années 20 tiraillée entre le camps des alliés et celui des puissances de l’axe (minute histoire), de son hésitation et de ses craintes. Le sens du détail atteint un degré inhabituel pour des créations de danse qui nous donnent envie de regarder le spectacle en gros plan. Le cérémonial préparatif du danseur est mis à nu, plongeant ainsi les spectateurs dans l’intimité du personnage. Cet échange surprendra peut être par la proximité de l’artiste et ne vous laissera pas indifférent. « Ouled Jellaba » sera donné Samedi 25 juin à partir de 22h au Théâtre El Hamra, avant d’investir la ville de Sousse dans le cadre de l’évènement Tabba3ni qui s’étale sur 48H (15, 16 et 17 Juillet) puis à Dar Sebastian le 7 août prochain dans le cadre de la 52ème édition du Festival International de Hammamet. Mais aussi prochainement en Septembre ( Institut français de Tunisie ) – Novembre à Marseille ( Friche belle de mai ) et au Festival de danse de Nice.

Bilel Ben Ramdhane
24-06-2016

PRESSE - La danse du masculin-féminin

Après Zoufri et Idh Assaytom, Rochdi Belgasmi présentera, le 25 juin au théâtre Al Hamra, sa toute nouvelle création Oueld Jellaba.

Ouled Jellaba est un personnage qui a réellement existé dans le «Tunis» des années 20. C’est un travesti qui dansait dans les cafés chantants (Kafichanta) et autres fêtes publiques car à cette époque, les femmes étaient complètement interdites des espaces publics de ce genre. Ces danseurs-hommes étaient des substituts aux femmes, et ce phénomène, à cette époque, pourtant conservatrice, était très ordinaire. Après cette époque où la danse était purement féminine, même si elle est pratiquée par des hommes, est venu le temps de la danse masculine avec Dengri et Zonnar. Pour son spectacle Ouled Jellaba, Rochdi Belgasmi s’inspire de ce personnage, hors du commun, et tisse un solo entre la tradition et la contemporanéité. «C’est un hommage que je rends à ce personnage quelque part pionnier de la danse féminine en Tunisie et qui a disparu, aussitôt que les femmes ont commencé à se libérer et à conquérir l’espace public et festif». Le texte de présentation de ce spectacle nous attire dans cet univers de non-dit, de tabou et de vie de scène sous les projecteurs. Un texte qui semble sortir de la bouche de ce personnage atypique : «Une histoire comme la mienne ne devrait jamais être racontée, car mon univers est aussi fragile que tabou...Rien ne me disposait à devenir danseur, mais c’est le destin qui décida ainsi... Et me voilà, enfin, devant vous... savez-vous qui je suis ? Et savez-vous ce que j’étais ? Un danseur n’a pas de vie, il vous divertit... Nous vendons nos talents, mais pas nos corps...Nous donnons du plaisir à la vie... Vous buvez du thé, du café... Et nous dansons pour vous...». Ce projet «Lauréat 2016 du Prix Olfa Rambourg pour l’Art et la Culture, qui sera présenté sur la scène du théâtre Al Hamra, est un travail qui s’inscrit dans la continuité du parcours de ce danseur chorégraphe. Un travail sur le fil du rasoir avec une exhibition de l’intime et du plus communément partagé, la remise en question de la tradition et du contemporain dans un processus de recherche et d’extraction continue pour prendre le corps à rebrousse-poil. Entre tradition et contemporanéité, le corps se met constamment en jeu. Et comme dans Idh Assaytom (méta-danse), son dernier solo de 2014 qui fait jouer transgression et interdit par la sexuation du jeu chorégraphique, l’enjeu de Ouled Jellaba est d’oser, mais tout autrement ;; élever la danse des «cafés chanta» à la hauteur d’une contemporanéité bien assumée et revendiquée.

Asma DRISSI
11-06-2016

TEMOIGNAGE : Il s’agit d’un spectacle profond

« Il s’agit d’un spectacle profond instaurant un parallélisme entre l'histoire collective du pays et l'histoire individuelle de Ouled Jellaba; un spectacle qui pose les questions qui dérangent; un spectacle qui dénote des compétences techniques, esthétiques et émotionnelles de Rochdi Belgasmi... Une avant première réussie qui, comme les grands spectacles, aura tout le temps pour mûrir encore plus afin de s'installer dans l'excellence »


Olfa Youssef (écrivaine et universitaire)
10-06-2016

PRESSE - Nous n'avons pas encore inventé notre danse contemporaine

Après «Transes» «Zoufri», «Idha Asaitom», Rochdy Belgasmi qui fait le pont entre la danse populaire tunisienne et la danse contemporaine prépare un quatrième solo : «Oueld El Jellaba».Entretien.
Après «Zoufri» et «Si vous désobéissez», vous êtes en train de travailler sur un nouveau spectacle «Oueld El Jellaba». En effet, je suis sur une nouvelle création de danse contemporaine et je danse sur les traces des pas de «Oueld El Jellaba». Ce solo de danse je l'ai créé au théâtre El Hamra où je suis en résidence depuis un mois. Je note qu'El Hamra est mon seul partenaire dans ce spectacle, alors que j'ai déposé pour plusieurs fonds ainsi que pour le ministère de la Culture, mais je n'ai pas encore de réponse. Vous abordez une époque où l'espace public est exclusivement masculin... C'est un projet qui parle d'une époque très précise dans l'histoire de la Tunisie, les années vingt. C'est la période où la Tunisie vivait entre les deux guerres et il y avait une grande tension dans la rue et les espaces publics. Mais dans certains espaces clos il y avait une ambiance festive. Je cite à titre d'exemple la «kafichanta» qui était un espace profane où il y avait beaucoup de lumières, de couleurs et surtout de la danse. J'ai donc voulu travailler sur un personnage tunisien des années 20 qui s'appelle «Oueld El Jellaba» qui a vraiment existé .Ce personnage était un travesti qui dansait parce qu'à cette époque les femmes étaient complètement interdites des espaces publics de ce genre de spectacles. Ces travestis étaient des substituts et le phénomène à cette époque, pourtant conservatrice, était très ordinaire .C'est un hommage que je rends à ce personnage quelque part pionnier de la danse féminine en Tunisie et qui a disparu tout de suite lorsque les femmes ont commencé à se libérer et à conquérir l'espace. Pourquoi le choix de ce personnage ? Je voulais travailler sur les mouvements de ce personnage qui a marqué notre histoire. «Oueld El Jellaba» a vécu des années 20 jusqu'aux années 50. Et puis, lorsque la Tunisie a acquis son indépendance, Hammadi Laghbabi est arrivé ! Il a porté le «dengri» et le «zonnar» et a déclaré qu'il voulait montrer une danse masculine. Il voulait aussi «dompter» la danse. C'est comme s'il avait complètement supprimé l'existence de «Oueld El Jellaba» et par conséquent tout un pan de l'histoire de la danse dans notre pays. Je pense que la troupe folklorique de l'époque a complètement dénaturé notre danse, elle lui a enlevé tout ce qu'elle avait de beau et de fou pour introduire des gestes qui proviennent parfois du ballet russe. Dans ce spectacle, la danse fait de la politique en quelque sorte ... En effet, la danse peut aussi constituer un support extraordinaire pour raconter l'histoire politique de notre pays. Lorsque je vois la danse contemporaine de la Tunisie aujourd'hui, j'ai l'impression de voir l'histoire de la France ou de l'Allemagne. Les gestes exécutés ne sont pas les nôtres, ils ne sont pas issus de notre inconscient collectif et de notre gestus social. Moi, j'ai envie de voir un spectacle de danse qui véhicule notre culture même si ça doit choquer. Le théâtre et le cinéma tunisiens ont choqué, par exemple, en évoquant des sujets tabous mais, par contre, la danse est toujours restée dans l'abstraction ou l'animation. Là j'ai envie d'aller beaucoup plus loin dans la provocation, dans la transgression. Déjà quand on voit un danseur travesti on ne peut pas rester indifférent. L'époque des années vingt était lumineuse malgré les tensions et l'occupation parce qu'il y avait, tout le temps, des fêtes dans les sous-sols et il y avait cette liberté discrète chez les gens. Il ne faut pas oublier que la société arabo-musulmane conseille la discrétion quand il s'agit de tendances ou de pratiques sexuelles. Pour moi, tout ça c'est de la matière ! La sexualité est l'un des moteurs les plus importants dans une société et, dans ce sens, j'ai beaucoup travaillé sur le livre de Abdelwaheb Bouhdiba «La sexualité en Islam». Etes-vous dans l'érotisation de la danse tunisienne ? La danse tunisienne est essentiellement érotique, j'ai essayé de le démontrer avec «Zoufri» et puis si vous étudiez bien nos danses depuis celle de Djerba jusqu'à Tunis, vous remarquerez que c'est une parade érotique. Lorsque la troupe folklorique de Laghbabi est arrivée, on a amputé ce côté érotique de notre danse. Certains disent qu'il a «dompté» la danse, mais je suis tout à fait contre ce terme ! C'est une déformation. Le fait de danser est en lui-même une révolte qui libère le corps de ses gonds quotidiens et de sa monotonie gestuelle. Dans mon spectacle «Zoufri» il y a deux axes il y a la sexualité et le travail. Alors lorsque mon zoufri danse, il y a la frustration sexuelle qui s'exprime dans un monde de travail masculin où la femme est complètement absente. C'était une manière d'inventer l'élément féminin dans ce monde. Vous avez déclaré aussi que vous travaillez sur les fausses frontières dans la danse... Les fausses frontières sont cette ambiguïté entre le masculin et le féminin. Cette identité sexuelle floue constitue pour moi une base de travail. La question du genre se pose d'ailleurs aujourd'hui avec beaucoup d'acuité. Le personnage du travesti qui est «Oueld El Jellaba» est aussi au centre de cette problématique. J'essaie de pousser les gens à se poser des questions. Danser est essentiellement iconoclaste pour vous ? Pour moi danser, c'est transgresser et provoquer. C'est pour ça que vous travaillez sur le corps féminin et ces accessoires dans ce nouveau spectacle ? Effectivement ! Parce que dans notre société le corps de la femme est considéré comme quelque chose de redoutable surtout lorsqu'elle danse. Imaginez donc un homme qui danse dans le corps d'une femme comme celui de «Oueld Jellaba» ... Du reste, les gens sont libres de se livrer à leurs lectures. Cela dit que l'interactivité avec le public est très importante pour moi. Quel est votre regard sur la danse contemporaine en Tunisie aujourd'hui ? Je pense qu'elle a rompu avec ses traditions populaires et qu'elle a épousé des repères occidentaux. Un danseur contemporain rejette malheureusement toute la gestualité liée à sa culture lorsqu'il monte sur scène. C'est de la schizophrénie ! La danse contemporaine chez nous ne parle que d'une petite minorité tunisoise. Il y a eu d'autres essais qui se sont révélés éphémères. Et puis, je ne peux pas vous définir notre danse contemporaine parce qu'on ne l'a pas encore inventée.

Salem TRABELSI
25-04-2016